Roland Garros et le numérique, à l’heure indienne

Quand on rentre dans le saint du saint du tennis français -j’ai nommé le complexe de Roland Garros, Paris 16- pour sa quinzaine 2019, on est de suite frappé par un « détail » qui manque à l’appel: « tiens, y’a plus IBM de partout dans les allées ?« , lancera un badaud tennisophile, croisé au hasard des allées.

En effet, c’est la première info massive de cette édition 2019 du tournoi de Roland Garros : l’arrêt de la collaboration prolifique entre l’entreprise informatique américaine et le tournoi français. Et pour ma part, deviner ce qui a remplacé ce duo a relevé du défi. Face à des équipes techniques internes débordés en ce jeudi 30 mai, je me suis mis… à la jouer à l’ancienne. Arpenter les allées pour relever anecdotes et faits. Un box frappé du sigle Infosys a de suite attiré mon oeil… au devant du centre médias. Il se propose de zoomer sur 2 activités informatiques : les « stats » du tournoi et une application de jeu en casque 3D virtuel. Guillaume Lopez (photo ci-contre), l’un des jeunes tenanciers du dit box, me fait la démo du tout. Mes questions étant plus précises qu’attendu, il finit par m’orienter vers le « boss » de cette édition, tout du moins sur la partie partenaire technologique.

Un des animations « techno » du tournoi… à base de stats temps réels et casque 3D virtuel.

Equipe indienne… à la cool (en apparence)

Dans le bâtiment du Village, fameux pour ces lounges et rooftops classes, se cache aussi un étage un peu étrange, un peu à part. Dans de spacieux bureaux blancs de la moquette au plafond, on me conduit à quatre gars un peu à part. Leur tenue cool, leurs babouches au sol témoignent d’une autre origine que les staffs locaux. Ce sont quatre indiens de chez Infosys, débarqués là il y a peu, et en charge de la maintenance des principales applications du tournoi. Tandis que je fais le tour des popotes, taille le bout de gras sur leur connaissance de Paris, au derrière un manager est en train de terminer un entretien d’huiles. On me le désigne, c’est un « associate vice-president » de l’entreprise informatique, donc du lourd.

Le dénommé Raghavan Subramaniam (photo ci-contre) est pourtant très friendly et accessible, et va me présenter dans un anglais à l’accent si typique les différents programmes moulinant la donnée sur RG. Il y en a 4 en fait. Tout d’abord « MatchBeats » qui agrège les statistiques des joueurs et des matchs en temps réel. Son point fort: une technologie de type adaptative permettant de reconfigurer à la volée (au doigt sur la tablette que manipule Raghavan devant moi) tant la taille des objets que les données qu’ils interprètent. C’est très fluide et agréable à taquiner.

La deuxième application est le tableau du tournoi, tout simplement, résumant le parcours des joueurs et les bilans des étapes clés. La troisième, plus intéressante encore, se veut une plateforme joueurs : une sorte d’intranet dédié, où ils peuvent accéder à chaque match enregistré, et remonter alors aux séquences par la stat’ et l’analyse. Clairement, cela mange sur les plates-bandes des applications spécifiques à chaque joueur et coach, mais pourrait se révéler à terme un outil de partage assez innovant. Pour l’heure, la team indienne évalue son succès en pourcentage, en train de grossir. Enfin une dernière application permet de monitorer l’activité sur les réseaux sociaux. Fil rouge et point fort de tous ces développements : la visualisation, le côté « adaptatif » du design. Clairement, on a quitté le monde un peu raide et lourd à la IBM.

Une partie de l’équipe indienne localisée à Paris, durant RG 2019. Une trentaine de personnes en tout.

Un partenariat à évoluer

Le manager me précise alors justement le cadre de ce premier deal « surprise » avec le grand tournoi français : commencé il y a 3 mois, le travail informatique pure mobilise pour Infosys une équipe locale de 6 personnes, augmentée de 25 personnes en off-shore en Inde. Ca peut paraître plus léger qu’au temps de feu IBM, mais ce n’est là qu’un début, et en prime sachant que la philosophie de l’équipe indienne, comme me le précise Raghavan, est cette année de « s’emboîter dans la DSI locale« . Logique si l’on tient compte qu’il n’y a pas eu de contact de « tuilage » avec les équipes IBM.

Il sera donc question, une fois la quinzaine finie, de revoir tout ceci et de porter l’échange à plus haut niveau. Ce qui permet à Infosys de l’espérer ? Un peu la même chose qui faisait le succès d’IBM avant sur le tennis : couvrir tous les tournois de l’ATP Tour, en mode dominos. A date, les indiens ont déjà équipé le tournoi australien des mêmes développements informatiques. Des contacts sont pris pour la suite, ailleurs, mais rien de précis. Clairement, les performances des applis parisiennes seront sans doute scrutées à la loupe, dans un univers informatique qui évolue rapidement. Bien sûr, il serait question de se demander pourquoi l’informatique française (Free, Cegid, etc.) n’a pas été capable de fournir la prestation informatique à RG, ou pourquoi celui-ci ne l’a pas sollicité… ? Cocorico quoi, surtout à un moment où les joueurs hexagonaux se font… si discrets dans les derniers tableaux du tournoi ! Mais ceci est une autre histoire.

Pour compléter : relire le reportage que j’avais consacré à l’informatique de Roland Garros (by IBM), en 2007. On y mesure le rouleau compresseur « à l’américaine » que déployait sur place l’américain, par rapport à la vélocité légère des indiens, telle que constatée cette année de début de collaboration avec le tournoi. Et telle que sobrement décrite pour l’heure d’un simple communiqué de presse. De ce que m’a confié Raghavan Subramaniam, j’ai été le premier journaliste/blogueur à avoir l’idée de visiter leur équipe, en me questionnant sur la présence du box Infosys.

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