Macron : un divorce en 5 actes avec les Français

Les journalistes ont assez peu le sens de l’histoire. Par paresse ou manque de temps, ils gardent le nez dans le guidon de l’actu temps réel qui les accapare et les électrise. Sans observer à quelques encablures en arrière, où tout prend sens comme par enchantement. Notamment dans les faits sociaux et politiques. Ainsi du président Macron, qui concentre les projecteurs ces jours-ci alors que sa dérive a débuté il y a plus longtemps que çà. Il a comme glissé peu à peu, mais assez rapidement en fin de compte, en passant d’un état de grâce à un état de casse. Plusieurs phases se sont enchaîné depuis l’été dernier, sans discontinuer ni lui laisser désormais le moindre souffle. En a t-il conscience, et autour de lui ses conseillers ? Souhaitons le lui, afin que le reste de son quinquennat soit non seulement assagi et productif, mais déjà simplement possible.

L’image s’est brouillée… entre le peuple français et son président. Les étapes en sont très claires… (photo elysee.fr)

1/ acte 1, la dérive personnelle : elle a d’abord concerné son approche du pouvoir et de l’argent, assez perfectible même si on peut lui accorder le droit à s’être laissé griser une fois en situation. C’est humain sous les ors de la République. Mais elle est celle surtout de la fameuse affaire Benalla. Là où la France des vacances estivales a été sidérée par ce mauvais film de castagneur d’Etat, sur-protégé, sur-promu, détenteur d’on ne sait quel secret. Tout en prêtant le flanc par le biais de l’enquête sénatoriale audacieuse, la réaction de sanction n’a pas été à la hauteur en Macronie. Les petits mots comptent aussi à cet endroit, qui visent souvent juste, entre les deux yeux. Comme ceux d’un Nicolas Sarkozy, pointant en septembre dernier que « ça risque de très mal finir« …

 

 

 

Le président Macron, à 40 ans, serait-il finalement trop jeune et/ou pas assez mature pour tenir la charge ? Son récent « break » pour raison de coup de fatigue peut le laisser suggérer… tout comme quand il a admis enfin entre les lignes avoir commis une erreur sur ce sujet.

A ce stade, les Français se disent : on ne peut pas laisser les rennes de la Nation a une personne incapable de s’entourer, prêt à toutes les compromissions pour entretenir sa cour de valets. Accablant.

2/ acte 2, la dérive politique : elle est celle des remaniements ministériels, coup sur coup, lié à des départs fracassants dans son propre camp des ministres de l’écologie (Hulot) et de l’intérieur (Collomb). Macron y est apparu faible, seul, car obligé de rafistoler l’équipe de son Premier ministre, comme il le peut, avec des membres du cercle proche, sans réel élan ni légitimité. De fait la dégringolade dans les sondages a suivi, sans précédent, et les comparos commencent à se faire méchants, comme ce « Macron pire qu’Hollande et Sarkozy réunis« . Désespérant.

 

 

 

A ce stade, les Français se disent : on ne peut pas laisser le sort de la Nation à un dirigeant sans épaisseur ni ancienneté politique. Ce qui était précisément son atout hier (sa relative nouveauté dans le paysage) se retourne aujourd’hui contre lui. Cinglant.

3/ acte 3, la dérive stratégique : elle est celle de l’éclatement du mouvement des Gilets Jaunes, en réaction à une énième hausse de prix sur les carburants… Une semaine où, pendant les vacances de Toussaint, les Français découvraient qu’un plein d’essence dépassait aisément les 1,70 euros/le litre sans que le cap des 2 euros ne soit impossible sous peu. Dans la foulée, le gouvernement n’hésite pas à parler de hausse de la taxation à prévoir en janvier, en même temps que la saisie de l’impôt à la source doit entrer en vigueur. D’aucun observateur politique a alors pensé qu’il n’est pas possible qu’un dirigeant se soit autant tiré une balle dans le pied, pour flinguer une politique par ailleurs juste sur le fond. Mais impossible à appliquer matériellement.

 

 

 

A ce stade, les Français se disent : impossible de continuer la route avec un dirigeant si technocratique et sans expérience de gestion de crise. Angoissant.

4/ acte 4, la dérive formelle : hautain, condescendant, trop haut perché, hors sol… les critiques ne manquent pas sur sa posture et son comportement, mais sans amener à la fin de réel changement. Les bugs de langage se succèdent sans se corriger. Le peut-il en fin de compte ? On ne sait. Ses derniers conseillers proches en date (en tout cas auto-proclamés comme tels, comme Collomb) attestaient tous de son repli sur soi, de l’impossibilité à lui parler désormais. Signe d’un enfermement et d’un entêtement jusqu’à aller dans le mur ? Le discours du 27 novembre confirme le constat : un président à la tribune devant ses ouailles, se faisant plaisir dans la rhétorique humaniste comme s’il passait un Grand Oral, mais incapable ne serait-ce que… de citer nominalement le mouvement des Gilets Jaunes.

 

 

 

A ce stade, les Français se disent : on ne le comprend plus quand il parle et s’agite… on ne peut pas dialoguer avec lui, il n’y a rien à en tirer. Anesthésiant.

5/ acte 5, le rejet total : c’est un signal faible en l’état, mais il est autrement plus parlant. Le fait que VIP de la politique et du spectacle se lâchent sur Macron et n’hésitent plus à le critiquer, ouvertement et sans aucune retenue. Comme la sénatrice EELV Esther Benbassa qui le sanctionne d’un sévère « le jeune et fringant génie venu de nulle part, est au dessous de sa tâche: juste mauvais, techniquement et politiquement« . Ou le commentateur politique Alain Duhamel, pourtant d’ordinaire réservé, qui voit dans son discours « un prêche de Noël sans cadeau, distingué, éloquent, lointain et abstrait« . Côté show-biz acteurs (Lellouche, Ducret, Dubosc…) font une sorte de front commun sur l’air de « marre de casquer comme des porcs »… De quoi générer de nouveaux slogans et hashtags populaires sur les réseaux !

 

 

 

A ce stade, les Français se disent : il paye sans doute pour tous les autres avant lui, c’est un peu injuste ok, mais là cette fois, c’est trop. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase d’une eau amère trop trop longtemps avalée, jusqu’à l’overdose.

Toutes ces crises étaient-elles donc prévisibles ? On a peut être oublié certains fondamentaux, qui sont les grandes lignes de contradiction d’Emmanuel Macron. Un président expert ? Dans son CV on voit qu’il n’a travaillé dans le privé qu’en… 2008, soit il y a à peine 10 ans (et encore dans la banque d’affaires). Total de son expérience de travail en entreprise : 4 ans, et encore tout mouillé, dans la pente et avec le vent dans le dos. Avant et après, il n’a connu que la grande administration et les ministères…

Un Président open ? Côté communication et connexion à l’ère social media, il faut aussi se rappeler que le défendeur zélé de la start-up nation… ne se l’est pas appliqué à lui-même. Ou alors très très tardivement, car avant Macron était inexistant en ligne ou sur les réseaux sociaux. Il s’y est converti que pour monter opportunément son parti En Marche, quelques mois avant les élections présidentielles… sans une réelle culture « web 2.0 » comme on la nommait alors, c’est à dire participative et non hiérarchique.

Question : Macron sera t-il un peu malgré lui, pas mal à cause de lui, le catalyseur tardif et improbable d’un mai 68 bis ? D’une révolution corrective qui germe depuis si longtemps ?

2 réflexions sur “Macron : un divorce en 5 actes avec les Français

  1. Macron a cru a un vote d’adhésion, alors que ce n’était encore une fois qu’un vote de rejet. Reformons notre démocratie, elle nous est chère.

    1. En effet. Le contexte de sa victoire à la présidentielle, explique sans doute sa réaction sur cette crise précise, et son attitude plus globale, souvent perçue comme distante voire hautaine. Son mouvement est trop resté dans la « certitude de soi » et n’a pas dépassé le stade de l’auto-satisfaction.

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