Le jour où… Ardisson m’a impressionné

ardisson picDes fois, on loupe des coches dans un parcours pro. Il y en a un que je regrette particulièrement : le jour où j’aurais pu aborder Thierry Ardisson. C’était à Nice vers 1994. Je débutais alors depuis 2 ans mon parcours de journalisme en piges, sur la Côte d’Azur où je vivais. Autant dire, à l’époque des faxs et des machines à écrire électroniques… une vraie misère pour se monter un réseau et se faire remarquer des médias parisiens. Imaginez : les mails n’existaient pas encore !

Or, un jour, la grosse occasion me tombe sous la main, annoncée sur la radio locale : Thierry Ardisson allait venir à Nice dédicacer le fameux bouquin qui allait lui coûter quelques temps après une belle polémique, « Pondichéry ». Ca se passait à la librairie A3 : pour les Niçois, à l’époque, elle occupait le haut d’un grand magasin de l’avenue Jean-Médecin. C’était la concurrente de la libraire La Sorbonne… aucune des deux n’existe plus je crois bien.

Je revois la scène comme si c’était hier. C’est peu dire que j’admirais le bonhomme dès cette époque, ce mélange de rock attitude et de regard au laser, d’interviewer hors pair et confident, de magnat des médias et de producteur audacieux, qui fait tout son style unique. Bien sûr, je suis sur place très en avance et me promène dans les allées et rayons de livres, pour tenter de me détendre. La musique d’ambiance atone distillée dans les hauts-parleurs m’énerve en fait, car je suis un volcan. J’ai révisé mon texte, tout soigné, jusqu’à mon look : chemine noire, jean bleu foncé, pompes à lacets noires… je suis dans l’ambiance quoi !

Une mini cour

ardisson pic 2Le voilà qui arrive. Etonnant, il est suivi d’une mini cour, ce que je ne lui imaginais pas pratiquer. Mais ça semble faire partie du dispositif, en tout cas correspondre à son envergure : à l’époque, il est homme de presse, de télé, de pub… Incontournable et en pleine ascension. Il y a une attachée de presse, reconnaissable à son filofax sous le bras; et aussi un espèce d’assistant grand, maniéré et très efféminé, looké hyper branché pour l’époque. Ce petit monde s’agite au rythme d’improbables missions autour de la « star ». C’est con, mais ce théâtre m’impressionne; IL, costume noir et clope au bec, m’impressionne. D’aspirant journaliste qui n’a peur de rien, je glisse peu à peu dans le rôle de fan maladroit…

Sa voix aussi est beaucoup plus grave qu’à la télé, alors qu’il est assez petit au réel de par sa taille. Je lui tourne autour plusieurs fois, sans parvenir à franchir ce premier cercle qui lui fait écran. Et en prime, je me désespère de voir d’autres personnes, bien plus détendues que moi, aller lui parler comme si de rien n’était, comme s’ils se croisaient chez le boucher. Il y a là notamment un « dereuneuneu » niçois par exemple : boule à zéro, costume en tweed, lunettes rondes couleur et parapluie chic… Il parle haut et raffiné, est venu avec son son fils et il semble connaître Ardisson familialement. Ils se parlent de rendez-vous ou repas commun, Ardisson lui dit qu’ils se reverront. Je rage intérieurement de ne pas en être.

A l’ancienne

Purée ! Et moi qui transpire à grosses goûtes… est-ce que je vais aller me présenter avec mon nom complet pour en jeter un peu niveau panache et patronyme : « Bonjour Thierry, Laurent Dupin de Montbazin… j’aimerais beaucoup travailler pour vous, que vous m’appreniez le métier, que vous me formiez à l’ancienne. Je n’ai pas fait d’école de journalisme ou de com’… mais j’ai la gniak. De quoi avez-vous besoin ? Je suis votre homme, même pour les photocopies et les cafés. Pas besoin de salaire, je m’en fous. Je boufferai du riz tous les jours s’il le faut. J’ai plein d’idées aussi… en voilà une d’ailleurs sur cette feuille tenez, un synopsis d’émission…« . C’était un talk-show sur le sexe, sujet alors encore tabou dans les 90’s, et que je voulais traiter façon sociétal, iconoclaste, multimédia : un peu comme « l’Assiette Anglaise » en mode punchy. J’y croyais dur comme fer : j’avais tout imaginé… les chroniques, séquences, musiques, même la réal’ et les produits déclinés.

A l'époque (90's) Ardisson est une pointure incontournable... Presse, télé, pub, livre, etc.
A l’époque (90’s) Ardisson est une pointure incontournable… Presse, télé, pub, livre, etc.

Bien sûr, comme vous le devinez, je n’y suis pas allé. Je n’ai pas pu l’aborder, ne serait-ce même que soutenir son regard. J’ai en revanche assisté à toute la séance de dédicace, jusqu’à ce qu’il reparte vers ses obligations, avec sa cour, ses clopes et sa voix rauque. Je me vois me donner des baffes mentales pour tenter de me réveiller in extremis… mais non, rien y a fait. Et je l’ai regretté amèrement.

Seconde tentative lettrée…

Quelques temps plus tard, je montais à Paris pour y accomplir mon service militaire, au Sirpa : seule planche de salut pour espérer pénétrer le microcosme de la capitale. De là, un jour, j’ai écrit une lettre à Ardisson, quand il s’occupait encore du magazine papier Entrevue. Une longue lettre, avec un CV, où je mets tout dedans, pour lui dire ce rendez-vous manqué, mon admiration, mes envies professionnelles… le fait que je me sente si proche de lui sans le connaître (ce que me confirmera quelques années plus tard la lecture de « Confession d’un babyboomer« , ndlr *). J’ai fait cela et en même temps, ça me dérangeait, ça n’allait pas : trop trivial, trop « RH » pour ce que j’aurais souhaité, si j’avais pu lui parler ce jour-là.

La lettre est partie, la réponse n’est jamais venue. Si j’avais su, j’aurais demandé à quelqu’un(e) de m’accompagner pour me foutre un gros coup de pied au cul à Nice, à la libraire A3… (soupirs) Alors les jeunes, si un jour vous allez rencontrer une personne que vous admirez, pour tenter de vous faire remarquer et de changer le cours de votre vie : coupez vous un bras, avalez un tube entier de Berocca, mettez les doigts dans du 220v, mais foncez, foncez, foncez ! Ne laissez pas passer l’occasion, pour rien au monde.

* notamment des essais de DJ au Whisky à Gogo, boîte de nuit de Juan-les-Pins : le mini St Tropez près de Nice. Ainsi que ce goût prononcé pour les clips vidéos et quelques capacités au blind-test😉

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