Les 24 Heures du Mans embrayent dans le virtuel

On ne l’avait pas vu venir, mais le sport va t-il connaître une accélération de la pratique du digital comme dans l’entreprise avec le télé-travail ? Ca se passe peut-être dans le sport mécanique cette saison et du côté des 24 Heures du Mans cuvée 2020. Pour rappel du cadre, on sait depuis mars dernier que l’ACO a pris la décision (sage) de reporter la mythique course de juin à septembre 2020. La crise du coronavirus démarre alors dans toute sa force, personne ne conteste. Mais gasp! toute l’économie locale a failli s’étrangler, en espérant que ceci soit un mauvais rêve. Adieu les milliers de visiteurs venant des quatre coins du monde et consommant généreusement sur place plusieurs jours ou semaines. Adieu les retombées sur l’économie et les finances locales.

Réalisme saisissant de la course… a t-elle encore besoin de se tenir pour de vrai ? 😮

Deux mois vont passer. Il faudra attendre ainsi la mi mai pour que pointe cette idée de quand même tenir l’édition de juin 2020… mais autrement. Il faut dire que déjà la F1 a donné le la tout d’abord, dès mars, en décidant de décliner toutes les courses annulées sur du virtuel. Le 15 mai le site Sport.fr sort l’info : la course sarthoise aura bien lien en version esport, plus exactement sous la plateforme du jeu de course rFactor. Un jeu qui existe depuis 2005 et qui a la spécificité (pas un hasard), comme le rappelle sa note Wikipedia d’être un « logiciel ouvert, c’est-à-dire offrant la possibilité d’y intégrer modèles et circuits développés par des tiers« . Rien de tel qu’un réseau mondial de fans et geeks pour oeuvrer en ce sens et améliorer le dispositif. Et aussi pour encaisser en terme de dév’ le choc d’une course online d’une journée entière… et pas de quelques heures seulement.

Logistique sobre mais précise

Ce n’est pas du parc et circuit historique des 24 Heures, mais depuis le célèbre Studio Gabriel à Paris, que la course a été dirigée. Avec en bonus un espace pour « des simulateurs, dédiés aux équipes IDEC et Alpine, ainsi qu’à la voiture leading Car et safety car« ; et aussi une loge pour les huiles officielles (dont Pierre Fillon, président de l’ACO). Côté com’, la logistique est aussi vivace sur le site internet des 24 Heures, où la rubrique actus se remplit de dizaines et dizaines de « news » depuis un mois, comme si l’on couvrait à cette occasion la course officielle.

A partir de là, plusieurs écrans online et chaînes ont diffusé le live de la course virtuelle, et on peut en revoir des extraits significatifs notamment sur la chaîne Youtube des 24h. Ce à égalité de traitement avec des vidéos « réelles », ce qui est assez osé. Question : un DVD sera t-il produit cette année, sur cette course ci ? A suivre. Les fans pourraient être demandeurs d’un produit/contenu récapitulatif plus étoffé. Et pourquoi pas désormais, un site web (ou sous site) dédié à cette seule édition esport, si elle devait se répéter et s’inscrire durablement dans la galaxie 24 Heures.

Impressions vécues

Au rendu, tout ceci attire l’oeil très vite de prime abord. J’y ai assisté chez mon amie dont l’aîné (Florian) est un fan absolu des 24 Heures du Mans. Du genre à dormir sur le site dans son sac de couchage, avec un copain, pour vivre l’événement au plus près. Du genre à se procurer le DVD du film de la course dès qu’il sort, pour ne pas en louper une miette. Ce qui m’a frappé, c’est en effet le rendu et les textures (des carrosseries, du bitume) avec aussi l’animation (changement d’angles de vue de caméra) qui recréé immédiatement l’illusion d’une course réelle. Les pourtours de la courses (bâtiments, lieux) sont aussi très fidèlement recrées, mais ce comme dans n’importe quel bon jeu de course vidéo, au grès des villes où cela se déroule.

Côté cool : pouvoir voir les coureurs (pro ou non) de chez eux, chacun dans leur intimité et leur cockpit, était un bonus très appréciable et détendu. On mesurait déjà des orgas différentes entre équipes très rodées et dotées, et concurrents plus zens, jouant depuis leur salon et canapé. Ca donne un charme fou qui fait le lien entre cet univers du esport et celui des compétitions officielles. Y compris quand l’espagnol Alonso (photo ci-contre) s’est payé une sortie de route et un abandon, comme un joueur-pilote débutant… Il est clair que ça humanise le propos.

Penser à décliner en virtuel l’ouverture de course (avec Tony Parker) et le concert (avec The Avener qui s’y est collé) était aussi de superbes idées, enrichissant d’emblée le dispositif. Jusqu’à la victoire de Rebellion (capture ci-gauche) et du jeune pilote qui achevait les tours à l’écran.

Côté manques : un public figé en décor et surtout l’absence de scène de paddock avec mécanos et ingénieurs, rendaient le déroulé de la course un peu froid, un peu « robotique ». Mais ce sont des détails. Et vu que c’est un logiciel libre, sans doute que des développeurs vont s’attaquer à ce problème prochainement. Manière à aboutir peut-être à une sorte de « Les Sims aux 24 Heures du Mans« , ou pour les plus anciens de « SecondLife Race Le Mans » où chaque recoin, espace soit recréé en virtuel et animé. Sans doute un peu lourd en terme de ressources informatiques et serveurs à mobiliser, mais très excitant pour les participants et invités.

Une vague plus forte

N’en doutons pas. Le phénomène n’est pas localisé et limité. C’est une vague profonde venant de loin (le esport en général), électrisée par une crise sanitaire mondiale (le covid-19) et poussée par une plus jeune génération de pilotes culturellement biberonés aux consoles vidéos. A tel point que Gary Rose pour la très sérieuse BBC lui consacre un sujet d’analyse et conclut que « s’il y a une chose que nous avons apprise durant le confinement c’est que l’esport n’est plus seulement une question d’amusement« . Cela, on le savait depuis un moment : sponsors, contrats, diffusion en ligne… déportent naturellement leur business sur cet environnement, comme une extension, un bonus. Et quand l’on voit que même le simple running s’est mis aux courses virtuels (rapporte le NY Times)… on mesure que c’est bien une nouvelle relation sociale sportive qui s’est mise en place tournant printemps 2020.

Et demain ? Cet élan pour la course virtuelle va t-il se prolonger au-delà ? si oui, comment ? On peut supposer que les calendriers des courses physiques se dédoublent désormais de leurs avatars en ligne, se tenant ou non en parallèle aux dates officielles. On peut supposer aussi que des passerelles, des transferts plus fréquents se fassent entre pilotes, du présenciel au virtuel et inversement. En somme cela augmente le champs du possible. Le cap suivant, c’est la science-fiction qui l’a brossé avec par exemple le récent film « Ready Player One » de S. Spielberg (tiré du roman d’Ernest Cline) où tout se passait bien dans une course (et quête) virtuelle, fondatrice pour l’humanité survivante.

L’Antiquité avait connu les Jeux Romains pour tenir le peuple opprimé… La modernité connaîtra t-elle les jeux esports en arena numérique permanente… pour adoucir son quotidien et ses diverses crises sociétales ?

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