Ma visite à Nuit Debout… en 8 impressions et 1 comparatif

Je ne suis pas Alain Finkielkraut, donc ouf pas d’enjeu sur ma venue. Mais il se trouve que son expérience négative m’a parlée. Car il se trouve que le 6 avril, j’étais non loin de la Place de la République à Paris et du désormais célèbre spot politico-revendicard très trendy, j’ai nommé « Nuit Debout ». Je ne serai pas aussi analytique et perspicace que mon homonyme Eric Dupin sur Slate, mais cependant… c’est le bruit en fait qui m’a attiré tout d’abord, perçu depuis les rues adjacentes où je dînais en solo. Voix fortes au micro portée par le vent, comme on les entend dans des défilés de manifestations. A cette heure ci, on est plutôt habitué à entendre les rires et discutes des terrasses de café…

Après avoir bien bourgeoisement mangé, j’ai donc décidé d’aller y faire un tour. J’en parle tout d’abord à mon restaurateur d’un soir, car je trouve son établissement bien vide. « Avec tout ce ramdam de Nuit Debout, ça doit dissuader les gens non ? ». Lui, tout en me tendant le terminal CB : « Nuit quoi ? J’suis pas au courant… C’est quoi ? ». On est à moins de 500 mètres de l’événement, ndlr.

Voici en tout cas mes impressions en 8 moments, dans l’ordre à peu près naturel de ressenti :

  1. frites/merguez : c’est l’odeur qui me vient en premier en effet, issue de toutes les baraques à frites, stands et vendeurs présents sur place. La bouffe mijote dans des grandes cuves de cuissons ou sur des grills; les boissons sont au frais. Business is business et il faut bien sustenter le manifestant, même si celui-ci reste en mode sitting… peu épuisant;nuit debout ldupin 2
  2. bières de partout : canettes, packs, bouteilles… j’en croise de partout tout autour de la foule, la plupart du temps à l’état de cadavre. Clair, on lève le coude aisément dans le coin et c’est même l’ustensile principal des gens présents sur place. Pas de soucis avec çà, il faut bien se rincer le gosier, après les discussions… et se détendre à la fraîcheur venue;
  3. alter & co : à voir ceux que je croise aléatoirement ici, je fais un peu tache avec mon manteau bien peigné, ma casquette velours et mes gants cuir. Il y a là du jeune révolté, du marginal, de l’activiste, du bio-extrémiste, de l’ex-soixante-huitard sur le retour, etc, etc. Une certaine catégorisation socio-politique se repère spontanément. Et l’on sent aussi un énervement potentiel mitonner entre tous ces participants et ingrédients. Bombe à retardement ? L’avenir, notamment à horizon des échéances présidentielles, nous le dira;
  4. AG étudiante : quand j’approche du coeur du dispositif, une AG se tient en mode « grosses décisions collectives ». Ca me rappelle spontanément mes années fac. Un jeune homme debout harangue la foule au micro, sur le ton semi assuré du « je-suis-désolé-de-parler-mais-faut-bien-que-quelqu’un-se-dévoue-sans-récupération-hein-ok », avec l’assentiment sourd mais votant de l’agora ainsi réunie… Très concentrée cette agora d’ailleurs.nuit debout ldupin 3
  5. assis sinon rien : m’approchant du groupe pour mieux entendre les propos, je reste à l’arrière et debout, par pure courtoisie. Mais une fille assise devant moi (look sherpa des montagnes) se retourne et me dit sèchement : « il faut s’asseoir, sinon on ne peut pas rester ». Au point où j’en suis, je décide de ne pas lui faire remarquer l’incohérence formelle du « rester assis » pour un mouvement qui se dit « debout »… et m’écarte juste d’elle progressivement. Je ne suis pas le seul à faire ainsi ce soir-là;
  6. exclure ou pas : alors que je vais pour partir, l’AG entre dans une phase d’action, c’est à dire de vote à main levée. Mais la question formulée me laisse quelque peu pantois : « que ceux qui veulent interdire la Place à certaines personnes lèvent la main… ». Comprendre : éviter ainsi les récupérateurs et manipulateurs, rester pur dans l’intention de départ, resserrer les rangs. Mais au fait, une place urbaine n’est-elle pas publique et ouverte ? Comme un mouvement démocratique ?
  7. nuit debout ldupin 1visites de courtoisie : je ne suis pas le seul à « passer » ainsi sur la place. Et à regarder de plus près les participants du second cercle (pas celles et ceux assis et qui votent, mais tous les autres) on se donne rdv à « Nuit Debout » comme on le fait à Odéon. On vient voir de quoi ça a l’air, on hume l’ambiance, on y passe quelques minutes et puis on repart vers ses occupations triviales…
  8. apparition lumineuse : parmi les « attractions » du lieu, mon ultime impression est un gars sur un vélo « tunné » à force de lumières bleues et petites affiches à message (photo ci-contre). Il est posé là, tranquille et discute. Presque une apparition délicate dans ce tourbillon médiatico-contestataire. Je valide.

De Paris au sud-ouest : le comparo

Par le truchement du hasard, j’ai pu assister aussi à un autre « Nuit Debout », en « province ». Celui de Toulouse plus exactement, où je passais en vacances et en famille la semaine dernière. Réuni sur la place du Capitole, ce jour-là le mouvement était de moindre importance mais aussi plus accessible, moins « raide » dans son approche politique et revendicative, me semble t-il.nuit debout ldupin 4

nuit debout ldupin 5« L’animateur » au micro, sous un bel accent du sud-ouest, invitait plutôt à ce que soit participatif, à « aller chercher les gens » notamment par des banderoles périphériques plus attractives et osant des jeux de mots. Mon côté #dansedesmots (pour ceux qui me connaissent) y a été assez sensible quand je lis par exemple « On capitolera pas ». Je le dis souvent : l’humour (et le sexe, mais ça dépend des situations) nous sauvera.

J’écoutais hier soir le Grand Journal aborder la question, avec un expert (le community manager auto-déclaré du mouvement, Rémy Buisine *) remettant quand même en cause le rôle des médias « traditionnels » dans la perception et le rendu de Nuit Debout. Sans nul doute ma note de blog n’échappera t-elle pas à la règle et va en énerver plus d’un(e). Navré d’avance de participer à ce pataquès. Mais c’est peut-être ça finalement, la leçon de « Nuit Debout »… Sans ampleur et trop de monde, ça reste bon enfant et ouvert. Avec de l’écho médiatique et des cadors au micro, c’est la prise de tête assurée et l’élitisme activiste.

(*) lire son portrait et son à propos sur le site FranceTV, très intéressant.

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