Elon Musk, du must au has-been ? Un cas prévisible et pas si isolé

[MAJ / 7 sept. 2018:] – Tout va très vite à l’heure de l’économie moderne et furieuse. Et l’américain Elon Musk pourrait très bien l’apprendre à ses propres dépends ces jours ci. Comment peut-on passer en quelques semaines du statut de golden boy de l’entrepreneuriat US à celui de burn-outé en pré rupture ? Comment avoir perdu ce titre de Tony Stark de la com’ 2.0, que je lui voyais il y a presque 4 ans ? Simplement en revoyant quelques fondamentaux, qui nous éclairent sur l’attractivité comme la dureté hors norme de ce pays. Aussi en pointant que Musk s’inscrit dans une certaine tradition nationale US, tout en prétendant être différent.

Elon va t-il garder la vista et la baraka, sans cata ?
  • la nouvelle économie est speed : le modèle start-up qui était celui de ses débuts, n’est pas inscrit dans la durée. On a une bonne idée, on pond quelques slides pour la vendre et on passe vite à la suivante.
  • le rupturisme est violent : révolutionner les transports attire à soi les projecteurs, mais aussi les jalousies, les convoitises… Alors s’attaquer à 3 secteurs en même temps et prétendre les révolutionner d’un même élan… c’est juste audacieux, couillu et source de stress, c’est évident.
  • la médiatisation est risquée : Elon est allé chercher les covers des médias, et même une apparition au cinéma dans un Iron Man… Il aime les projecteurs et leur chaleur rassurante. Mais celle-ci peut à l’inverse brûler les ailes d’un Icare impréparé ou juste un peu fatigué de son vol.

Un habitué des coups de com’ nerveux

On oublie aussi que Musk est coutumier du fait nerveux, des à coups et des postures éclectiques. Il n’a pas l’attitude classique d’un sur diplômé rompu aux us du business. Si on le félicitait hier pour sa communication sans filtre, ou le disait aussi assez tôt « en roue libre » et cette com’ n’a pas toujours été si successful qu’on le croit… Un site web s’est même spécialisé dans ses déclarations « nases » !

Côté business déjà l’été dernier, sa fortune avait dégringolé suite à de premières facéties boursières qui indiquaient ce filon potentiel. En octobre dernier, il n’hésitait pas non plus à montrer les propres ratés de ses fusées, pratiquant l’autodérision risquée… Il cherche aussi à ferrailler avec ses concurrents ou homologues, comme Zuckerberg sur l’I.A.

Côté perso, les sorties de route sont aussi possibles ou en tout cas dangereuses pour un tel entrepreneur attendu au coin du bois, sous le feu permanent de tous les projecteurs : il n’hésite pourtant pas à évoquer sa propre vie sentimentale quand ça n’allait pas, ou à s’admettre potentiellement bipolaire. Peut-être veut-il se donner un aspect plus humain, fragile, « normal » alors qu’on vante constamment ses qualités hors normes.

[MAJ] Mais que cherche t-il alors, quand il mélange vie privée et business un peu trop légèrement (comme le bins avec l’amie de sa petite copine, Azelia Banks), ou lorsqu’il se laisse filmer lors d’un interview radio en train de fumer un joint ? Faits divers inquiétants, d’autant qu’ils sont rapprochés dans le temps, rendant la rentrée de Tesla sur les marchés particulièrement rude… Ils témoignent en tout cas d’un manque de discernement et peut-être même d’entourage « sérieux » chez lui, pour se reprendre quand il en est encore temps. Un responsable de son staff, un proche qui saurait lui dire « arrête là, tu déconnes« .

Précédents historiques

Après, on oublie aussi les leçons de l’Histoire. Et que le business américain a déjà généré des trajets extrêmes ou qui ont buggé, à force de trop travailler ou briller. A commencer par Howard Hugues, constructeur aéronautique ayant fini indigent. Ou encore encore le financier Bernard Madoff, pour le scandale du même nom. Ou même encore Harvey Weinstein, producteur hollywoodien tombé pour agressions sexuelles répétées sur des actrices. D’une certaine manière, le Donald Trump patron incarne aussi le boss mutant totalement azimuté, que personne ne sait tout à faire contrôler…

Le cinéma, la télé se sont emparé bien sûr de ces histoires, jusqu’à créé leurs propres archétypes tournant parfois à la figure héroïque ou tout du moins à une certaine forme « d’école » formée à la poigne et au culot. Au cinéma, c’est l’envie gloutonne des Gordon Gekko dans Wall Street, ou Jordan Belfort dans Le loup de Wall Street sur un sujet très voisin. En télévision, c’est le modèle de sadisme outrancier à la Jr Ewing, pétrolier vicieux et violent de Dallas. Ou plus récemment, les chirurgiens plastiques sans foi ni loi de Nip Tuck à Miami. Le patron du parc West World boucle sur une mégalomanie sans fond et purement effrayante.

La high tech qui fait aïe…

Et si l’on zoome sur le secteur de la high-tech justement, sans être aussi délirant on en est pas moins coutumier des excès et des bugs. Elon Musk a t-il du mettre la barre plus haut encore, pour se distinguer davantage ? Que ce soit au rayon des émoluments, avec la fortune d’un Jeff Bezos, d’un Bill Gates ou encore d’un Larry Ellison… Que ce soit aussi au rayon de la mégalomanie, avec les vies d’ascète geek à la Steve Jobs ou à la Mark Zuckerberg… Que ce soit enfin sur le comportement public, comme les cris de dingue sur scène d’un Steve Ballmer chez Microsoft…

Dans la plupart des cas, pèse le poids de profils atypiques et d’une ambiance managériale débridée telle que la vend la Sillicon Valley. Google en est quelque part, tant dans ses patrons que son fonctionnement, le parangon d’année en année, que des romans, séries et films n’hésitent plus à brocarder ou même à alerter dessus : citons par exemple la série de science-fiction Incorporated sur ce terrain.

Bref, Elon Musk parle trop sur les réseaux sociaux ou dans les médias ? Mais cet outil est devenu un incontournable du business moderne… Il travaille trop et se fatigue ? Mais c’est le modèle même de la société et de l’entreprise à l’américaine… Il faut donc savoir (autant lui que les observateurs) ce que l’on veut. On ne peut pas vanter un jour des qualités que l’on va décrier le lendemain. « Tout lasse, tout passe » dit l’adage populaire. Peut-être le voit-on ici porté à son paroxysme, ou tout du moins à une vitesse nettement supérieure.

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