La journée type du journaliste en 2013 (partie 2)

clavier ordiBon, le petit matin est déjà passé, les rayons du soleil s’installe durablement, le café n’est plus qu’un arrière goût digestif, déjà. Mais la folle journée débutée tôt de l’aventurier des médias modernes, des réseaux sociaux et des applications digitales se poursuit… Elle ne peut s’arrêter ainsi aussi simplement, ce ne serait pas assez « bankable ».

Que va t-il se passer ? En voici quelques étapes synthétiques, quelques jalons qui pourraient être la réalité vécue par nombre de professionnels, à des degrés d’intensité plus ou moins forts.

  • 8h30 : à défaut de conf’ de rédac’, le site manager propose bien un morning brief. Il tient ça de son stage en usine textile, nous a t-il dit un jour. « Rapide, court, concis ». Il tient aussi à ce que ça se passe via Skype, avec l’équipe de développeur web asiatique, et aussi le patron de la division média de notre investisseur principal, un britannique de Londres. « C’est meilleur de think global et act local dans notre business, sinon on est trop narrow minded ».
  • 8h37 : nous sommes une petite dizaine dans la salle avec de grands écrans pour le call Skype, mais le faisceau saute de temps en temps; mais déjà tout le monde consulte ses mails sur smartphone, ses réseaux sur tablettes, ses notes sur ordi portable… On a autre chose à foutre merde, des contenus à produire ! J’entends un collègue lacher derrière moi « pfff, les nazes, Skype c’est out, c’est un Hanghout qu’il faut faire. Et encore, Vine c’est top, tu crois qu’on peut faire des conf’ de 15 secondes de séquence ? »
  • 8h40 : retour à mon bureau. Je me dois de mettre à jour mes réseaux sociaux et mon ScoopIt, avec quelques entrées web bien vues. Sinon, mon score d’influence va baisser, et j’aurai l’impression de louper un truc fort qui pourrait me servir pour mes contenus. Je mélange réseaux pro et perso, pfff, de toute façon les patrons n’y comprennent rien, on peut leur dire que « c’est de la veille informationnelle », ça fait classe. Et j’ai bien mis mon écran de côté vers la droite, comme ça personne peut vraiment voir ce que j’ai dessus.
  • 8h55 : la courbe des stats temps réel de mes rubriques commencent à se tasser… zut, le papier Apple de ce matin baisse déjà, plein de gens m’ont copié et écrit la même chose… ou bien est-ce l’inverse ? Que faire, comment réagir rapido ? Bon, je checke sur Google Actus (US, c’est plus « hot topic ») les news « people » et « VIP », voire ce qui sort… ce qui a clashé.
  • 9h05 : je repère dans le flux que Justin Timberlake s’est fraqué dans un bar de L.A et a cogné un paparazzi qui shootait sous la table le dessous de jupe de sa petite amie. Elle ne portait rien en-dessous en fait ! Je la tiens, ma niouze à forte audience ! Sa petite amie, c’est la gagnante du reality show à succès du mois dernier : « Living in a WC for one month ».
  • 9h10 : j’ai balancé quelques tweets pour chauffer le chaland sur les réseaux, voir à faire monter « Timberlake » dans les trending topics. Mais je parle pas du tout de la la baston, histoire d’être le premier à tirer l’histoire en ligne. Si je me secoue un peu, je peux battre au poteau les copains des autres sites. Et premier arrivé, premier servi en audience !
  • 9h15 : j’ai traduit automatiquement la niouze du site TMZ en intégral sur Google Trad’, et je mélange les phrases du début avec celle de la fin, pour faire plus vrai, pour pas qu’on reconnaisse. Je mets aussi des synonymes par ci par là… « People » devient « célébrité »; « petite culotte » devient « string », « frapper » devient « cogner ». Il en faut quand même du vocabulaire, pour faire journaliste professionnel. On ne m’avait pas dit.
  • 9h20 : j’ai monté une galerie photo sous Flickr et Pinterest avec les dernières images torrides de la copine de Justin. Elle aime souvent de balader nue sur des plages ou dans des soirées. J’ajoute en-dessous la vidéo embarquée du trailer de son dernier film, où il l’a rencontrée. C’est complet, c’est une info vérif… pardon augmentée je voulais dire, mise en musique quoi. Enfin un sujet qui va arracher en audience.
  • 9h30 : le chef réal’ vidéo m’appelle du 3ème étage. Il a vu que « Justin » cartonne à fond sur les plateformes vidéos. Il me propose de rejoindre via webcam un plateau vidéo pour une petite émission « live » sur le sujet, pour nourrir la chaîne vidéo people du journal. RDV dans dans 10 min, pour un début à 9h45 pile. Je connais pas sa bio, pfff, pas grave Wiki me sauve et un petit scan sur les réseaux aussi pour la mise à jour nécessaire.
  • 9h35 : je me coordonne avec le community manager mutualisé (entre 5 rédactions), pour chauffer le buzz sur les réseaux. On y annonce le live de tout à l’heure et on récolte les questions des internautes. J’en reçois une première en DM via Twitter : « Hou peutton trouvai les freingges de Justin den les magazins ? ». On passera ça, c’est bon pour les marques qu’on a en annonceur, me dit le chef’pub via notre messagerie instantanée. Il me dit surtout de paler coûte que coûte des jeans Mémé, qui ont acheté une blinde le sponsoring de toute la section vidéo. J’aurai un jean gratos si je veux. Cool, je pourrai le revendre demain sur LeBonCoin, ça me fera de la thune. Vu ce que je gagne ici, c’est pas de trop…
  • 9h45 : jingle electro pop, l’émission commence live, diffusée sur Facebook et sur le player vidéo de tous nos sites. L’animateur me lance la première question : « alors Justin Timberlake se prend pour un boxer à L.A. Notre journaliste a suivi l’affaire de près et va nous expliquer ce qui se trame derrière ce banal fait divers… Notre enquête »
  • 9h50 : on passe aux questions des internautes, en live. Une ado parle en gloussant à l’antenne… pardon, en stream live. Elle voudrait savoir si Justin embrasse bien avec la langue; c’est une copine qui lui a lancé ce défi, sinon elle lui casse la figure dans la cour du collège. Si elle dit ça, elle va gagner des « like » sur FB.
  • 10h : l’émission est finie et a bien marché. Je récupère mes notes et le retranscrip’ de notre vidéo. Je vais m’en servir pour la base d’un dossier spécial « Justin, le rebelle d’Hollywood », que me commande le site manager pour notre supplément papier du week-end. On recycle tous les contenus online ainsi, ça fait baisser le coup, pardon le coût de production. Et on va ce mag’ à 12 euros, car il a un design d’enfer et une belle qualité de papier. Les gens le gardent dans leur bibliothèque il paraît, en collector !

(to be continued & augmented)

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