La frenchtech (au CES), ça pèse quoi au fond ?

J’étais à Bercy en janvier 2014, au lancement du dispositif, par Fleur Pellerin. La FrenchTech à l’époque avait de grosses ambitions et n’a pas été de suite prise en mains par le ministre de tutelle himself, Arnaud Montebourg puis Emmanuel Macron. Deux ans plus tard, « combien de divisions ? » pour reprendre une formule célèbre connue.

header CES frenchtechLa question du comptage est centrale, car les chiffres parlent plus que les déclarations emphatiques. Si on lit le site officiel LFT, nous alignons à date : 13 métropoles labelisées en 2 phases, et 4 écosystèmes. Ramené au nombre de start-ups on en liste -corrigez si je me trompe- 617 en France et quelques 68 à l’étranger (entre New York et Tokyo). Biiiiiip ! Car B. Lenotre sur LGDW, note que le site LesPepitesTech recense lui… 1300 start-ups de la FrenchTech. Les derniers chiffres officiels français dénombrant eux 4000 start-ups à Paris (Capital), quand Emmanuel Macron lui-même indiquait en décembre lors d’une conférence que « la France créé près de 1500 start-ups chaque année« . Bref, en résumé clair : disons qu’on en a quelques milliers dans toute la France, ça s’est sûr. Mais pour le reste, ça reste un peu plus flou…

logo CESResserrons quand même la focale. Au CES de Las Vegas en revanche, on affichait 120 start-ups en 2015, et 180 cette année : soit +50%. Mais en relisant bien le blog d’Olivier Ezratty, qui en tire chaque année un épais rapport, on voit qu’on était plutôt à 160 entreprises françaises en 2015 (dont 66 start-ups) : une nuance de taille, qui porte en elle la question sensible du seuil. A partir de quand, de quelle taille, de quel C.A devient autre chose qu’une start-up ? Dans le temps, on avait bien la notion de « grown-up » mais guère plus utilisée aujourd’hui… Start-up tombe plus de 100 millions de pages sur Google, quand « grown up » en fait la moitié.

Notez que chaque année depuis 3 ans, on fait des bonds de 50 participants de plus au CES. Pas la révolution, mais pas rien non plus. Au CES de Las Vegas, voici les faits qu’on oublie un peu vite :

  1. la France n’y est pas la seule délégation : ok, les frenchies font du tam-tam, et ça marché mais le CES a accueilli cette année quelques 150 pays et en tout près de 3600 entreprises exposantes; autant dire qu’on est vite noyé dans la masse…
  2. le ministre Macron n’est pas seul non plus : certes, un ministre ça en jette. Mais le CES est un défilé permanent de patrons, officiels et entités toutes plus attirantes les unes que les autres. Comme cette année par exemple la NASA… On y a donc son quart d’heure de gloire au sein d’un rouleau compresseur de news et buzz en tout genre;
  3. le salon n’est pas que dédié au start-up et aux gadgets : il pourrait être en effet à tort perçu comme un vaste concours Lépine (bien français) et à la galerie de gadgets sans lendemain. Or le CES a été créé en 1967 pour rendre compte de plusieurs secteurs et disciplines de la high-tech et de l’électronique grand public. C’est un vaste salon généraliste, pas du tout un « spécialisé » comme le grand public le perçoit un peu vite.

Je complète par mon intervention sur le plateau du Grand Débat du Web : le sujet du CES tient entre les minutes 3’50 et 13’22.

Dans la presse : trouver le bon prisme

Alors bien sûr, la presse française est dithyrambique sur la frenchtech au CES. Déjà parce que Macron y va, et qu’il a les valeurs des journalistes parisiens, façon le nouveau Kennedy moderniste. Et aussi notamment parce que pour certains, les journalistes font partie de la délégation en goguette à Las Vegas, aux côtés de blogueurs, analystes et experts. Et quand ils n’en ont pas l’habitude, comme le Petit Journal en 2015, ils sont un peu ébahis du show façon premier degré. Si le CES se tenait à Melun, sûr, ça attirerait moins les sunlights…

cnn frenchtechIl est donc bien plus intéressant de lire le constat établi dans… la presse américaine. Et là, on perçoit bien un signal faible positif, qui marche une nouveauté. Comme lorsque Fortune souligne « la puissance inattendue de la France » sur cette dernière édition, Forbes « l’invasion de start-up françaises ». Ou que CNN Money interviewe sur le même ton Emmanuel Macron, sur cette question « who knew the France is so big !« . Mais le meilleur est peut être quand le spécialiste sectoriel TechCrunch (même sous une plume française) reconnait aussi cette tendance : une sorte de coup de tampon dans la high-tech. Il ne manquerait plus qu’un article de Wired… et ce serait la consécration !

Je lance donc en conclusion (provisoire) une idée pratique et toute simple : assurer côté frenchies un suivi de ce qui aura été présent au CES, aura été transformé et aura en effet marché. Peut-être faire un état des lieux de celles et ceux qui arrivent vraiment et durablement à entamer une carrière américaine et internationale, au-delà des salons et shows ponctuels. Ne serait-ce pas (humour) une des missions du journalisme, la vérification des faits et la prise de recul ?

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