Noël… cette symbolique dépassée, fracassée ?

attentats-dec-2016Je ne sais pas ce que les gens dans le monde se disent à Noël… Par « gens » je veux parler de celles et ceux qui sont aux commandes, aux opérations. Qui ont un pouvoir quelconque de décision et en l’espèce de nuisance. En quelques heures et à quelques jours de Noël, nous avons assisté à deux drames terribles « en live » à travers les médias voraces : un marché de Noël achevé au camion tueur à Berlin (réplique de Nice cet été), un ambassadeur russe abattu en direct en Turquie… Sans compter les fronts syriens enkystés depuis des mois. Causes et enjeux se mêlent, se superposent. On voudrait comprendre mais on aurait besoin d’une équipe d’experts en géo-politique en temps réel à son service !

Que dire, que commenter alors sur cela ? Bien sûr nous témoignons tous, sur les réseaux sociaux et le web, de notre écoeurement, de notre révolte, de notre deuil collectif. Bien sûr, nous ressentons l’émotion comme si nos familles avaient été touchées en plein coeur, frappées de plein fouet par l’abject. Mais au fond, qu’est-ce que cela change concrètement ? Rien, absolument rien.

rogue-oneNos vies sont désormais rythmées par des incohérences séquentielles. Une séquence tranquille ? Et on va gentiment en famille se taper le dernier Star Wars de Noël. Il est bon bien sûr, ce « Rogue One » powered by Disney. Mais il est guerrier, furieux, violent… tourné façon reporter de guerre embedded sur la plage et dans les tranchées. On distille cela dans nos veines et nos neurones et surtout dans celles de nos enfants. Disney les gars, merde quoi : le monde de Mickey et des princesses, des lutins et des châteaux enchantés ! De retour en voiture du ciné familial, on s’arrêtera presque invariablement au vendeur de jeu vidéo du coin : et notre enfant insouciant tentera de nous convaincre que oui, ce « Call of Duty not under 18″, il peut y jouer sans problème autour de 13/15 ans… que tous les copains font ainsi, que les filles s’y mettent. Que c’est « LE » cadeau de Noël rêvé. Que la console c’est presque dépassé, il faut désormais un PC gamer sur-puissant pour gérer tous ces calculs de tirs de snipper, d’embuscades à la grenade fractale, de déplacements de troupes tactiques, etc, etc.

westworld-captuAura t-on un jour un parc Disney/Star Wars blindé à coup de laser games et explosages de vaisseaux spaciaux en 3D ? Proposera t-on un jour ce monde froid et névrotique vu dans la série du moment « Westworld » ? Un parc d’attraction de défoulement de nos plus bas instincts… un vrai filon business croyez-moi. On va y arriver, ça existera un jour. Le grand écrivain Stephen King l’avait déjà imaginé en plus grand encore, toutes guerres confondues, dans une de ses nouvelles glaçantes…

Séquences peur…

dean-martinUn monde séquentiel donc.  Et la séquence anxiogène ? On rentre chez soi, on croit pouvoir s’asseoir tranquille dans son canapé et en buvant un bon vin chaud cannelle, s’écouter une playlist spécial christmas time, à base de Dean Martin et Tino Rossi. Clochettes et voix enfantines, mêlées aux bandes son des films de Noël et des jingles dédiés à la télé… mais résonnant de plus en plus comme une musique lointaine, étouffée, presque spectrale. Car la réalité revient telle une roquette en pleine poire : les attentats s’entrechoquent sur les chaînes infos, et nous replongent dans la paranoïa collective initiée depuis un 11 septembre américain. Des morts « innocents » par paquets, des coups de flingue symboliques face caméra. La folie humaine.

Jouer à se faire peur, avoir peur : serait-ce les deux pôles de notre société « sans Dieu ni maître » ? Le rebond de l’un à l’autre est en tout cas désormais rythmé, frénétique, quasi ping-ponguesque. Pas un mois de pause sans qu’une nouvelle crise mondiale n’éclate ici ou là, sans qu’une nouvelle horreur viennent remplacer la précédente. De plus en plus fort, de plus en plus dingue. A tel point que même les « vrais moments forts » d’une Nation comme des élections présidentielles, nous paraissent au mieux fades (celles françaises à venir) ou au pire caricaturales (celles américaines passées). Les extrêmes Trump ou Le Pen… on s’en fout presque, on est anesthésié, on serait prêt à cliquer vite sur une application de vote en ligne pourvu que ça ne nous fasse pas louper notre lave-linge à programmer ou notre session streaming du soir. On s’y habitue donc, on attend presque bêtement le « nouvel épisode », le nouveau cliffhanger d’actu qui va nous réveiller de notre torpeur faussement subie. Si c’est une série HBO, alors ils ont réuni là les meilleurs auteurs du monde toutes productions confondues. Congrats guys !

Responsabilité et exemple individuels

Quand comprendrons-nous que nous produisons tout cela, que nous générons toutes ces dérives nous-mêmes ? Et ça commence… oui là, dans notre intimité, dans notre sein, dans nos sanctuaires. En société, au travail et dans nos familles. Quelle est ici notre dernière belle action, notre dernier refus des excès, notre réel effort à faire le bien, à se poser en humaniste ? Désolé d’utiliser ce mot suranné… mais il a fait le corps de mes études. Je croyais en faisant de l’histoire, de l’économie, de la philo… que je saurai (et beaucoup comme moi) mieux réfléchir le monde, mieux influencer les choses, m’hisser et avec moi mon environnement. C’est faux. Nous mutualisons tellement mieux nos dark sides que nos belles oeuvres. Nous aspirons au grandiose et tombons quasi systématiquement dans la facilité et le trivial.

Reste l’exemple individuel, auquel je crois plus que tout, m’y accroche comme l’huître sur son rocher. Posons nous alors chacun cette question : arriverions nous tous à tenir l’épreuve de se regarder dans le miroir le matin ? Je n’ai aucune leçon à délivrer ici, car ma propre expérience récente me stupéfait chaque jour un peu plus. Je suis un « lost in translation » en reconstruction forcée, en reload accéléré, en train de revoir toutes mes convictions les plus profondes et de les adapter au monde réel. Finie la poésie et la légèreté, terminée la joue tendue et rester poli par réflexe : ce n’est plus adapté, c’est la loose garantie. En cela, j’ai le sentiment d’être furieusement tendance, de bien m’inscrire dans mon époque. Un mix d’ultra individualisme et d’instinct de survie forcené, un réflexe ultra pragmatique et vital. Une absence de questionnement sur les conséquences. Je survis, donc je suis ?

pipes-of-peaceC’est pourquoi je peux vous souhaiter sans contraste, en conscience, à toutes et tous, à celles et ceux qui comptent vraiment, un magnifique Noël. Que vous soyez chrétiens, juifs, musulmans, raéliens… que vous croyiez ou non à l’Etre Suprême, profitez de la chance unique de cette pause irréelle, de cette trêve au sens où la chantait McCartney dans les 80’s : l’arrêt des hostilités. Puisez en vous la ressource de la matérialiser, l’enrichir et la partager pour vos proches. Elle n’est que là et nulle part ailleurs.

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