Metteur en scène de théâtre… kezako ?

La note récente publiée sur ce blog en juin à propos d’une troupe de théâtre amateur à Poitiers, Ensemble en Scène, m’a refait penser cet été à ce thème que j’ai abordé avec mes élèves de 1ère, l’année passée en anglais : metteur en scène de théâtre, c’est quoi au juste ? Ca marche comment ? Ca mange quoi ? Quels sont leurs réseaux ? 😉 « Director » dit-on dans la langue de Shakespeare. Un côté de suite plus pragmatique et concret, comme l’est tout le verbe britannique en général.

Beckett, à Sablé, en fév. 2017. Photo via lentracte-sable.fr

Ce thème avait parlé à cette classe de « L » (littéraire), qui m’avait justement demandé des sujets moins « journalistiques » et « médias » (un penchant naturel). Il m’avait alors comme sauté aux yeux, paru si évident, tant il est une clé de voûte de toute production artistique, au théâtre certes, mais aussi au music hall, au cinéma, puis à la télévision, dans la publicité, sur le web, etc. Les champs du possible sont infinis. Avec cette classe, on avait aussi peu avant été voir à Sablé-sur-Sarthe grâce à leur prof’ de français, une pièce de Beckett (« En attendant Godot« ). Certes du théâtre absurde et donc pas d’accès aisé, mais un rendu qui… n’avait pas fait l’unanimité dans sa vision de la mise en scène.

la scène du local à poitiersJe trouvais donc utile d’y revenir de manière plus concrète, avec des billes pour réfléchir plus avant. J’avais alors déniché sur Youtube, deux vidéos des plus pertinentes, montrant toute la variété d’acception du terme et de compréhension du métier. Un métier qui attire (tout le monde veut le faire, ça a du panache !) mais qui a ses exigences. Je vous les partage ici, car elles donnent à réfléchir sur bien d’autres métiers créatifs, je trouve. Bien d’autres métiers et responsabilités tout court en entreprises.

Hugues, et la vision habitée

La première vidéo est une interview de Dough Hugues, de la New School for drama de New-York. On sent le type très habité par son sujet. Le prenant très au sérieux. Ici le metteur en scène a pour lui une vraie mission, un rôle. Représenter le public pour faire passer le message d’une histoire… plus que se concentrer sur le classicisme du texte, ou les aléas pratico-pratiques de la gestion d’une scène et d’une équipe. Une manière de prolonger la simple passion… d’aller au théâtre aussi. En effet, quoi de mieux que d’y travailler par la suite pardi ! C’est une vraie motivation de départ.

Adler, l’orchestrateur créatif

Ici, chez cet autre américain du Gablestage à Miami (Floride), la vision est plus « managériale » je dirais. Le metteur en scène est un chef d’orchestre, gérant plusieurs métiers, caractères (personnages et personnalités !)… ayant finalement cette vision 360 degrés des choses. Il a pour mission principale de créer un environnement de travail sécurisé, pour y laisser la créativité agir. L’oeil bienveillant en somme. Il faut bien qu’il y en ait un(e) qui fasse ceci, au lieu de stresser tout le temps sur les détails !

En synthèse de ces deux éminents penseurs, la première qualité que je perçois chez un metteur en scène est donc bien l’adaptabilité et l’humilité d’accepter… la critique. Celle de ses acteurs, du reste de l’équipe technique (quand elle est étoffée) et aussi de… la concurrence. Autres metteurs en scène, commanditaires, experts environnants (les critiques journalistiques ou blogueurs)… Tout doit être reçu, digéré, utilisé. Une sorte d’école de la sagesse et de la patience, qui permet aussi d’affiner ce que l’on croit acquis pour toujours, validé dur comme fer, une évidence indiscutable.

Amener sa vision, sa vie… sa thérapie

Il y a 36.000 façons de lire un texte, de le comprendre, de l’interpréter, de recevoir et transmettre tout ceci. Il y a aussi des écoles, des postures, des styles… sans oublier des personnalités ! Une amie dernièrement me passait un texte fondamental pour elle, d’un auteur français contemporain : outre le fait de comprendre que ça me parlait surtout d’elle et de sa vie, je vis surtout dans ses notes biffées sur les pages que le texte avait évolué (certains passage rayés), dans une certaine lecture intimiste et anglée de la chose. Bref, je pense qu’on y emmène fondamentalement ce que l’on est dans la vie, ce qui nous importe et parfois nous obsède. Que cette activité -job ou loisir- sert de révélateur et qui sait, peut-être davantage, pour certain(e)s de thérapie.

Il faut donc y aller en ayant déjà fait, je crois, un travail sur soi : pour, comme le dit Hugues, que nos éventuelles peurs, traumas, blocages, carcans ne viennent pas trop influencer l’objectif artistique. Il faut être en paix avec soi, ou bien… révolté ok, mais d’une manière pragmatique et opérationnelle. Visant l’action et le passage d’un message important, plutôt que l’auto-satisfaction et le nombrilisme.

aurore le gall, metteur en scene au travail, à poitiers
Le texte, mais aussi l’ordinateur du manager, sont des outils quotidiens du metteur en scène… (photo au Local, à Poitiers)

C’est donc aussi comme le souligne Adler un job de chef, de patron : celui ou celle qui analyse, pondère mais finit par trancher. « Non, toi tu te mets ici, car c’est plus compréhensible pour ton personnage« … « Cet éclairage est trop électrique, on est pas dans une boîte de nuit !« … etc, etc. Il est celui qu’on montre du doigt quand un « étranger » à l’équipe arrive durant les répètes et demande le boss. C’est pourquoi un metteur en scène bosse sur des polycopiés tout raturés, mais aussi désormais sur ordinateur, comme tout bon manager polyvalent ayant à gérer à la fois des dimensions techniques, marketing et pratiques (ci-contre). Et ce notamment dans les petites troupes de théâtre amateur et/ou associatif, aux moyens de gestion peu étoffés.

Tout le monde sait bien que le mode collectiviste conduit à l’anarchie ou du moins à un certain pataugeage, et qu’il faut donc une forme de maîtrise suave et ferme pour conduire une équipe et une pièce. La fameuse main de fer dans un gant de velours. Qui est aussi un trait de liaison entre trois dimensions : le texte honoré, l’acting accompagné, et l’écoute réceptive du public.

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