Demain, le travail dématérialisé et uberisé ?

header attaliJacques Attali a l’art et la manière. Façon Grand Oracle des Temps Modernes, il nous balance de temps à autres via médias de courtes phrases nettes et flippantes, résumés de nos vies futures. Hier lundi c’était sur le plateau de La Nouvelle Edition sur Canal Plus, pour venir prophétiser sur notre avenir et ce qui va changer dans nos modes de consommation et de travail. Attention, ça décoiffe : « Nous serons tous des intermittents du spectacle, qui sera le statut du travail généralisé ». Ce n’est pas la première fois qu’il aborde la fin du CDI et même du contrat de travail tout court, sachant que dans son esprit, l’angle n’est pas forcément négatif. La référence au « spectacle », c’est aussi le trait commun à l’envie, à l’effort motivé par la création plutôt qu’à l’approche « fonctionnarisante » et répétitive. Une forme de retour du libre arbitre et de la richesse individuelle par-dessus le diktat du collectif uniformisateur.

photo wengerD’autres signaux viennent conforter cette tendance à vouloir ubériser les modes de travail et la masse salariale. Sous un angle vu comme positif, c’est la possibilité de payer enfin une sorte « d’indemnité de survie » (le revenu minimum pour tous) afin que, bon, hein, ô, allez, on en parle plus de la nécessité d’un travail pour tous. C’est ce que dit par exemple le venture Albert Wenger (photo ci contre) lors de la conférence DLD 2016 à Munich, pointé par Eric Scherer : il n’y aura pas assez de travail, donc donnons à chacun 1000 dollars (ou 1000 euros) de revenu de base ! Evitons aussi de rester trop « au bureau » stérilement, pour « apprendre » et sachons nous positionner dans ce nouvel Eden : car pour Wenger, seul 4% de l’humanité va continuer à bosser pour… nourrir les autres. « Le prix à payer de l’automatisation », tranche t-il sans ambages.

header uber noteMais d’autres -moins libéraux et libérés- y voient a contrario et à terme le dérèglement du marché du travail, la fin de l’organisation sociétale et pour tout dire le bordel assuré. « Ubériser, verbe : se servir du prétexte de l’innovation pour faire ce qu’on veut. Ex : les cyclistes veulent ubériser le code de la route. », écrit par exemple Neil Tamzali sur son compte Twitter. Des voyous donc, qu’on laisserait un peu trop faire tout et n’importe quoi, sous prétexte de modernisation et de digitalisation avancée de l’entreprise et de la société. Pas faux, dans la mesure où ce monde là (celui de la start-up audacieuse et effrontée) porte en lui l’ADN de la révolution et de la désobéissance. Etre un innovant, c’est souvent faire ce qui est d’abord interdit par le consensus mou et les habitudes. Enfin, au moins en terme d’apparences, car la réalité de la start-up est parfois plus triviale…

Au fond, hors idéologies et intérêts particuliers, en 20 ans de web économie et de numérique, que devient le travail ? Voici ce que j’ai observé sur mon modeste domaine professionnel (médias, com’ et numérique)… et pas que :

  • esprit commando : la start-up impose le modèle de l’équipe courte. Un boss, un dév’, un commercial, et… roule ma poule. Le reste n’est que littérature (marketing), ou obligations (finances, services généraux) quand une entreprise grossit réellement au-delà d’une bonne idée de départ.
  • format mission facturée : un CDD, c’est déjà presque trop chiant, trop administratif (au sens péjoratif du terme)… alors qu’une prestation de service (avec des consultants indépendants), c’est plus simple et sans engagement de long terme. On paye sur factures et non plus avec des feuilles de salaire bourrées de ponctions étatiques.
  • télé-travail éloignant : le salarié à gérer sur place, ça coûte cher, ça peut se coordonner socialement avec ses petits voisins. Alors que quand on le re-expédie chez lui devant sa tasse de café, hé bien on y gagne en tranquillité d’esprit et économie de coûts logistiques (m2 à louer, transports urbains à co-financer, etc.).
  • metrics à toutes les sauces : « KPI », ils n’ont que ce mot à la bouche ! Sans vraiment en comprendre les contours et exigences, ni avoir unifié les outils et normes, les managers veulent néanmoins quantifier, monitorer et décider en conséquence. Y compris sur l’évaluation des missions et projets.

hollande emploi 2Une chose est certaine enfin : c’est qu’il n’y aura pas de marche arrière possible à ce vaste mouvement de fond, tant collectif que technologique, tant organisationnel que mental, tant désiré que contraint. Or contexte électoral toujours électrisant, le politique comme le citoyen devrait bien s’en emparer rapidement. Ce notamment pour l’anticiper au niveau du scolaire et de la formation, au moment où le président Hollande remet cette dernière au devant de la scène… On ne pourra charrier indéfiniment des cortèges de futurs travailleurs méconnaissant cette nouvelle donne où s’y préparant « à l’ancienne », c’est à dire en constant décalage.

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