Emplois fictifs : ce mal endémique français…

François Fillon est donc la cible rêvée de ce week-end de talk show et émissions politiques… sur fond de « Pénélope Gate« , qui devient le hashtag tendance par la même occasion sur les réseaux sociaux. Ok. Mais à y regarder de plus près, il est loin d’être le seul (ça ne l’excuse pas) et le mal se veut endémique dans la politique française. Une journaliste de Mediapart l’a très bien expliqué ces jours-ci, dans une vidéo que je vous recommande de regarder. Pédagogique et ouverte dans ses propositions.

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Elle résume bien le contraste sur son blog, qui fait tout le sel de ce couac : « Jusqu’ici, [Fillon] avait toujours bénéficié du contraste avec Nicolas Sarkozy. Pendant ses années à Matignon d’abord : François Fillon ne faisait pas la fête au Fouquet’s, ne s’affichait pas sur un yacht, ne faisait pas des pieds et des mains pour passer ses week-ends à La Lanterne. Depuis la défaite de 2012 surtout : lui n’était visé par aucune enquête judiciaire, ni même cité dans aucune affaire (…)« .

Une certaine idée que Fillon pouvait être un chevalier blanc sur son fier destrier tout aussi immaculé. Pour vivre moi-même en Sarthe depuis 2007, c’est ce que j’ai toujours entendu dans les allées et travées, à droite comme à gauche, dans la société civile comme parmi les politiques.

raffarin-1996
JP Raffarin, en 1996 à la télévision : l’année où je l’ai croisé et entendu à Flers… (image INA)

Mais je vais aussi (il y a prescription désormais) vous raconter une aventure journalistique qui m’est arrivée, en presse locale, il y a une éternité. Nous étions en 1996, dans le bocage normand profond, dans l’Orne. En pleine campagne de terrain des législatives pour un certain JP Raffarin, alors ministre du commerce sous le gouvernement Juppé, rien moins. Je travaillais pour la feuille de choux locale, du groupe France-Antilles, réputée de droite. Mon patron d’alors, m’envoie « couvrir » le déplacement du ministre, venu soutenir la « députable » locale, Sylvia Bassot (paix à son âme, elle est partie depuis).

Nous étions entre les deux tours, et Bassot avait terrassé au premier tour son principal opposant, un jeune loup de droite : Amaury de Saint-Quentin. La première partie du déplacement s’était déroulé au matin dans les rues commerçante de Flers, et je découvrais un JP Raffarin débonnaire, déconneur, très détendu. Vraiment agréable au contact. A un moment nous rentrons chez un opticien très accueillant, Raffarin essaye des paires comme un gamin et fait le pitre devant mon objectif. Je peux vendre ses clichés mesdames messieurs les éditeurs de livre ou de presse… 😉

La « propale » qui tue

Revenons au point intéressant. A midi, nous nous retrouvons dans une bonne table gastronomique. Mon boss avait négocié que j’y figure alors que c’était essentiellement notabilités et grand journalistes qui se trouvaient attablés. Je me souviens par exemple, placé en bout de table à l’exacte symétrie de Raffarin, de la présence du directeur départemental de Ouest-France, fumant un gros cigare et pérorant à l’envie.

eric-zemmourJ’avais aussi notamment à ma gauche (je ferai le rapprochement plus tard, car je ne le connaissais pas alors) rien moins qu’un certain… Eric Zemmour. Il est alors journaliste politique pour le Figaro puis pour Marianne. Il repartira d’ailleurs en fin de journée, avec une consoeur, dans la berline de fonction du ministre qui le lui proposera à la cantonade : « Tu repars avec moi sur Paris ?« . A un moment du repas, je lui parlerai par courtoisie, tenant un bon mot : il ne me répond même pas, m’ignorant superbement. Je n’existe pas dans son radar personnel… Passons.

Emmenées par la sauce épaisse et le bon vin, les langues se délient entre la poire et le fromage. La tablée en vient à se questionner sur l’avenir du jeune loup défait. Basso victorieuse sourit et s’inquiète quand même que cet « opposant » fraternel le prenne mal, parce qu’après tout il n’était plus que maire d’un petit patelin local. Raffarin écoute avec attention et propose sans hésiter : « Oh on va bien vient lui trouver une mission parlementaire à 20.000 francs par mois hein ? Avec voiture de fonction« … Tout le monde rigole de bon aloi. L’idée est de calmer, compenser la défaite subie par le jeune loup. Ce n’est pas dit formellement, mais il semble convenu que ce n’est pas une mission de fond, que c’est juste la pratique évidente, que d’autres sont passés par là avant. Aucun des grands journalistes présents ce jour ne mouftent (ni le petit localier que je suis, alors dans ses souliers je l’admets).

Microscope du microcosme

Cet extrait de moeurs politiques est signifiant : Raffarin n’était pas dernièrement un proche de Fillon, mais le soutien est acté après la primaire et le premier est devenu d’ailleurs depuis « conseiller politique » du candidat à la présidentielle… Volatilité et compromis, quand ils vous tiennent.

J’ai acquis à cette époque pré-digitale la conviction que la presse locale est un des meilleurs microscope d’observation de l’ADN politique. On y observe à petite échelle les mécanismes qui se reproduisent à plus grosse échelle, en région, au niveau du pays et même des continents. Il n’y a pas de régions ou de localisations plus « corrompues » qu’une autre. C’est inscrit dans l’âme humaine et dans les déviances naturelles qui nous tendent à la faiblesse. Quitte alors à savoir ce qu’un système politique démocratique met en place, pour empêcher que l’habitude prenne le pas et installe durablement des comportements déviants.

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