Petite histoire (personnelle) du live-tweet

logo-iphoneJ’ai lu sur les réseaux sociaux tout récemment que le live-tweet serait devenu ringard… Ah bon, déjà ? Son histoire (comme bien d’autres disciplines nées dans l’ère des médias sociaux et du digital) est pourtant très récente et encore for partielle. Je m’explique plus avant.

Durant la soirée à Numa, le 19 août dernier.

Quand j’ai commencé à utiliser Twitter pour rendre compte d’une conférence ou d’un rendez-vous en temps réel à mon réseau… peu le faisaient alors. C’était par exemple sur des rencontres/débats tenus à Numa (encore appelé « La Cantine » dans son ancienne adresse) et il fallait être assez audacieux pour prétendre à partager ce qui se disait sur place avec le reste de la France et de la francophonie !

Ca suppose de tripatouiller son écran de smartphone ou de pianoter sur son ordinateur portable : y’en a que cela dérange, visuellement. Ca suppose aussi parfois de se lever pour prendre une photo d’une assemblée, tourner une vidéo de quelques secondes, à diffuser dans la foulée. Là aussi, ça peut déranger l’oeil sourcilleux.

Même dans des cercles avancés comme le Social media club, on « privatisait » (et on privatise encore) certains débats en voyant d’un mauvais oeil le live-tweet « dérangeant » ou trop systématique. Je revois encore Benoit Raphaël rigoler un soir sur l’air de « ah ben non, je vais pas dire ça car sinon Laurent le met live dans quelques secondes sur Twitter« . Une forme de résurgence du « off » de la presse, bien connu des localiers en régions. Mais mes années antérieures en journalisme, et notamment en presse locale, m’ont justement déniaisé et libéré sur ce sujet : je sais qu’il faut oser, rester courtois mais ne pas se contraindre en pareilles situations.

Et avant cela, le live-report sur blogs

Pour autant, j’avais bien tenté le « live report » encore avant et pas en réseaux sociaux « classiques » : ce à travers les blogs, dont je me servais un peu pareillement dès 2003, tant en perso (via 20six et U-blog) qu’au boulot (chez BforBank par exemple). La planche d’exercice idéale était la conférence LeWeb (entre 2006 et 2009 par exemple), avec l’envie de partager le plus possible sur ce que je voyais et écoutais sur place. Méthodo : écouter une conf’, en noter les points clés tout en écrivant en parallèle une note de blog, qu’on édite/publie rapidement dans la foulée. C’est très exigeant, mais en même temps très excitant de pouvoir ainsi rendre compte d’un événement si vite. A l’époque je bossais par exemple pour ZDNet.fr, et il est vrai qu’en comparaison le processus d’édition classique d’un article dans une rubrique du site était bien plus long…

//platform.twitter.com/widgets.jsMais je vous entends de là. Et on me le disait déjà à l’époque : « mais qu’est-ce que tu t’enquiquines à live-bloguer ! » Pour parvenir à du live-report, il faut pourtant juste un peu d’organisation, comme :

  • tout noter : de partout tout le temps; une impression, une idée, un lien… chaque détail doit être exploité;
  • tout mémoriser : à défaut, il faut pratiquer la gymnastique mémorielle pour ne rien laisser passer;
  • tout brancher : le live-tweet suppose des appareils à jour sur leur batterie… et parfaitement fonctionnel; sinon, c’est la crise de nerf assurée !
  • tout enregistrer : photo, mais aussi vidéo et audio sont des matériels de base à monter rapidement pour l’ajouter à une note de blog.
  • tout oser : hé oui, à un moment il faut se lever pour aller prendre cette photo ou cette vidéo là debout, devant toute une salle assise et studieuse.

Si je prends un peu de recul, quelles sont les limites du live-report, et par suite du live-tweet ?

  • vous agacez les « anti live » : celles et ceux qui veulent prendre le temps, ne pas se précipiter, échanger « dans la vie réelle », ou qui (ne sachant pas le faire eux-mêmes) vous taxent de « compulsif »; souvent aussi, une séance de live-tweet vous fait perdre des followers, plutôt qu’il vous en amène…
  • vous ratez des choses : c’est relatif à la personne et aux capacités de mémoire de chacun mais oui, on ne peut pas faire bien tout à la fois et très vite…
  • vous vous sacrifiez : pour penser à partager ainsi, forcément vous ne faites pas autre chose, de peut-être plus important pour le moment…
  • vous êtes trop dans l’instant : le recul est nécessaire à analyser un fait, et le live en ligne n’y est pas propice. Précipitation et/ou manque de discernement peuvent nous piéger dans cet exercice de haute voltige.

Entre dérives et espoirs

Pour revenir à la critique de départ : sans doute que le live-tweet, développé depuis sous sa forme la plus marketing, avec répétition de hashtags téléphonés, citations laudatives, etc. va finir par tuer l’originalité de la chose. Tout comme le live-tweet défoulant d’émissions de télévision (souvent la télé-réalité), au niveau proche du sol. Et si j’ai moi-même donné dans ce rayon (sur Koh-lanta de TF1 notamment) il m’intéresse moins cependant…

//platform.twitter.com/widgets.js

Mais je pense que va perdurer un live-tweet purement informationnel, journalistique, méthodique et surtout réactif. Je pense aux grands moments de l’histoire du live-tweet, qui lui ont donné ses lettres de noblesse : comme l’affaire DSK, ou encore la mort de Michael Jackson.

Ok tout le monde n’est pas un Albert Londres 2.0 ni un investigateur en herbes, mais… l’occasion fait le larron. Alors bien sûr, comme me le faisait remarquer une collègue lors de notre déplacement sur l’UECDD 2015, le live-tweet est souvent facile en apparence, superficiel, car il cherche la petite phrase plutôt que le fond et la réflexion. C’est vrai. Mais je trouve cette forme éditoriale et numérique particulièrement galvanisante et formatrice, dans l’idée de se mettre à la portée des autres, sous deux angles essentiels : 1/ ne pas trahir les propos relatés; 2/ faire le lien avec le public distant.

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