TPMP : phénomène télé déconcertant, comme le Loft…

hanouna 4[Maj 15/3, 9h] – Le bug n’est-il pas ce « TPMP Vérité » ce soir, au fond ? Déjà, pensez : concevoir et valider à l’Etat-major de D8 près de 5 heures d’émission de rang en direct… et en prime après la polémique déclenchée la semaine dernière à partir de l’enquête du magazine Society. Il faut chercher quand même; ou tirer sur la corde de la facilité. Quand j’ai pris l’émission en cours ce soir, Enora Malagré était en robe de soirée sexy devant la devanture d’un resto « Opéra food », car la chroniqueuse… se voyait bien chanter à l’Opéra. Elle chantera d’ailleurs, la malheureuse, plutôt bien, mais se ramassera un seau d’on ne sait quoi sur la pomme, et à deux reprises. Rires sur le plateau.

header tpmp bug 2Un peu plus tard, c’est au tour de Mathieu Delormeau de rejouer au « Jeu de la Vérité », façon émission de Patrick Sabatier, avec Coluche quand il était assis sur cette grande chaise de bébé en 1985. La question à Delormeau, posée par un Marc-Olivier Fogiel quasi sous perf’, touche à l’intime : « as-tu couché pour réussir ? » Réponse : oui (ça on le savait visiblement d’avant d’une précédente émission). Mais nouveauté : « Avec qui ? ». Et là, on fait traîner le suspense… pause pub comprise, pour que Delormeau -soudain blème- avoue (non pas une quelconque orientation sexuelle, de toute façon déjà abordée sur l’émission en 2015) mais qu’il s’est tapé une prof’ de gestion au Canada. « Tu vas être déçu… », s’excuse t-il presque à Hanouna.

Ouf, serait-on presque tenté de dire… que ça se soit arrêté là. Au détail près que Delormeau va se ramasser un plat de nouilles sur la tronche. On continue dans les humiliations semi simulées. Rires sur le plateau.

Puis suit une séquence « Jean-Luc Lemoine », où le comique est sensé (nous faire rire) et nous dire la vraie vérité vraie des relations entre les chroniqueurs… On en sort pas, c’est auto-centré, ça tourne en rond, sans fin sans fond. TPMP recycle des séquences et off de situations plus ou moins comiques ayant impliqué les membres de l’équipe. Un best-of permanent qui n’est pas nouveau du tout : c’est un de ses fils rouges depuis les débuts de ce show. Et c’est surtout très très économique : un magnéto et un assistant suffisent à mettre en boîte cette matière.

La vérité… en évitage

chameroy 2C’était le fil rouge de la soirée… mais en fait non. Cette « vérité » aurait exigé de parler par exemple du départ de Bertrand Chameroy, mais il est méticuleusement évité. Tout au plus verra t-on par inadvertance quelques images off éparses de l’ex chroniqueur, dans des courtes séquences rediff’, comme le notent des internautes sur Twitter. Et son nom jamais prononcé. Dans l’autre sens, silence de mise aussi : le compte Twitter de Chameroy reste étonnement sobre depuis les faits. Son dernier tweet date du 12 mars, et celui d’avant du 9.

Alors bien sûr, à ce stade, ce n’était pas la peine d’imaginer qu’Hanouna aborde le vrai « couac » RH de l’émission dans sa mécanique de production, soit l’affaire Tissier. Et là aussi, silence radio. Pourtant, le pugilat médiatique a passé un certain cap hier, avec multiplication des articles dans la presse actant la « description cauchemardesque de l’émission ». Dans le monde normal, hors folie télévisée, une telle diatribe aurait déjà déclenché une convocation du manager par la DG…

Plus globalement, on a pas non plus assisté à ce que ces détracteurs commençaient à craindre : c’est à dire le règlement de compte en live face à de supposés collègues jaloux ou opposants. Le détecteur de mensonge n’a pas finalement beaucoup servi et c’est resté bon enfant…

Méta émission feuilletonnante

A ce stade, je comprends en fait un autre ressort de l’émission, peut-être moins évident à saisir. C’est ma femme qui me le fait remarquer : « mais c’est complètement vide leur truc ! ». Oui, ça l’est chérie, mais non en fait : car il s’agit de feuilletonner le plateau et ses chroniqueurs, qu’on suit dés lors pour savoir ce qui va leur arriver, ce qui va leur tomber dessus, comme les personnages d’une improbable sitcom. On est en fait face à une méta-émission, qui est son propre sujet, son propre vortex.

Je passe, entre temps, sur le fait que chacun sur le plateau dise de façon répétée et appuyée qu’ils adorent Hanouna, qu’ils l’admirent, ne peuvent faire sans, que c’est leur héros… à un point où l’on se demanderait presque si ce n’est pas un peu ironique (?) Le tout saupoudré de « mes chéries » de l’animateur à tout bout de chant, et de ses rires hystérico-forcés sur des blagues de niveau en-dessous de la ceinture (« Avez-vous déjà trempé votre zizi dans le verre d’un chroniqueur ? »).

hanouna 3Hanouna en live et hors caméra ? Plus gênant quand même par rapport aux critiques actuelles, tous ces « bite », « couilles molles », « connard » débités au kilomètre à son équipe (même à son RC Romain Ambro) et comme si c’était d’un naturel évident. Un tyran ? Non, nous dit-on. Un chef inconscient des risques RH pris l’air de rien, même si la télé, alala on le sait, c’est un univers vraiiiiiiiiiiiiiiiment à part (?) Le boss sait en tout cas se faire aimer : une séquence de louanges déroulées par Enora Malagré, finit par le titre imprimé sur écran « Cyril Hanouna, un Dieu, un guide ». Et l’émission terminera par une pseudo vidéo promo, comme si une agence de com’ avait eu à vendre le phénomène Hanouna. A ce stade, on ne sait plus si c’est pathétique, si c’est du second ou du millième degré… On perd pied.

Un phénomène média mutant

C’est ainsi, ça ne m’accroche pas, ça me met mal à l’aise parfois, mais ça plait au public visiblement à en lire les audiences qui caracolent en tête et se payent une à une les émissions concurrentes de la case. Mais j’avoue, je suis hypnotisé et me refuse de juger cela et de dauber sur l’intérêt du public. Il est vrai qu’une certaine intelligentsia se rêve entourée de concitoyens sautant d’un traité de philosophie dans le bus, à un apéro bio devant Arte et tout glosant jusqu’à la poire sur les sujets de politique internationale du JT… Mais ça, c’est une France rêvée.

Je mesure aussi le total delirium atteint quand pour un Gilles Verdez, non sans raison, tout ce drama ce n’est qu’un « phénomène de jalousie« ; ou encore qu’une ancienne employée de l’émission évoque désormais perversion de l’animateur, pleurs de l’équipe technique… Je me demande sincèrement si cet épisode de dissection temps réel d’une production télé quotidienne, ne mériterait pas qu’on étudie mieux l’envers du décor de toute la télévision et de tous les médias dans leur ensemble.

logo loft storyCe qui est indubitable, c’est qu’on est bien peu à peu face à un phénomène de société. Je confirme mon impression dite sur Le Plus, d’une émission Frankenstein, mutante, qui dépasse un peu ses créateurs. Le dernier en date, c’était… pour le Loft sur M6, il y a près de 15 ans. Les mêmes ingrédients sont là : inanité des débats, déconne permanente, pseudo-simulation de rebondissements, animateur chef d’orchestre hyper à l’aise, etc, etc. Et cette télé-réalité avait déjà en son temps, avant même les réseaux sociaux, soulevé des débats considérables allant jusqu’à des unes et dossiers du quotidien Le Monde signées d’Edwy Plenel.

TPMP y ajoute la dimension new media, totalement maîtrisée, en s’appuyant totalement sur les réseaux sociaux : l’émission d’hier et son tag dédié #TPMPVerite, c’est plus de 55.000 tweets ! Et ça figure encore en trending topics ce matin ! Citez une seule fois dernièrement où cela serait arrivé pour « le Grand Journal » de Canal ou « C à vous » sur la 5… hormis pour évoquer leur problème d’audience et de reconduite de saison. Pire : les fans sur réseaux ont maintenant leur appellation technique « les fanzouses« , et chaque membre de l’émission des myriades de comptes de « teams », « fans » et accrocs. C’est un écosystème, et là encore ce que rêve secrètement chaque émission d’entertainment un temps soit peu pensée en amont par ces concepteurs…

isabelle morini boscTPMP est calée entre deux réflexions de sens, données par ses chroniqueuses hier presque par inadvertance : Isabelle Morini-Bosc (vraie sage du show) quand elle se demande ce que ça serait si Hanouna ne les aimait pas (vu tout ce qu’ils prennent sur le carafon quand « il les aime »); puis Enora Malagré quand elle note que le public rirait même si Hanouna disait juste « table ». L’animateur manque t-il simplement de recadrage, et d’une autorité au-dessus de lui qui tienne ce rôle ?

TPMP a créé l’air de rien un avant et un après : un talk-show sur-dimensionné, juste « pour rire » au sein d’une époque socialement folle, mais qui ne fait déjà plus rire… les professionnels de la profession.

Pour prolonger : relire les notes sur Le Plus « N’enterrons pas Cyril Hanouna trop vite« ; « Hanouna, Delahousse, Aliagas… sur les réseaux sociaux« .

 

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