Hier soir, je suis allé voir accompagné et entre amis à La Bazoge « Nous ne viendrons pas manger dimanche« , la pièce du collectif d’acteurs amateurs « Le Grand Maximum« . Nous l’avions ratée cette été, dans sa livraison mancelle. Quelle claque ! Sous la conduite inspirée du metteur en scène Sébastian Lazennec, on a goûté à une critique douce amère, fofolle/mélancolique, sucrée/salée de l’univers familial. A travers plusieurs tableaux, le spectateur assiste ainsi médusé à des scènes de vie familiale quotidienne, prise dans toutes leurs contradictions, leurs délires et d’abord leurs codes de convenance. Ou quand la machine se détraque, quand le réel déraille à la façon dont la littérature absurde et le théâtre d’humour sait le faire. La table est ici souvent le lieu de fixation des émotions, discussions, frustrations. On s’y assied, on s’y réunit, on s’y parle, on s’y bagarre. Les verres trinquent, les couverts tintent comme les répliques claquent.
Le coup de maître du réalisateur et des acteurs, est de ne pas se limiter au texte, mais à proposer aussi des effets de scène originaux, visuels, presque graphiques. Des sortes d’incongruités élégantes. Ca commence dès l’avant pièce, par un accueil du public joué, sur fond de scène biblique déjantée. Très original, même si parfois un peu gênant, notamment pour les arrivants retardataires, surpris par ce ton décalé et interpellé. Je ne raconterai pas tout pour ne pas spoiler cet excellent spectacle, mais la scène de la plage, dans son aspect répétitif, marque aussi les esprits, tel un un décor qui nous est bien familier. Ca touche à l’intime, à la nostalgie, au pathétique, au n’importe quoi… le tout mixé en même temps et servi comme une véritable performance physique et esthétique, sur scène.
Autre tableau fort, celui des parents gérant le retour chez eux d’un Tanguy, où là aussi on finit dans une situation absurde, quasi fantastique, où le langage, ou plutôt son déraillement, trahit les intentions et peurs réelles. Bluffant dans la forme, mais aussi dans le fond. Car ne voyons-nous pas là sur scène, ce que nous pensons toutes et tous, même furtivement, dans les recoins de notre tête ?
Galerie de tronches
Alors bien sûr, dans ce genre de collectif taille XXL, on ne peut pas retenir tous les personnages et les acteurs qui le portent. Certains sortent naturellement du lot, et chacun aura aussi son préféré selon ses goûts et attirance. Perso, j’ai percuté à la mère de famille psycho-rigido-hystérique, surfant entre discours téléphonés et bribes de pétage de plombs sans retenue. Percuté aussi au p’tit bonhomme rigolo, entre homme et enfant, sympathique de visu, mais aussi p’tit diablotin potentiel qui peut montrer un autre visage ou s’avérer ingérable.
L’ensemble tient cependant de la galerie de tronches, de la chorale des sentiments et de la bande de potes, réunie en troupe d’acteurs. On ne s’ennuie jamais, ça fuse, ça s’entrechoque car un nouveau visage, une nouvelle posture finit toujours par capter ou réveiller notre attention. Un casting en somme, assez bien réussi même s’il doit tenir tant de l’intention que du hasard.
Du rire… aux larmes ?
Une piste de progression ou de variante, peut être : développer davantage l’aspect mélodramatique, ou le traiter à part entière, dans des scènes toutes dédiées et en alternance avec le comique. Ca permettrait de nourrir davantage la réflexion sur ces sujets de fond qui rappellent furieusement les grandes oeuvres (plutôt au cinéma) de pétages de câble familiaux : de Festen à La Bûche, en passant par le moins connu Un week-end en famille. Rire, rire jaune aussi en effet quand le comique révèle nos propres faiblesses : mon amie réagissait par exemple avec une spectatrice voisine à la gestion des plats et repas en famille, et nos petites habitudes bien installées en profondeur, qui finissent par en oublier la saveur. Ou « fini les raviolis le lundi ! » pour laisser place à l’inconnu.
Et c’est peut-être cela, le thème, le questionnement principal avec lequel on repart de la pièce : connait-on vraiment bien… nos propres familles ?