Pourquoi écrire ?

C’est une question vieille comme le monde. Et bizarrement, je ne me (*) la suis jamais posée. D’où m’est venue cette envie incontenable, irrépressible, impétueuse, impérieuse… d’écrire ? D’aussi loin que je me souvienne, cela avait débuté tôt, alors tout minot. Mes tous premiers écrits ont été… des dessins, ou plus exactement des BD. Je fabriquais, auto-éditais mes propres BD, comme un véritable mini éditeur en herbes. C’était à la fois créatif, ludique et très payant en terme de satisfaction. J’avais en effet un objet fini en main ! Mon côté artisan était pleinement satisfait. J’ai du y cramer une bonne dizaines de paquets de feutres et sachet de papier Canson ! J’y mettais une application diabolique, à peu près égale à ce que… je m’emmerdais enfant. Fils unique avec un père ultra protecteur, je n’avais à peu près droit à rien faire. Du coup, le monde imaginaire et les histoires m’étaient un précieux laisser-passer pour m’évader loin. Ici a commencé aussi mon goût pour la science-fiction, l’étrange, le bizarre que je nourrissais aussi en parallèle à la lecture des comics Marvel et des Ric Hochet.

Un peu plus tard, l’écriture est venu par la voie scolaire. Au collège déjà, une prof de français avait repéré cela en moi (j’ai omis son nom, pardon madame), qui me voyait… journaliste ou écrivain ! Puis le choix volontaire d’une terminale éco m’a ouvert au goût de l’écriture de dissertations dans tous les sens. Ce que j’ai prolongé en classes prépas de lettres sup… à la limite de la résistance physique. Je me revois en effet certains soirs ayant tellement de dissert’ à rendre, finir par dérégler toutes les montres et horloges autour. Ce pour ne plus savoir l’heure qu’il était, et pouvoir écrire encore et encore, toute la nuit. Une certaine forme de réaction a alors pointé : ras le bol d’écrire ce que l’on m’imposait, sur des sujets qui ne m’intéressaient pas ou peu ! Je voulais écrire mes idées. Et déjà en développer. J’avais cette prétention là.

A 19 ans, l’écriture est devenue soudain noire. Ce fut la première fois que je tins un carnet intime. Mes parents divorçaient, ma famille volait en éclat, j’étais pris de court à quelques encablures à peine de passer le concours de Sciences-Po Paris… Il me fallait coucher tout cela sur papier, vider l’abcès, régler mes comptes. Un vrai carnet noir, le premier du genre, qui a fini par me faire peur par la dureté de ses mots. J’avais utilisé un vieil agenda d’une année précédente, à la couverture bien colorée et « fun », par contraste. Quand nous eûmes déménager ma mère et moi, je l’ai jeté sans hésitation. Il devait rester derrière, ne jamais être lu, par personne. Il avait été une pure thérapie. Et une invitation à l’écriture littéraire pour la première fois de ma vie : c’est là que j’ai noirci aussi des cahiers et des carnets de nouvelles fantastiques, bizarres, étranges. Mon style de prédilection, acquis à force de lire les maîtres du genre : Maupassant, de l’Isle-Adam, Gauthier, Sand, Buzzati chez les classiques… CarrollKing, Masterton, Calvino, Z. Brite chez les modernes.

Ma femme m’avait alors offert plusieurs livres d' »ateliers d’écriture », posant une méthode, donnant des outils. Je n’ai jamais rejoint de club de ce genre, l’écriture restant pour moi quelque chose d’intime et un peu secret. Mais cela m’a aidé à comprendre qu’écrire un roman est… dur, exigeant, une vraie discipline. J’avoue en être resté pour l’heure à l’impulsion du jet, à la façon de construire un livre comme une succession d’historiettes. Et rêve encore de pouvoir un jour accomplir ce que chaque auteur cogite : un hôtel, une maison de bord de mer, au bout du monde… un carnet ou un ordinateur, et du temps pour écrire, encore et encore.

Le lieu compte en effet. Depuis, j’écris toujours des nouvelles et notamment quand je suis en vacances. Je me souviens de ce mois passé en couple en Grèce en 1997, où chaque lieu, rencontre, personnage fort… m’avait inspiré à la fin un livre entier d’une dizaine de nouvelles. Le plus excitant à écrire. Je fis de même après aux Etats-Unis, en Hollande, en Italie, etc. Il faudrait un jour que je classe tout çà, que j’en fasse quelque chose. Un vrai fil rouge.

Journalisme et blogs

Quelques années plus tard, l’écriture est devenue professionnelle. Je dois ce cap à mon ex petite amie de l’époque, Delphine. Avec plus d’acuité, elle m’avait poussé à aller taper à la porte du magazine étudiant de la fac de Nice, « Le Fac Similé ». Bingo ! Ce fut une totale révélation. Car oui sinon, à la fac, on s’emmerdait grave et les activités associatives donnaient du grain à moudre pour imaginer un futur possible. Puis le journalisme (le vrai), a suivi, avec la si belle école de la pige et de la presse régionale (notamment dans le groupe Hersant) pour apprendre à écrire sur tout sujet, n’importe quand, dans n’importes quelles conditions. Du concours de saucisson à l’ail au conseil municipal, en passant par l’AG d’association de quartier et au fait divers sordide. Ca vous forme un jeune homme et une certaine conscience du monde et de sa façon de tourner. Une devise célèbre devint mienne alors : « Porter la plume dans la plaie« , d’Albert Londres. Pour se dégonfler le poireau, on avait aussi monté un concours avec un collègue Yannick, à prendre au hasard un mot dans le dictionnaire, et l’intégrer de quelque façon que ce soit à un article. Il avait eu une « jarre » par exemple. Une introduction soft au gonzo journalisme qui m’intriguait aussi furieusement à l’époque.

Cette phase a entraîné presque par réaction la suivante : l’écriture de blogs. Sans vantardise, j’ai sans doute été parmi les premiers journalistes français à en tenir un, dès fin 2002/2003 sur les premières plateformes lancées que furent 20Minutes, 20six.fr, U-blog, etc. Le blog, c’est l’écriture libre, totale, désinhibée, jouissive. C’est le self media théorisé dans les années 90 et enfin rendu possible. Que j’ai prolongé naturellement sur les réseaux sociaux, même si au début ces outils m’avaient paru appauvrir l’écriture et la littérature. Faux : ils en ont bâti une nouvelle, plus impulsive, plus instinctive, mais tout aussi nécessaire. Je pense par exemple au #livetweet, forme de reportage temps réel par Twitter que j’ai souvent poussé dans mes cercles. Je remercie encore Loïc Le Meur de m’avoir inspiré sur cette voie.

Puis vers 2008, enfin, la tentation de se faire publier, d’oser franchir le seuil du monde de l’édition. Auparavant, j’avais bravé les allées d’un Salon du Livre à Paris, muni de mon petit dossier imprimé à plusieurs exemplaires : un à propos, un CV, deux courtes nouvelles… Peu payant je dois avouer, même si j’avais croisé sur place le journaliste économique Jean-Marc Sylvestre, qui m’avait encouragé d’un « vous avez raison, il faut oser, sinon personne ne vous remarquera« . Pas de bol, mes deux premiers contacts suivants ont été assez traumatisants. Le premier pour les nouvelles fantastiques, auprès de l’éditeur Au Diable Vauvert, en tombant sur un directeur de collection odieux et péremptoire. Le second auprès de Fyp, pour un essai sociétal. Dans les deux cas, la relation de confiance ne s’est pas établie. Et les manuscrits sont restés en l’état. Je regrette surtout le projet « Aïetech », qui voulait raconter notre monde technologique delirium : une sorte de bilan de mes années de journalisme informatique et web.

Le dépit amoureux, vrai encre noir

Je mets à part -car c’est un vrai fil conducteur- l’écriture amoureuse et mélancolique. Ou pour être plus exact l’écriture née des déceptions amoureuses. L’un des clés de toute envie littéraire et créative depuis toujours. Alors bien sûr, ma plume a noirci des pages et des pages quand cela m’est arrivé et que ça avait du sens. Maladroitement suite à mon premier vrai amour à 18 ans en prépa, puis surtout au fil de la séparation d’avec ma femme Valérie. Deux carnets noirs ici, qui ont à peine suffi à étancher la peine, la douleur. C’est même recommandé par les thérapeutes !

La vie ne s’arrête pas, qui peut fournir d’ailleurs d’autres circonstances et en fournira sans doute. Je revoyais cette interview vidéo d’Eric Emmanuel Schmitt, qui dit fort bien cela : écrire pour « le besoin de poétiser » dans son souvenir, la relation qu’on a eue.

Mais Schmitt y voit une écriture qui prend son temps, n’est pas immédiate par rapport au vécu. Moi je l’ai expérimentée toute thérapeutique et curative, sur l’instant même. J’ai constaté cependant une évolution au fil de la maturité venue : écrire aussi dans une forme de… plaisir à souffrir la fin de l’histoire, sous cette forme là. Je l’avoue. Peut être une manière de l’esthétiser, de la rendre plus belle qu’elle n’a été vraiment. Ou de chercher aussi à parler à l’Autre, quand la vraie communication n’est plus possible par le jeu des egos et de la fierté. Une faiblesse en somme mais… est-on tout le temps parfait et optimum ?

Le théâtre, l’autre écriture

Et puis, pour finir sur du positif, il y a aussi la découverte du théâtre, amateur, de l’adrénaline des planches. Et ici l’envie à nouveau forte de faire plus que jouer. Des idées qui viennent, des textes qui coulent, des visions globales… J’en ai tâté dans la compagnie de Sandrine Rouault en Sarthe (et grâce à mon amie Céline !), de manière pour l’heure très ponctuelle. Ré-écrire par exemple une scène de l’inspecteur Lavardin de Chabrol, et re-imaginer les dialogues à ma sauce, fut un pied intégral. Un contact avec une compagnie de théâtre à Poitiers m’y a fait repenser cet été, par hasard. L’envie d’aller plus loin me tenterait donc bien, tout comme d’écrire et mettre en scène une pièce entière. Tiens, marrant, les relations amoureuses pourraient en être le sujet ! Voire dans leurs versions les plus… digitales et prédatrices.

Un constat global sur tout ce parcours à la fois cohérent et chaotique : l’écriture mute au fil du temps, tant dans le fond que la forme, l’envie que le plaisir. Et il faut laisser cela se passer, être conciliant pour celui qu’on fut avant et les écrits qui vont avec. Tout en mariant un jour l’utile à l’agréable. Oser proclamer aux autres, dire au monde, prendre la posture qu’on écrit. Car ce n’est pas une profession évidente ni balisée, cela reste encore de l’univers du saltimbanque ou de l’intellectualisme… Des étiquettes qui empêchent d’en parler de façon détendue et pratique. Ce que j’ai finalement réussi à faire ici, avec cette note. Il était temps.

(*) désolé, mais dans cette note ci, je dis un certain nombre de fois « je », « moi », etc. Un simple besoin d’introspection 😉
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