Portraits de cyberwomen

Je m’étais déjà intéressé en 2016 aux « CDO » féminines… Mais le marketing digital n’est pas le seul front qui bouge dans l' »IT ». 22 portraits ici. Pas un de plus, et tous féminins, et dans une variété de genres, postures, secteurs, métiers assez bluffante. Personnellement je n’aurais pas cru, si l’on en m’avait parlé avant, qu’il y avait autant d' »elles » dans ces activités. Je l’ai vérifié en revanche en tant que (re)lecteur du manuscrit, dont je me suis donc bien imprégné dans sa problématique première. On dit en effet le milieu de l’ingénierie, de la technologie encore peu féminisé. Et c’est vrai. Pour autant ces portraits ont tous un fil rouge, un trait commun qui peut largement représenter le combat global de l' »IT », de l’informatique : faire prendre conscience de l’urgence de ce sujet de la cyber-sécurité que l’on soit particulier, entreprise, association, organisation gouvernementale, etc. Que l’on soit aussi… un homme ou une femme.

« Des cyberwomen décomplexées et pionnières »… repérées par l’auteure

On le mesure d’ailleurs cruellement en ces temps de crise épidémiologique mondiale du coronavirus. On se croyait puissant bardés de nos serveurs mondiaux, truffés de clouds et de data-centers, électrisés de réseaux sociaux et applications distantes… On se découvre petits, faibles, limités par le simple débit des plateformes de streaming vidéo (!). Incapables à date de mobiliser cette fameuse « IA » pour dégoter un vaccin (et donc une formule chimique) apte à bousiller la saloperie en présence. Mais tout n’est pas noir : on se révèle aussi réactifs, solidaires, capables de changer la donne. Capable de s’auto-critiquer aussi, le point de départ à tout.

Sexisme VS. parité

Adaptabilité. Mot clé commun aussi à tous ces portraits, à leurs carrières, leurs jobs et à la nécessité désormais d’organiser nos activités numériques, comme humaines et productives. Redescendre de plusieurs étages, nous dégonfler le melon et revoir les fondamentaux logistiques. A t-on tout en vue ? Avons-nous tout prévu ? Savons-nous comment réagir en telle situation extrême ? Une vision un peu sexiste dirait que les femmes seraient finalement un peu mieux placées que nous, les mâles, pour savoir gérer cela. Car la gestion, c’est le coeur de leur vie : entre maison, enfants, mari et travail ! Je lui préfère perso la vision paritaire plus équilibrée : ces messieurs ont changé mesdames… ils veulent aussi changer quand ils ne l’ont pas encore fait. Mais le carcan est épais, les mentalités lentes et la facilité à ne rien changer si… facile. La société doit juste poser le cadre qui le leur permette… pour juste leur permettre, à elles, d’oser.

Mais qui pour parler mieux de son bouquin, que l’auteure elle-même. La voici ci-dessous interviewée en vidéo pour le Prix du Livre Fic 2020 (qu’elle a reçu, catégorie « coup de coeur du jury ») : pour qui connait Sylvaine (j’ai cette chance), vous la lirez comme elle est. Franche, direct, technique mais aussi subtile, soucieuse de contexte et de détails, capables de dérouler une formule mathématiques ré-envisagée à côté d’un allégorie marine. Car oui, c’est une passionnée de vent et de vagues, « une » marin, il faut le savoir. Ce livre est né, rappelle t-elle en avant-propos de sa « rencontre marine avec le photographe Alain Zimeray, sur le bâteau de Jean-Luc Van Den Heede, lors d’une navigation avec lui en Méditerranée en 2011« . Ses 10 ans de journalisme en cyber-sécurité, lui ont donc permis de repérer -telle l’exploratrice des vagues lointaines- les profils pionniers, fonceurs, capables de définir leur job. Ce qu’elle nomme « les vigies contre les pirates informatiques »… pas qu’une image.

Combat dans la variété

Aucun de ces parcours présentés n’a été aisé, naturel, automatique. Le combat résonne entre chaque ligne. Et d’ailleurs elle cite spontanément parmi ses heureuses rencontrées, Christiane Féral-Schuhl (conseil national des barreaux), Astrid Lang (Institut Curie), ou encore Véronique Brunet (Anssi région Bourgogne Franche-Comté); etc. Justice, recherche, collectivité… les sujets sont variés mais à chaque fois l’auteure (c’est sa valeur ajoutée) recadre les histoires dans leur contexte historique, technologique, sociétal. Celui d’une folle époque de cyber-guerre, d’espionnage industriel, de terrorisme des réseaux on en passe et des meilleurs. Grisant mais aussi flippant au fond quand on y réfléchit un peu.

Mais le principe d’une sélection, aussi subtile soit-elle, a ses limites : la rencontre avec le réel. Qu’elle rappelle franco de port : 5% de femmes dans l’assistance seulement, lors de la remise du prix que lui a décerné le Fic 2020. De quoi baisser les bras ? Non, au contraire, de resserrer le propos sur un conseil final (dans cette vidéo) aux futures heureuses élues du secteur dans cette vidéo : « Pas de quotas surtout, restez vous même, avec l’envie d’y aller« .

Poétique de la technique

Gardons en tête alors cette belle image de ces femmes ayant bravé l’hermétisme machiste du secteur (informatique), l’aridité apparente du sujet (la sécurité) pour le porter à plus haut niveau ce noble engagement. Je dis « belle », car Sylvaine a réussi aussi au détour de ces rencontres, des séances photos avec son co-auteur (le photographe Alain Zimeray) et des interviews à saisir souvent le petit détail de personnalité, de féminité presque, qui donne à ces « techniciennes » (ce n’est pas péjoratif), une humanité, presque une fragilité. Nul doute que demain, grâce au sillon qu’elles tracent, ce secteur et ces métiers ne seront plus tout à fait les mêmes. Et que peut-être, après-demain, après explosion du fameux « plafond de verre » que cite une de ses autres interviewées (l’experte Julie Gommes), qu’enfin donc une parité homme-femme arrivera à nous emmener dans ce futur technologique que nous attendons, espérons, imaginons tous.

Pas un futur dystopique à la Black Mirror ou terrifiant à la Quatrième Dimension. Mais une société apaisée avec les peurs qu’elles s’inventent. Une société qui se maîtrise. Je mets l’idée en lien avec une belle conclusion d’un des beaux portraits de cet ouvrage (qui m’avait marqué à la première lecture), celui de Nora Cuppens, directrice de recherche à l’IMT Atlantique : « Ma passion, c’est chercher, comprendre, trouver peut-être… je ne comprends pas, qu’on puisse pas comprendre« .

Pratique : vous pouvez achetez cet ouvrage en ligne (prix 30€, Editions Michel de Maule, 167 pages) sur le libraire Amazon, ou à la fnac.

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