Si précieuses séries fantastiques

C’est un fil rouge au sein de mes nourritures culturelles. Je l’ai tissé depuis mon enfance, et enrichi depuis sous diverses formes de consommation périphérique. Les séries (télé) fantastiques (ou anthologies comme on les nomme aussi) sont pour moi ces pépites, ces petits bijoux de création ayant pour pendant les nouvelles des auteurs littéraires, les courts-métrages des réalisateurs de cinéma et tant d’autres oeuvres de l’esprit concis et jaillissant.

Cette note re-développe ici une partie de l’article que j’ai d’ailleurs publié dans le magazine « Mag Securs« , en pages « quartier libre », plus spécifiquement consacré à l’une d’elles : la britannique « Black Mirror ». J’y reviendrai plus loin.

article presse magazine laurent dupin sur série fantastique black mirror
Article paru dans le n°59 de « Mag Securs », 4ème trimestre 2018, en pages 50 à 52

4ème Dimension fondatrice

Mais le genre remonte en fait aux années 60, naissant à la télé avec la célèbre “Quatrième Dimension” de Rod Serling, en noir et blanc. Cette musique bizarre, ce générique cultissime et ce présentateur donc, propre sur lui, presque banal… le comptable de la banque du coin, ou le vendeur de la concession d’à côté. Mais un regard noir surtout, qui en disait long.

Cette série a marqué mon enfance et de nombreuses générations, de par son amplitude (140 épisodes) et ses multiples rediffusions au fil des décennies. Pour beaucoup comme moi, c’était inclus dans « Temps X » des frères Bogdanov. Les histoires sont souvent originales, décalées, non politiquement correctes même si calées sur un format pourtant speed : environ une demie heure. Comme ce sidérant et glaçant épisode de 1959 basé sur un simple… téléphone filaire parlant avec l’au-delà ! Une grand-mère décédée, refuse de partir aux cieux et continue de communiquer à son petit fils via son téléphone joujou… brrrrr. Je revois aussi cette histoire si triste où un soldat en zone de conflit observe sur des copains de régiment une petite lueur indiquer au front leur trépas prochain et leur condamnation certaine par la Grande Faucheuse. C’est çà, The Twilight Zone : une idée originale et toute simple et une narration en forme de chute. Il fut un temps, c’était même un objectif pour moi que de les voir toutes, dans une approche collectionneur (j’en possède pas mal) forcément motivée par la forme de cet objet télévisuel.

De futurs grands acteurs y ont fait leur début, qu’on retrouvera plus tard sur toile au cinéma… comme Robert Redford, Harrison Ford, Peter Falk. Des réalisateurs aussi, se sont fait la main avant de passer à plus complexe. On sait moins en revanche que la Quatrième Dim. a engrangé nombre de suites et remakes, en couleur cette fois : La “Cinquième Dimension” déjà dans les années 80, diffusée sur Antenne 2 le samedi soir. Son épisode d’ouverture avait détonné, et je me souviens l’avoir vu en famille à Nice : une femme prétendant avoir été violée, dont le mari l’emmenait en voiture à travers ville à la chasse de son agresseur… Je n’en dis pas plus et ne spoile pas. Chute garantie ! Plus près de nous, il y a eu aussi la “Treizième Dimension”, présentée par l’acteur Forrest Withaker dans le rôle du maître de cérémonie sérieux et habité.

Vous l’avez compris, on est à chaque fois dans le reboot, la tradition que modernisent juste des effets spéciaux plus affinés. Et pour être complet, notez que CBS annonce pour 2019 un remake de la série originelle animé par l’acteur Jordan Peele. Un choix qui n’a pas été de suite évident, à en croire The Verge, tant l’héritage de cette saga est marqué, respectable et défendu par les fans. On l’attend avec impatience !

Copies et inspirations

Comme tout produit qui marche et génère de l’audience, on va le copier. On se souvient ainsi du glaçant “Le voyageur” (photo ci-contre) du trio Markowitz, Chesler & Rothstein, et son jingle si anxiogène là aussi. Cet auto-stoppeur (au p’tit cul moulé dans son jean bad boy, ndlr) qui présente l’histoire se veut très inquiétant : ange ou démon ? Innocent ou influent sur le sort des malheureux cités ? Qui se souvient aussi que… Michèle Laroque y a fait ses débuts ? Hé oui. Puis c’est aussi “Hammer la maison des cauchemars” dans les 80’s (sur la 5 de Berlusconi), qui réussira à faire tourner Peter Cushing, ou encore “Fais moi peur !” , “Au-delà du réel” et aussi le plus discret “The Hunger” dans les années 90.

Le filon commençait sans doute à se tasser un peu, quand d’une certaine manière, les fameux “X-Files” ou “Fringe” le relancent. Elles flirtent aussi avec ce genre : malgré un duo d’enquêteurs en fil rouge dont l’histoire intime est souvent développée, ce sont des épisodes à chaque fois différents et basés sur les peurs et légendes urbaines notamment, au sein d’une certaine créativité renouvelant les grandes figures classiques de l’effroi. Le vampire peut se nourrir de graisse, le monstre reptilien se déguiser en humain, l’alien être le produit de manipulations génétiques militaires, etc, etc. Il y a une quête d’originalité ici, d’augmenter la galerie.

J’ai aussi connu, par les bacs des soldeurs de DVD, la moins repérée « Nightmares and Dreamscapes« , datant du début des années 2000 et produite entre USA et Australie : série courte de 8 épisodes basée sur les nouvelles de Stephen King, un auteur qui a en effet écrit dans ce rayon court quelques chefs d’oeuvre. Si tous les épisodes ne sont pas d’égale qualité, elle aurait mérité d’être prolongée au moins sur une saison 2… dommage. L’épisode d’ouverture montrant un tueur à gages (John Hurt) aux prises avec des jouets diaboliques, est un petit bijou d’effets spéciaux, humour froid et suspense.

Séries en streaming

Ce genre fantastique est reloadé dernièrement par les grands services en ligne de séries et films, y voyant un produit d’appel attractif et plutôt aisé à produire : déjà par Amazon Prime avec le remarqué “Electric Dreams”, inspiré de l’oeuvre de Philip K. Dick, co-produite par un ancien de “Battlestar Galactica”, Ronald D. Moore, excusez du peu. On peut citer aussi la “Dimension 404”, un 6 épisodes proposé sur le service Hulu en avril 2017, et qui a le mérite d’avoir Mark Hammil (Luke de Star Wars) comme narrateur principal. On apprécie les références.

Et je mets donc à part « Black Mirror« , l’anglaise de la BBC, inégale pour certains, inégalée pour ma part, qui nous propulse à la frontière de la dystopie, de l’anticipation, de la fable sociale dopée à la critique acerbe de nos moeurs numérisés. C’est iconoclaste, dérangeant, acide, bien vu. C’est très anglais aussi, donc subtil, pointu, élitiste en un sens. Le trip n’est pas ici toujours merveilleux ou étrange, basé sur des effets visuels : juste pernicieux par exemple. Comme l’épisode d’ouverture de la saison 1 (photo ci-contre), plongeant dans la malchance d’un Premier ministre (joué par l’excellent Rory Kinnear, vu dans les derniers James Bond) pris au piège du chantage en ligne et médiatique… Ou encore l’épisode de la saison 3 dont je parle dans « Mag securs » : une descente aux enfers d’un ado hacké sur son ordinateur et forcé à obéir pour de vilaines raisons à de vils personnes… La pure dystopie : changez juste un détail, mettez une goûte d’absurde sur du banal… et voyez la réalité cachée se révéler au grand jour. Une discipline qui devrait être enseignée en études !

On note juste une absence très remarquée dans ce paysage : pas une seule série française fantastique n’émarge et émerge dans ce genre pourtant si attirant. Il est vrai que l’hexagone n’est pas à l’aise sur ce terrain non conventionnel, même si de nombreux réalisateurs auraient la plume, l’oeil et la patte pour s’y adonner.

Une réflexion sur “Si précieuses séries fantastiques

  1. Super article sur les séries Laurent ! 😉 Et il y en a tant d’autres géniales : The big bang theory, le caméléon, Buffy, Breaking Bad…. La bise ! Aurore du lycée sud.

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