Auto-portraits, avatars, selfies : comment bien les gérer

logo-photo-cadreJe vous le dis, je ne comprends pas la mode des auto-portraits systématiques et frénétiques sur les réseaux sociaux. Les selfies, comme on les nomme de façon synthétique, coiffent en fait plusieurs situations bien distinctes. Des personnes qui se shootent dans les miroirs, les vitrines, en action, en souriant, à plusieurs, etc. Une sorte de nombrilisme 2.0, d’égo-on-line hypertrophié qui ne se goinfre jamais assez de l’exercice et de lui-même.

J’ai croisé ainsi sur le réseau social Instagram une personne assez sympathique, mais qui rentre pile poil dans cette catégorie. Elle se nomme « Cinthia Diaas » de son petit nom, et se shoote avec son smartphone, dans toutes les situations les plus génériques, devant le miroir, dans sa salle de bains, dehors en ballade… Une selfie-addict de premier plan ! Pas même une once de recherche de sens, ou de message subliminal second. Non, juste l’envie de se montrer telle quelle, en short, en robe, toujours souriante… Une sorte de mise en abîme de soi, qui n’a pour finalité que de se montrer et se voir, en train de se voir. Un miroir portatif pour faire court.

Un peu le message de « je suis belle et je m’aime bien, donc je me montre ». Rien de bien révolutionnaire au sein de la génération Y qui ne doute guère d’elle même. Mais tout de même peu d’intérêt en définitive, au bout de la course. Ou bien alors s’agit-il de se montrer pour « pécho », pour se révéler sous ses plus beaux atours afin de rencontrer l’âme connectée soeur… ? Possible.

Le phénomène des Facebooks escort girls n’est pas loin aussi, que j’avais constaté et décrit en février dernier. Bien sûr, toutes ces personnes n’ont pas d’intention mercantile derrière l’avatar, et se contentent juste de flatter leur image digitale et de papillonner. Mais c’est un terreau fertile et potentiel, qui ne demande qu’à être utilisé ou tenté.

Pour ma pomme, je considère que la rareté doit être le maître mot. Tout d’abord, parce qu’en règle générale, c’est ce qui détermine la valeur dans les activités humaines. Ensuite, parce que ce sont pour moi des repères, des balises, permettant à mes interlocuteurs en ligne de me repérer dans un flux devenant sans cesse plus gros et insatiable. Enfin, parce qu’un changement permanent et futile, peut donner un message « bis » malgré soi : instable ? trop changeant ? n’en fait qu’à sa tête ? A moins que ce soit bien vous, et que vous souhaitiez le faire remarquer, c’est à éviter quand l’on sait que les recruteurs scannent et analysent les traces de soi.

J’ai observé que certains réseauteurs dans mes contacts, en changent tout le temps sur Twitter. Par exemple David Abiker, qui fut tour à tour son portrait sérieux, puis un ballon de basket, ou encore dernièrement un Spiderman couvert. Idem pour Guy Birenbaum, qui semble rechercher à travers ces changements, la couleur/lumière parfaite pour son visage et aime aussi beaucoup la lumière de Trouville.

Discipline personnelle en ligne

laurent dupinDe fait, j’ai assez peu changé mes avatars au fil de ma vie digitale. Deux tout au plus, sur mes écrans Twitter et Facebook, depuis leur création respective, en 2009 et 2007. Et encore, pour Facebook, c’est le réseauteur Enikao qui m’a un jour forcé un peu la main, et gentiment proposé de refaire mon visuel, pour le styliser façon cartoon. J’ai accepté ce changement, alors que je partais du principe extrême de ne rien changer du tout. Enikao a fait d’ailleurs ce don pour plusieurs de ses contacts sur les réseaux sociaux, et cela avait créé un petit « moment » en ligne, avec plusieurs changements survenus à la même période. Globalement, à cette époque, les réseauteurs découvraient aussi les applications « cartoonize yourself » diffusées sur les smartphones, et s’en amusaient. Normal.

laurent dupin londres digital media[MaJ:] encore plus récemment, j’ai accepté d’intégrer le travail du designer-graphiste Moon (Le Croissant Bleu), qui m’a spontanément proposé de me « styliser » en dessin. Je l’ai fait sur un réseau (Ello) à titre expérimental, puis nous avons communément imaginé un avatar inspiré, suite aux terribles événements de janvier 2015, à Paris. Je l’ai depuis retiré.

 

Or il y a une limite : le changement physique, corporel et d’apparence. Exemple : j’ai brisé mes lunettes il y a quelques temps en Bretagne et ai changé de paire dans la foulée. Du coup, mes lunettes d’avant (la « barre » de mes réseaux sociaux, par laquelle on me disait souvent me reconnaître « IRL ») ne correspond plus tout à fait à la nouvelle paire de lunettes que j’ai acquise. Que faire ? Alors que je trouve ces avatars plutôt réussis, et n’ai pas envie d’en changer de si tôt. Je temporise donc.

laurent dupin invitation elysée[MaJ:] j’ai néanmoins fini par changer d’avatar d’un trait, entre mes comptes Twitter et Facebook, après les logos « Je Suis Charlie » que j’avais installé comme nombre de réseauteurs. Ce sera désormais un selfie pris dans la cour de l’Elysée, quand je m’étais rendu en juin 2014 à une réception « frenchtech ». Signature que je veux originale (que j’utilise sur mes selfies désormais) : lever les yeux en l’air, ne pas fixer l’objectif. D’abord parce qu’on se rate souvent à cet exercice (pour viser la petite caméra du smartphone), ensuite parce que ça me semblait plus fun. Quand on peut conjuguer l’utile à l’agréable, pourquoi s’en priver.

Selfies contextuel

Dernièrement, j’ai tenté l’auto-portrait impromptu, mais dans des situations qui pouvaient le justifier. A Londres, sur une convention digital media de la Wan-Ifra. Ou dans un tgv, avec un reflet dont j’appréciais la lumière et le contexte. Idem quelques jours plus tard en terrasse d’un troquet ombragé dans le vieux Mans. Toujours pas évident de s’auto-shooter dans un lieu public… Même si tout le monde est équipé de smartphones, se comporter comme un Tintin reporter en goguette n’est pas toujours aisé ni discret. Et puis cela envoie un drôle de message à gérer immédiatement dans son entourage : « je m’aime et je me shoote ». On peut s’en fiche, mais sur le long terme c’est à envisager.

laurent dupin

Ma reco finale serait de ne pas aller non plus à l’inverse de ces constats. C’est à dire de ne rien faire du tout, prendre une image comme elle vient et la mettre sur ses réseaux vite fait mal fait… Il faut soigner ce travail à minima, il faut se correspondre ou en tout cas faire passer un message visuel qui soit raccord avec son message global personnel.

C’est une partie non négligeable du fameux « personal branding » sur lequel on a beaucoup théorisé. Lequel passe en fait par des petits réflexes pratiques du quotidien. Evitez par exemple les portraits trop stylisés et retravaillés au point de ne pas vous reconnaître, si vous utilisez vos réseaux pour vous faire recruter. Ou bien alors, vos secteurs d’activité sont en osmose : art, communication, création, maquillage… Evitez l’excentricité qui, comme l’humour, est quelque chose de très agréable mais aussi de très relatif.

En somme, faites en sorte que votre avatar ne devienne pas un avantard.

2 réflexions sur “Auto-portraits, avatars, selfies : comment bien les gérer

  1. C’est un avis personnel mais la jeune femme en question fait peut être aussi passer son message (oserais-je dire à sa génération), même si elle ne se prend pas en photo devant telle où telle convention, peut être qu’elle incarne en quelque sorte une valeur actuelle : le changement (où l’inconstance) bref le mouvement !

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