Dis, c’est quoi un gendarme…

J’écoute, comme toutes et tous, ce qui se dit depuis plusieurs jours du lieutenant-colonel décédé, Arnaud Beltrame, pour s’être sacrifié lors d’une prise d’otages dans l’Aude. Le geste semble surprendre nos compatriotes, tant dans sa détermination que son courage. C’est sans doute mal connaître ce corps particulier qu’est la gendarmerie. Sur laquelle on a beaucoup d’a priori, et surtout peu de connaissances.

Par hasard, mon ancien métier de journaliste (notamment en presse locale chez Hersant), tout comme d’avoir fait mon service militaire, m’ont permis de mieux connaître le sujet. Et je peux donc affirmer que le geste de sacrifice de cet officier, pour unique qu’il soit, est totalement inscrit dans l’ADN de la gendarmerie. Je ne donnerai ici aucune leçon, mais juste quelques éléments que j’ai observés sur le terrain.

  • le sens de la discipline : la gendarmerie, ce n’est pas la police contrairement à ce que l’on pense. Le corps est militaire, rattaché au Ministère de la Défense à l’origine. Une nuance qui prend tout son sens, dans la circulation et le poids de l’ordre dans sa hiérarchie. « Mon chef de corps m’a demandé de tenir une permanence ce w-e. Si je refuse pour des raisons familiales, je n’ai pas de syndicat derrière pour m’appuyer, pas de recours. Je vais direct au trou ! » m’avait confié un gendarme en Normandie. Au trou = derrière les barreaux, au cachot, comme un repris de justice.
  • le sens de la responsabilité : les gendarmes en voient de toutes les couleurs sur le terrain… c’est une « police » de proximité, en campagnes, là où des drames se jouent chaque jour qui remplissent les colonnes de faits divers. Je revois encore ce brigadier chef de carrière, lors d’un accident de voiture que je couvrais pour la presse locale, prendre dans ses bras, évanouie, la jeune fiancée d’un tué de la route et la rendre à sa famille en pleurs, effondrée sur le bitume… Lui même ravaler ses sanglots, la tête bien vissée sous son képi. Comment rester de marbre face à de tels événements intimes… ?
  • le sens de la décision : on sait peu combien l’entraînement des gendarmes est exigeant, tant physiquement que psychologiquement. Là encore on est plus près de l’Armée que de la police. Sur-préparés à toutes les situations, au top de leur forme, ce sont des « machines de guerre », en tout cas de décision rapide et carrée. Faire carrière d’officier en gendarmerie est aussi très coûteux, très chronophage. « Je me sens responsable de tous mes hommes« , m’avait dit un jour un officier. Comprendre : je les commande, mais j’influence aussi leur vie et leur famille.
  • le sens de l’uniforme : la « tenue bleue » et surtout le « kaki » qu’ils portent en opérations sur le terrain par le treillis, les gendarmes y tiennent… Quand il s’est agi de les rattacher à la Police nationale et à la place Beauvau, ce qui a été acté en janvier 2009, dieu sait que le sujet a coincé en interne ! De ce que j’ai compris en parlant à de nombreux gendarmes alors, est que cet attachement n’est ni esthétique ni capricieux, ni même un archaïsme. Il est juste légitime à date. Car il en coûte de le gagner, de le porter, de l’honorer. Manque juste un peu de communication auprès de la Nation, pour expliquer simplement cela : et notamment la signification des grades et barrettes !

Le geste de cet officier supérieur, Arnaud Beltrame (photo ci-contre), ne parle pas bien sûr qu’au sens de l’engagement des forces de sécurité et de la fonction publique. Il parle à chacun de nous, homme comme femme, en tant que simple citoyen. Serions-nous prêt, nous aussi, dans un geste spontané et désintéressé, à donner notre vie pour quelqu’un d’autre ? De protéger le plus précieux ? De faire face à l’abject avec courage ? Il n’y a pas de réponse toute faite ici, pas de fiche type. Chacun a la sienne en fonction de ses valeurs, de ses limites, de son propre mécanisme de défense. En fonction de la maîtrise de sa peur aussi, qui est humaine et ne doit pas être jugée ni moquée.

Mais l’on doit tous clairement y réfléchir, en amont, quand on en a encore le temps et à tête reposée. Déterminer le champs du possible, au moins à grands traits. Car parfois, cela se joue en quelques dixièmes de secondes, en un jet. Récemment, le film de Clint Eastwood « 15h17 pour Paris » relatant les faits réels survenus en France, parle de la même chose… Cette micro seconde de décision, qui pousse à réagir plutôt que subir, qui fait d’un anonyme un héros, funeste ou céleste.

Image réelle, image rêvée…

Si les médias relayent si aisément cette surprise du geste héroïque du gendarme Beltrame, c’est que l’image de ce corps de sécurité est parfois biaisée. On le voit, on est loin ici de l’image du maréchal des logis-chef Cruchot incarné par Louis de Funès dans le « Gendarme de Saint-Tropez« , loin aussi de celle d' »Une femme d’honneur » jouée par Corinne Touzet sur TF1… même si à leur manière, ces deux oeuvres évoquent aussi le sens du sacrifice ou tout du moins de l’engagement de la gendarmerie. Peut-être manque t-il alors en littérature comme en fiction télé, un « Wallander » de la gendarmerie… qui montrerait toute sa dureté, toute son exigence, sans chichi ni déformation. Mesdames, messieurs les auteurs… on s’y met ? Peut-être une autre manière d’honorer dans le temps, la mémoire de cet officier exemplaire.

« On ne construit pas une Nation sans des figures de ce genre« , dis ce matin dimanche sur BFM Tv Henri Guaino… A méditer.

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