Quatre choses apprises, comme formateur au digital

Une de mes plus grandes « bascules » professionnelles -en quittant le monde du journalisme officiel autour de 2010- a été de devenir formateur. Plus exactement formateur au digital, discipline qu’on appelait pas encore comme cela, mais plutôt en y ajoutant les termes « web », ou encore « web 2.0 » et même « internet ».

Ce fut un doux temps où tout le monde s’improvisait formateur à la 6-4-2, poussé trop vite hors des médias et de la presse, rendue exsangue par son modèle économique défaillant et l’incapacité à financer désormais de grandes rédactions. Je n’ai pas fait mieux que les autres, ni pire. Mais j’ai senti la vague et su rebondir à temps. Notamment par des rencontres clefs : celle de Philippe Gammaire par exemple, formidable formateur aux médias numériques, que j’ai croisé dans l’exploitation d’un compteur DIF au départ du dernier groupe de presse pour lequel j’ai été en poste (chez La Vie du Rail).

Son style, sa générosité, sa patience et son à propos m’ont inspiré et toujours guidé dans mes propres futures missions. Puis il y a eu les séances de « tuilage » au sein du CFPJ, avec des formateurs plus aguerris que moi, comme Xavier de Mazenod : un homme sage et inspiré, capable de bien incarner l’écriture multimédia auprès des jeunes troupes les plus dubitatives.

Puis j’ai taillé ma route et me suis fait « sur le terrain », comme je l’ai toujours aimé et pratiqué professionnellement. Au fil de mes formations menées en écoles et en entreprises, voici quelques « vérités » sinon des immanquables qui font le parcours d’initiation vers la pédagogie aux adultes et professionnels. Ce ne sont pas des vérités coulées dans le marbre, mais des faits acquis et sans doute vécus par bien d’autres consoeurs et confrères :

  1. il faut tenir sa « classe » : je tiens d’une enseignante ce conseil précieux. Une salle de cour ou de formation, c’est à dire un public, doit être « tenue » au sens littéral du terme. Il faut donc ne pas rester assis à son bureau, derrière son écran, les mains fixés sur son clavier pour faire défiler les slides de sa présentation PowerPoint en appuyant sur la touche flèche. Là, vous aurez tout faux. Une télécommande m’a libéré de cette posture défensive, pour pouvoir circuler au sein de mes stagiaires et dans la salle. C’est une première « prise de pouvoir » sinon une manière de se mettre à l’aise, de se détendre aussi. Le message donné : « j’occupe l’espace, je bouge sur le terrain, restez attentif au sujet« .
  2. repérer l’anti-joueur : il y en a toujours un ou deux par groupe. Le gars ou la fille qui est là malgré lui, ou qui en veut à la terre entière. Vous avez beau déployer tous les trésors de pédagogie, il (elle) voudra dire sa grogne, son mécontentement du cour, de vos exemples, etc. En apparence, c’est donc un « emmerdeur », mais en fait non, car il vous rend sans le savoir un grand service. Le truc est de traiter ce genre de personne « bloquante », dans la limite du raisonnable. S’appuyer sur ses remarques, prendre le temps d’y répondre posément, et laisser se passer un truc génial : le groupe souvent, s’auto-contrôle et calme les ardeurs négatives de ces personnes quand elles dépassent le tolérable. Et puis vous le savez, c’est dans la difficulté qu’on apprend : une fois passé et géré ce genre de stagiaires, les « normaux » vous paraîtront encore plus agréables lors de vos prochaines sessions !
  3. être dans l’empathie, en se préparant : c’est rien de la dire mais il faut être proche des gens qu’on va former et guider. Ils attendent beaucoup de vous, et votre contact sera peut-être (nul ne le sait) la seule formation « digitale » qu’ils mèneront pendant de nombreuses années. Et donc il s’agit de potasser son sujet avant d’aller en salle au devant d’eux. Rien de pire qu’une présentation standard, délivrée de manière générique à n’importe quel public sans jamais être mise à jour ou adaptée. Le minimum est de se renseigner sur l’origine de chaque participant, son média, son entreprise, voire sa problématique spécifique si elle est déjà balisée. La personnalisation des slides est donc cruciale, pour créer le sentiment de confort mais aussi pour gratter le sujet plus à fond. Cela donnera des pistes de questionnement plus précises à vos stagiaires/formés, et vous en apprendrez d’autant plus pour vous resservir dans une formation ultérieure.
  4. ld formation sarthevisuel avant tout : c’est vieux comme le monde, mais une image, une animation parle largement mieux que 5 pages de texte denses. Il faut idéalement varier ses slides pour proposer un maximum de schémas, infographies, tableaux et aussi vidéos. Vos stagiaires s’en ressentiront que plus à l’aide, pas toujours obligé de noter sur leur carnet. L’excès extrême peut aussi être pratiqué : je pense à ces conférenciers « à l’américaine » qui présentent des slides avec juste une image en plein écran et un mot écrit au milieu du genre « think big » ou « just do it« . Voire un gars à la Tony Haile (le boss de Chartbeat), encore plus radical dans sa sobriété. C’est à utiliser de temps en temps pour aérer son propos, mais sans doute pas à systématiser.

Après, tout est question de se remettre sans cesse sur l’ouvrage, de le moderniser, d’adapter le propos et de ne pas se reposer sur sa prétendue connaissance experte du sujet. Des « experts », il en tombe désormais par paquets des cieux professionnels et la concurrence est réellement vive sur le marché de la formation et du coaching.

Il n’est pas rare de croiser dans les travées du métier des formateurs (trices) de moins de… 30 ans ! Je doute de la profondeur de leur expérience professionnelle à transmettre, mais après tout, pourquoi pas. On parle bien de la Génération Y et des suivants, et l’entreprise s’y est adaptée. C’est aussi un puissant stimulant pour chacun(e) de nous et enfin un gage de choix varié pour les aspirants formés qui ont à faire leur choix.

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