Guillaumes, le repli évasif dans l’arrière pays

Un peu de temps pour parler ici de ce chouette petit village de Guillaumes, dans mon pays d’origine, dans le sud-est. Pourtant, ce n’est pas forcément un « bon contexte » qui me l’a fait découvrir. Je ne reviendrai pas dessus, mais l’an dernier nous tombions mal les garçons et moi, dans le cadre d’une vie de famille bouleversée et du fait de tomber au mauvais endroit au mauvais moment sur la Promenade des Anglais

C’est pourquoi nous avions tenu à y revenir. D’abord parce que nous y avons trouvé de l’amitié (celle de Valérie et ses enfants, ci-contre), aussi parce que c’était pour moi une reconnexion à l’arrière pays montagneux de mon enfance. Mais pas dans la même vallée. Petit, mes parents et grands-parents avaient leurs habitudes à Peira Cava. Je revois ce « trou » de montagne où nous dormions dans une « pension de famille » (celle de Marie-José) tout en vieilles armoires sombres et napperons à carreaux rouge et blanc, où nous  allions faire des randonnées jusqu’au col de Turini, pour y déguster des tartes aux fruits rouges.

A Guillaumes, c’est un peu différent. La route est moins sinueuse déjà, avec moins de lacets, même si certains passages à pic font immédiatement pensé à ces scènes de James Bond de poursuites de voitures… Pourtant Guillaume (mon fils cadet, un « s » en moins) avait un peu de mal, tant à la montée qu’à la descente : chaleur ou longueur, il fallut s’arrêter un peu vers Puget-Théniers, pour se reposer. Là-haut, nous avons opté pour un village de vacances, sur le conseil initial de Corinne Paolini que je salue et remercie ici. Elle connaissait et valorisait bien par son travail ces territoires, et je lui ai fait confiance aveugle l’été dernier, quand il s’était agi de trouver un endroit pour « fuir » la côté meurtrie et l’ambiance urbaine.

Le village en lui-même est juste en-dessous de la station de Valberg. C’est une grande rue, avec un gros rond-point faisant un peu place centrale, 2 à 3 bars et restaurants, une supérette, un boulanger, un boucher, une pharmacie, une Poste, des pompiers… l’équipement urbain de montagne de base pour y survivre. Les façades des maisons ont ce côté champêtre et rustique de l’arrière pays, que certains diraient tanné, et qui lui fait tout son charme. On aime ou pas. Mes fils pas trop, plus préoccupés par le sport et la baignade possible alentours, moi si.

Nous avons pris aussi le temps de réaliser la plupart des sorties et notamment les randonnées emmenées par le guide de montagne Thierry Schwab : un gars que je vous recommande hautement ! Un vrai passionnée, humain, altruiste, enlevé… qui vous raconte des tonnes d’histoires sur la faune et la flore. Et rend toute promenade sur de la caillasse passionnante. Nous avons particulièrement aimé la rando du moulin de la Barate : où il s’agissait d’aller actionner ce moulin le temps d’une pause déjeuner et d’aller faire trempette dans les torrents voisins. De quoi imaginer la rudesse de vie au 19ème siècle sur place, quand il fallait utiliser ce moulin pour en vivre réellement, et non pas seulement amuser les touristes !

Dans ces gorges montagneuses, une « belle » histoire parmi d’autre : celle d’un berger itinérant ayant voulu se débarrasser d’un de ces chiens, en le jetant du haut des caillasses il y a quelques mois. Retrouvé mort par le guide, on en croisait encore les restes et effluves, nourrissant les charognards du coin, actant que les hauteurs sont un milieu bien rude. Moi je voulais imaginer quand même que ce berger l’avait fait, le coeur en écharpe, contraint forcé… Mais la vérité est plus prosaïque, parlant de subventions par tête de chien, de cacher son décès pour continuer à la percevoir… Plus âpre. D’ailleurs, croisant ce même jour un troupeau de chèvres et ses chiens, il aura fallu tout le calme et la patience de Thierry pour les apaiser et nous laisser poursuivre notre chemin tranquillement. La bergère, une jeune femme, ne sera même pas descendu de son promontoire derrière les herbes hautes et arbustes, pour nous rencontrer, nous parler. Un signe de loin avec le guide, et c’est tout.

Particulièrement apprécié enfin et a contrario le petit verre de l’amitié, de retour au soir, au seul bar du village voisin. Son patron, un peu dépassé par tant de commandes d’assoiffés, nous a bien accueilli pourtant en allant chercher au fond de son frigo les canettes glacées. Une vraie bulle de paix ce jour-là, alors que nous digérions à peine dans le monde, l’attentat de Barcelone. Un lien finalement, ces attentats estivaux… ils nous ont conduit à Guillaumes et on en ré-entend parler un an plus tard. L’oubli est donc difficile, comme pour toute blessure de la vie, personnelle et intime, collective et globale.

Alors tendons à ne surtout pas oublier les belles choses qui marquent l’esprit vacancier de l’enfance, fabriquent de beaux souvenirs et rapprochent les humains. Il n’y a que cela qui compte.

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