L’ère du terrorisme 3D

répu attaqueIl fallait s’y attendre, quelque part. Tout est « 3D » à notre époque… augmenté, multi écrans, social. Et le terrorisme aussi. Je suis comme nous tous, sonné, hébété, sur-connecté en ce samedi 14 novembre matin. Pas pu décrocher du flux d’informations débuté la veille dans l’horreur des attaques de Paris. Mais un peu de recul -juste un minimum- me permet d’observer des traits communs à ce que nous venons de vivre collectivement, et en écho aux événements de janviers 2015. Ce qui suit est sans doute incomplet et je m’en excuse d’avance : je compléterai et prolongerai ultérieurement.

Il y a d’abord une forme de prémisses, de montée de « faisceaux de présomption » jouant déjà de la multi dimension des médias modernes et canaux d’information. Mais malheureusement, malgré toute la puissance de nos outils de veille et de contrôle, on ne le voit… qu’après. Tous vont cependant dans le même sens : d’abord les messages officiels issus de notes internes des autorités, et qui ont transparu dans les médias. Ensuite les messages diffusés sur les forums : hier soir un de ceux-ci daté du 5 novembre dernier, prévenait clairement des attaques du 13 novembre et annonçait même plus de 100 victimes (ce samedi, le message a disparu). Enfin les réseaux sociaux hier, ont cliqué comme autant d’alertes : je me souviens nettement de celui diffusé sur Twitter issu de l’entourage d’un « général » informé, qui prévenait ses proches de ne pas sortir de tout ce week-end sur Paris… Bref, il semble qu’on savait en amont et dans les services de renseignements. [Maj 16/11:] ce que tendrait à confirmer les commentaires sur la rapidité des interpellations policières qui ont suivi ce lundi dans les milieux djihadistes… Attention à ne pas verser dans les débuts de commencement de théorie du complot. Des faisceaux existaient certes, mais ils n’ont pas été globalement lisibles ni fixables dans un agenda.

Autre dimension d’affreux teasing, celui d’annonces de quasi forfanterie émanant des auteurs présumés. Celle d’un garçon par exemple, qui annonçait via Facebook que quand l’on reverra son visage sur BFM, il sera déjà trop tard. Tout ceci fait froid dans le dos mais questionne aussi : nos algorithmes et logiciels de contrôle de contenu ne peuvent-ils donc pas servir de manière préventive et bienveillante ? Qui sont les équipes de sécurité formées et dotées de ces moyens ? A quel rythme travaillent-ils ? A qui rendent-ils compte ?

Tous en mode newsroom

répu attaqueC’est ensuite la dimension du live médiatique bien sûr, vécu dans une posture désormais établie. Sur le terrain, on suit les faits sur mobile et on se parle par SMS, pour se prévenir et se rassurer, voire alerter par les réseaux sociaux, y compris pour les victimes directes. On suit aussi de chez soi les faits sur double écran : les chaînes d’info continue, doublées par les réseaux sociaux. Et l’on zappe de l’un à l’autre dans une parfaite logique de complétude frénétique : si les chaînes décrochent du « live » sur demande des autorités (comme l’indiquait hier Bruce Toussaint), on passe de suite sur Twitter ou Facebook pour avoir des images, des vidéos, des faits. On se fait en somme son propre petit journal personnel, en deux dimensions.

Ce n’est ni du voyeurisme ni du morbide, juste un réflexe : un peu comme si chacun de nous se montait automatiquement chez lui en « mini war room », en « cellule de crise » personnelle et familiale. Les technologies et le numérique nous le permettent désormais, et il est symptomatique que parmi les visuels créés/partagés ce soir-là ressorte une Marianne en deuil et connectée à un smartphone (ci-contre).

logo FB safetyCôté réseaux sociaux, le « live » devient désormais fonctionnel et pratique. Et vise le partage d’infos quand beaucoup de gens sont touchés. Sur ce besoin, Facebook a été le plus réactif en proposant une fonctionnalité –le « Safety Check »– pour rassurer proches et contacts. Mais c’est aussi les terribles messages diffusés par les familles, avec photos, de personnes qui étaient présentes notamment au Bataclan, et dont on a plus de nouvelles depuis… [Maj 16/11:] Photos qui sont devenues par la suite des confirmations de décès, tout aussi terrible, comme la conclusion froide d’une désespéré feuilleton. Lundi soir encore, le hashtag #RechercheParis drainait sur Twitter des annonces de ce type.

Laisser une trace digitale

Enfin, la dernière dimension est celle du témoignage participatif, du réflexe humain de compassion et de partage de la douleur. Avec un versant se reproduisant là-aussi : celui de la créativité. D’autant plus nécessaire que ces attentats ont touché des artistes, des sportifs… bref le monde des loisirs. De fait il est naturel que ces sphères témoignent en retour : le mot clé #Prayers4Paris ou #PrayingForParis s’est vite imposé sur Twitter, repris par de nombreux artistes et sportifs comme Emma Watson, Elijah Wood, Andy Murray, etc . pour celles et ceux que j’ai vu dans la nuit de vendredi à samedi. A la suite, d’autres ont marqué les faits d’un moment dans leurs concerts par exemple Madonna ou Justin Bieber.

Mais on ne peut aussi désormais s’empêcher de penser qu’un(e) artiste, où qu’il soit veuille certes témoigner, mais se dise aussi (dans une part cachée de sa conscience)… « et si mon visuel, ma créa faisait le tour du monde et qu’on m’interviewait demain sur CNN ?« . Petit, misérable, déplacé, opportuniste… dites-vous ? Sans doute, mais juste humain aussi et en cela rassurant. C’est en fait, comme souvent, le plus simple qui va s’imposer : un simple logo associant le symbole de paix et la Tour Eiffel. Naïf et puissant.

visuel P4PLes répliques de #JeSuisCharlie (comme #JeSuisParis) vont finalement vite « s’éteindre » dans le flux social media global… tout comme le visuel associé sur fond noir (cf à droite) peut-être un peu trop répétitif et en cela effrayant. Il fallait au fond autre chose, un autre élan plus en osmose à la dimension du drame présent et du nombre des victimes grandissant au fur et à mesure de la nuit… Au bout d’un moment c’est donc le lien au drapeau qui s’impose, au bleu-blanc-rouge d’ailleurs repris puissamment à l’international. Toucher Paris en son coeur, c’est atteindre la République des Lumières, la Démocratie moderne, les Droits de l’Homme et les pays qui s’en réclament.

Quoi de plus déclinable que trois couleurs et une symbolique : Plantu l’a croqué pour Le Monde, d’autres l’ont associé à des larmes, ou encore à Marianne en pleurs… Le besoin d’une image forte et facilement partageable est en tout cas clair : une balise émotionnelle digitale pour apaiser le flux d’infos anxiogènes. Facebook a d’ailleurs proposé une fonctionnalité pour personnaliser les avatars par ce filtre « bleu blanc rouge » outre celles et ceux qui ont frappé le leur d’un brassard noir de deuil.

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paris attentats reseaux[Maj 16/11/2015:] il semble que la couverture médiatique et social media des attentats de Paris suscite depuis lors quelques questionnements, notamment à l’international. Passée la très forte émotion ressentie dans les grandes capitales de par le monde, la BBC s’en relaye dans une vidéo animée. La question en filigrane est celle d’une sur-émotion mal contenue face à des théâtres dans le monde (Moyen-Orient notamment) où de tels faits seraient eux presque banalisés… Le potentiel émotionnel de Paris aurait là joué. D’ailleurs en France le CSA a de nouveau rappelé à l’ordre les chaînes de télévision malgré une couverture jugée par « les professionnels de la profession » plutôt mesurée et prudente. Et spécifiquement aux réseaux sociaux, on sent finalement l’opinion partagée sur leur utilité réelle. L’éternel dilemme sur l’outil de communication qui peut être bien ou mal usité, dans un même mouvement.

En viendrait-on à une situation duale où les médias temps réels « traditionnels » (radio, chaîne infos…) seraient presque perçus comme un premier filtre raisonnable en voisin d’une zone à expression de pulsions (bonnes ou mauvaises) que catalyseraient les réseaux sociaux et les applications mobiles ?

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