Pourquoi Trepalium EST une bonne série SF (et française)

trepalium 1Au début, je n’y ai pas cru, j’ai pensé à un canular. Tant et tant habitué de ne jamais voir les Français émarger au rayon de la SF, au cinéma comme à la télé, je n’ai pas cru en effet qu’un pitch aussi audacieux que celui de Trepalium était possible en 2016. Et puis je me suis calé un soir à Paris, sur le fauteuil d’une amie. Et bam.

La série diffusée par Arte ces deux dernières semaines est un joli coup. Mais pas pour les raisons que l’on croit de prime abord. Et elle ne mérite pas en tout cas les coups de griffe des journaux qui en ont parlé : I mean Marianne et Les Inrocks en première ligne. Mais pas que.

Je vais donc reprendre les arguments des principaux journalistes qui s’y sont collé. Et d’abord de Myriam Perfetti, chez Marianne, mais qui m’a le plus fait réagir.

  1. trepalium 2une forme pas à la hauteur : pour Marianne « la production est frileuse, la réalisation, inexistante ». Nous n’avons pas vu la même série alors. Les décors voulus par le réalisateur belge Vincent Lannoo sont stylés, les tenues, le design soignés et uniformes… cette série a réussi à créer un univers. Après, certes, ce n’est pas de la SF space opera à la Star Wars, avec retouche 3D des textures. Mais le sujet ne s’y prêtait pas. On est plus proche d’une sobriété à la « Twilight Zone » (La Quatrième Dimension) qui reste pour moi la référence absolue : peu de moyens, donc de l’idée avant tout. Quand elle évoque « ces costumes caricaturant hideusement l’aliénation corporatiste », je tombe de l’armoire : ils sont au contraire une proposition cohérente en soi et qui lisse bien le propos.
  2. l’acting en panne sèche : Marianne pointe aussi « l’interprétation sans relief et les dialogues d’une pauvreté affligeante ». Là aussi, c’est très excessif. Le jeu des acteurs est tout en retenue et sobriété… s’appuyant plus sur « l’ambiance » et le bizarre comme ont pu le faire dans le temps -mieux et plus nettement- des séries comme Twin Peaks ou même certains épisodes des XFiles. Une lignée là aussi, qui nous change du sur-jeu permanent des frenchies, notamment dans les comédies, ou même de la SF baston à la Marvel. Quant aux dialogues, il me semble suffisamment subtiles pour accrocher d’épisode en épisode…
  3. le scénario vide : ce que Marianne qualifie sans hésiter d’« aussi mince qu’un sandwich SNCF »… Imaginer une société post cata sociale avec 80% de chomdu, c’est pas assez ? Les frontières entre gentils (Zonards) et méchants (cadres d’Aquaville) ne sont justement pas si figées que cela… Mais il faut encore les lire. La gentille n’hésite pas à démonter une concurrente pour avoir un poste; et le méchant soutient son épouse-leurre d’une certaine manière.

gattacaEnfin -je ne veux pas être persifleur- mais la chute de l’article de Marianne laisse pantois. Evoquer le film « Bienvenue à Gattaca » comme une référence à regarder pour le réal’ de cette série, c’est vexant mais justement hors sujet : car Trepalium transpire de ce modèle à tous les étages, et voire même un peu trop si l’on se veut puriste ! L’esthétique urbaine gris/épurée, les costumes strictes, les voitures old school… tout cela sent bien les références/hommages.

Je n’en rajouterai pas sur le contre-sens surprenant sur l’expression « clouer au pilori » (!)… pour lequel il faudrait que le SR du journal/site relise quand même un peu ses textes avant validation. Ok il y avait le sens de latin de Trepalium, pour faire joujou. Mais je pense que l’idée de M. Perfetti était plutôt de dire « clouer sur le siège » ou quelque chose du genre… évoquant une absence d’effet et de rendu, une non réaction du public potentiel de cette oeuvre.

Sonder l’intention narrative

trepaliumPlus intéressante est la critique des Inrocks par Marie Turcan, qui sonde l’intention de la série au-delà de la seule forme. Souligner ainsi qu’elle peut sembler « exacerber les dérives du capitalisme jusqu’à l’absurde » n’est pas faux. Mais c’est bien justement l’objectif du style narratif et de la dénonciation. Tout comme de pointer qu’elle « peut manquer de subtilité » dans sa truculence des détails, est aussi sa richesse esthétique manifeste. Enfin regretter que « la froideur de ces statues de cire devient gênante lorsqu’elle est perturbée par une violence très crue« , c’est aussi accréditer que cet effet « impact » a atteint sa cible…

Pour moi, « Trepalium » évolue finement dans un entre-deux : celui de l’anticipation. Mais plus encore parce que scènes et répliques renvoient à nos vécus présents et à des situations forcément expérimentées par nous tous, à des degrés divers. Et là s’enclenche l’effet kiss cool de cette série : faire réfléchir. Et si, et si… par mon renoncement à résister ces jours-ci, je contribuais à renforcer cette possible dérive fascisante de demain ? Et si… tout n’était pas en train de se jouer là, maintenant, dans la société et la politique ? Un questionnement autant fascinant que gênant, mais qu’il est nécessaire d’avoir.

C’est à ce cran au-dessus que se situe la critique de Slate, signée de Jean-Laurent Cassely : qui y repère bien comme moi « une vision rétro-futuriste » calée dans un univers « mélange de l’esthétique urbaine de Metropolis et de Brazil ». Il perçoit surtout très finement le choix de l’univers en vase-clos incompatible avec la globalisation de l’économie mondiale, mais permettant en revanche « une vision très proche de notre économie sur un point, celui de la gestion du chômage ». Et c’est bien là -je le redis- le point fort de Trepalium : nous faire réfléchir sur notre présent, l’éclairer d’une blafarde lumière similaire à celle d’un bloc opératoire.

Dense mais… trop rare

Le mot de la fin, c’est peut-être Isabelle Poitte qui l’a eu, pour Telerama. Quand elle écrit que la série « étonne et séduit autant qu’elle frustre ». Effectivement, plus de moyens et de temps (sur 12 épisodes) par exemple auraient permis de créer un univers plus séduisant encore, dans un écrin narratif étoffé. Et d’éviter peut-être cette impression de « ramassé », de densité : avec « Les résonances contemporaines et historiques sont partout (de l’apartheid aux problèmes du Proche-Orient), au point que le sens finit par parasiter le plaisir de la fiction ».

MT chroniclesEn fait le principal atout de « Trepalium » -et qu’on a oublié un peu vite- est juste… d’exister. Car en se replongeant dans l’histoire des séries tv françaises de SF, on est clairement surpris du peu. Les années 70 ont bien eu « La Poupée Sanglante » (plutôt fantastique), et les années 80 « Noires sont les galaxies« , « Les Visiteurs » ou encore « Ulysse 31 » (en dessin animé)… mais depuis c’était un peu le calme plat façon désert de Tatooine. Hormis tout dernièrement le très (trop) déconnant « Hero Corp. » d’Alexandre Astier, et surtout le superbe « Métal Hurlant Chronicles« . Mais cette dernière série était peut-être justement un peu trop anglo-saxonne dans la facture et diffusée trop tard, pour vraiment marquer les esprits… Dommage.

Contrairement à la critique, je suis donc convaincu qu’une saison 2 de « Trepalium » serait non seulement justifiée mais aussi nécessaire. A la condition de lui donner plus d’épisodes et un cadre moins à huis-clos. Pitié : ne refaisons pas la même erreur que les Américains, qui n’ont jamais prolongé la brillante et truculente série « Firefly« …

Pour prolonger : relire les notes consacrées à la SF sur ce blog.

Une réflexion sur “Pourquoi Trepalium EST une bonne série SF (et française)

  1. Je ne pense pas que l ‘ on est vu la même chose : Ce ne sont que des clichés , qui plus es mal exploité , pour une fois ( et c ‘est rare ) je suis d ‘ accord avec la critique de Marianne , que dire de ces SFX aussi indigent pour une série TV , destiné au grand public ? j ‘ avais l ‘ impression de voir un épisode de la série Noob

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