Vendredi 13: une plongée en théâtre amateur

Vendredi 13 par : Djoy Derez, Daniel Desceliers, Pierre Giqueaux, Laurent Schock, Aurore Le GallBien sûr, à Poitiers pour le théâtre, il y a le « TAP » ou le Conservatoire. Mais comme dans de nombreuses villes d’en France… il y a aussi tout le reste. Pouvoir alors assister à une « répet' » de pièce de théâtre amateur, juste avant la livrée finale, est un privilège rare. Ce sont des instants cachés, inédits, presque volés… que ne connaissent que ceux qui y participent, les « insiders » comme on dit. Question de contexte particulier. La semaine dernière à Poitiers, par le hasard de mes relations, j’ai pu vivre cela grâce à la compagnie « Ensemble en Scène« . Ce en vue de leur pièce « Vendredi 13 » qu’ils donnent au Local les 22 et 23 juin soir. Inutile de vous préciser que mes années antérieures de théâtre en Sarthe (avec la troupe de Sandrine Rouault), m’ont sacrément fait écho de ces bons moments à la fois créatifs et amicaux, foutraques et organisés, enthousiasmant et inspirant. Ce qu’on recherche sur les planches et face aux projecteurs, ce pourquoi on tente l’aventure, en général.

Calages et déstressage

Sur scène Daniel Desceliers, Pierre Giqueaux et Djoy DerezEt ça commence toujours un peu de la même manière : les calages. De décors, de costumes, de câbles… de bric et de broc, en fait de tout ce qui fait ne surtout pas penser à l’échéance qui approche. Ainsi se « traitent » entre eux les acteurs et metteurs en scène de théâtre, pour gérer du mieux qu’ils peuvent stress et trac. Pas de cellule psy ici ni de hotline pour s’épancher, pas de médocs non plus. On sert les dents, on remonte les manches, on affûte la voix, on mobiliser les neurones vaillantes et… on y va.

Du coup il y a toujours un « truc qui coince », qui concentre l’attention de l’équipe au-delà du raisonnable : cela fait partie du rituel des théâtreux. Une phase qui fait office de soupape, de placebo, de catharsis, seul capable d’expurger la pression qu’on imagine intense et surtout grandissante. Ce jour-là, il s’agissait du voilage latéral, cachant l’arrière scène : pas assez haut, bas… mais comment le caler… et si un courant d’air le soulève… etc, etc. Déjà il a fallu aller acheter le tissu, apporter des éléments.

L’un des acteurs, Daniel, a même amené sa boîte à outils personnelle, toute en fer : « elle est belle dis donc » lui lance Laurent, un autre acteur. « Pratique surtout« , lui répond il tout en fouillant dedans entre vis, clous et marteau. Quelques mots, anodins, qui détendent au fond quand on est encore pas trop sûr de soi. Le « matos »… ça au moins, on connaît, on maîtrise.

Au bout d’un moment c’est pourtant réglé. La solution concrète sera une tringle en bois, calée d’un côté sur la tuyauterie de scène, et fixée de l’autre. Mais autre chose coince dans la foulée : les tables de devant, deux petites prévues pour en simuler qu’une seule grande. Elles n’étaient pas à la même hauteur ! Je suggère des cales en bois à placer en-dessous, que je déniche dans l’arrière cour… Mais c’est l’actrice Djoy qui trouvera la solution de façon fort opiniâtre : n’en mettre qu’une, de table ! Puisque de toute façon, elles ne doivent pas cacher -du fait de la perspective de la scène- les acteurs qui joueront derrière, souvent assis dans un fauteuil. Well done !

Fauteuils et filage

Fauteuil qu’il a fallu aller chercher avec quelqu’un un étage plus haut (m’y suis collé). C’est ça aussi le théâtre amateur : il n’y a pas d’assistant, d’accessoiriste, d’équipe technique étoffée, etc. Tout le monde fait un peu tout, et cela installe une bonne et saine ambiance de camaraderie, un côté polyvalent par défaut. La seule chose qui vaille pour ce genre de loisir. Le reste relève du détail : où mettre le porte manteau, dans quel sens tourner le porte revues, quelle distance entre les assises, etc.

Puis une étape clé, le « filage » (jouer la pièce de théâtre en totalité, tout le texte), peut alors commencer en presque sérénité. Parfois on peut vraiment « filer » que le texte seul, ou quelques passages clés, sans jouer le jeu de scène. Mais là ce soir, la troupe faisait les deux. Quelques hésitations sont encore possibles à ce stade, même si Aurore, la metteur en scène, préférerait qu’il n’y ait pas de coupure de débit en parlant, que les acteurs se reprennent de suite et enchaînent dans leur tirade. Pas simple. Ce sens de l’urgence et du dépannage vient en général en live, quant on est le dos au mur et qu’on a aucune autre voie que celle de réagir vite et bien.

Feedback needed !

A la fin de répétition, je sers de « public test ». On m’avait prévenu, je n’ai pas été pris en traître. Les compagnies sont friandes de ce genre de feedback avant scène officielle, afin d’avoir une vraie première impression constructive. Ayant fait du théâtre aussi donc, ça me parle. Je sais combien il faut être précis et ouvert dans cette critique là. Car un jeu d’acting est une chose fragile, qui doute tant avant cette fameuse « première » souvent libératrice, quasi jouissive.

laurent schock sur scèneJ’essaye alors d’avoir un mot juste, un conseil opportun pour chacun et de surtout donner la niaque. Ca me fait ressentir la mienne propre, quand je jouais ou aidais à la mise en scène. Avec Laurent par exemple (ci contre), on causera de comment distinguer le style d’un animateur de loto, du style d’un journaliste tv (envoyé spécial) qu’il doit jouer consécutivement. Pas simple. Ce soir là, je sens aussi une chose touchant à la mise en scène : valoriser certains passages solo clés (comme celui de Pierre sur un balcon, tordant), à re-développer comme de véritables petites saynètes à part entière. Mais il est alors tard dans le calendrier des répétitions… trop pour changer cela.

Je ne spoilerai pas l’histoire, car vous irez peut être la voir cette chouette pièce sur juin, ou sur d’autres éventuelles dates au futur. NB : cela n’a rien à voir, of course, avec les films Vendredi 13 ! Plutôt avec l’auteur Jean-Pierre Martinez. Sachez donc juste qu’on y rigole finement, franchement entre comique de situation et de réplique, sur fond de critique de l’absurde de nos sociétés consommatrices et vouées au jeu. Mais c’est avant tout un huis clos entre 4 acteurs prenant visiblement énormément de plaisir à jouer ensemble. C’est pourtant là leur première « équipée » théâtrale sous ce quatuor ci, qu’on dirait expert de longue date. La fameuse proximité créative, effaçant les étiquettes et le marqueur social.

aurore le gall, djoy derez, laurent schock, pierre giqueaux, daniel desceliers
« Ensemble en scène », au Local de Poitiers

[Maj:] ayant pu assister au warm-up et à la première le jeudi 22 juin (photo ci contre) au Local, je peux témoigner que l’équipe s’y est en effet révélé sur les planches, finalement bien plus connectée et à l’aise face à son vrai public, conquis et réactif. La fluidité du texte et des enchaînements de scènes était acquise. Les rires se déclenchaient aux moments opportuns, les applauds ont percuté et le pot d’après spectacle a permis de rafraîchir les gosiers mais aussi à la troupe repue d’échanger avec ce public familial, curieux et détendu d’un chouette soir d’été.

[Pratique :] la compagnie « Ensemble en scène » sise à Poitiers (86), réunit dans sa version 2017 Djoy Derez, Daniel Desceliers, Pierre Giqueaux, Laurent Schock & Aurore Le Gall. Suivez ses activités & spectacles depuis sa page Facebook.

 

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