La start-up : l’avenir de l’homme… (ou pas)

Durant la soirée à Numa, le 19 août dernier.

Vous l’avez déjà noté si vous me lisez ici ou ailleurs sur le web. Cela fait un moment que je doute (un peu, beaucoup) et sous plusieurs angles, de la capacité des technologies à nous apporter la félicité, et en son sein du modèle start-up de dessiner un avenir. Je ne parle même pas des cris d’alerte de la science-fiction sur le futur technologique

Rebelote ce soir à Numa, à Paris. Je passais en fin du débat « Start-Up Tour » et certaines de mes convictions ce sont encore consolidées devant ce que j’entendais. Je n’ai pas tout écouté (mea culpa) mais saisi le propos global. Il était fort instructif.

Le modèle de l’échec et ses limites

visuel foiré start-upLe débatteur lançait à un moment à la cantonade : « 90% des start-ups vont à l’échec ». Mais un peu en manière de bravade, comme une façon de compléter : « et alors ? c’est comme ça et pas autrement. Mieux : c’est génial, c’est ça qu’on veut ». Ok pour la pédagogie de l’échec, les vertus de l’expérimentation, tout ce qui a suivi le courant post-Nicolas Riou (ci-contre)… très tendance depuis un moment. Mais le problème selon moi, et que l’on est pas en mesure de trancher sur la validité scientifique de cette observation.

Car de deux choses l’une : ou le concept de start-up est nullissime et voué par essence à l’échec; ou il subit depuis son éclosion une résistance démentielle de la société empêchant son avènement total.

On pourrait aussi tout à fait imaginer que le concept de start-up et ses notables défenseurs ait édicté pour eux-mêmes la règle selon laquelle : « ça ne marche pas mais c’est normal, il faut en passer par là ». Ce sans chercher à comprendre si l’organisation et/ou l’action des start-uppers a été ou non efficaces. Un peu comme si 90% des automobiles ne roulaient pas mais qu’on dise avec assurance : pas grave car 10% arrivent quand même à démarrer, avancer et ce sans exploser ! On ne le tolérerait pas, on crierait au scandale. Pourquoi, au fond, sommes-nous aussi tolérant face à la culture de l’échec sublime des start-ups ? On ne sonde pas assez ce travers selon moi.

Durant la soirée à Numa, le 19 août dernier.
Durant la soirée à Numa, le 19 août dernier.

La pugnacité comme vecteur

Autre phrase lue sur écran de projection, et porteuse de sens : « Don’t start if your are not ready to spend 10 years disrupting an entire industry« . Manière de laisser penser que la patience est notre meilleur allié pour développer une start-up, quelque soit le secteur. Je n’en suis pas si sûr : investisseurs et marchés sont très court-termistes et ne veulent pas financer des sociétés à perte, sans retour rapide.

L’entêtement stérile peut aussi déboucher sur cette culture de la pugnacité absolue. Une façon de reformuler : « Ca ne marche pas, mais je vais quand même m’accrocher, et finir par plier la réalité ». Certes on y arrive, mais à quel prix ? Et pour soi et son équipe, et pour le secteur qu’on aura pilonné méthodiquement et systématiquement. L’exemple de ce qu’on appelle désormais « l’ubérisation de la société » serait à re-méditer en ce sens…

En revanche, faut-il savoir réussir une première étape et gagner suffisamment d’argent pour construire un premier coussin financier qui permettra d’envisager une période plus longue. C’est le modèle progressif d’un Google, qui a su naître et grandir comme moteur de recherche textuel, puis faire rapidement autre(s) chose(s). Je vous entends déjà, et vous avez raison : oui, tout le monde ne peut pas refaire Google demain. Surtout quand on voit que… Google lui-même se rêve désormais en autre chose.

Le projet Alphabet est en soi parlant, en terme de message subliminal : une start-up qui a réussi longuement, est-elle ainsi vouée (par le marché, la culture geek, la force des choses… etc) à s’auto-détruire pour mieux renaître ? Peut-on durer comme start-up et être reconnu comme une entreprise installée, assise, normale quoi ? Mieux : nos clichés sur le monde de l’entreprise, ne parasitent-ils pas finalement toute perception dans le temps d’une start-up ?

Start-up géniale contre entreprises ringardes ?

Enfin, j’ai percuté sur une des phrases finales du débat : «  »Le CEO de AirBnB : si les gens ont les bons réflexes, pas besoin de process« . Manière de présenter la start-up agile et réactive comme forcément performante face à des « entreprises » pétries de process, carcans et incapables d’agir vite. Une autre manière d’exprimer le contraste entre la culture « Excel/PowerPoint/réunions » des grandes entreprises, et la culture supposée agile et réactive des start-ups.

Pas faux mais incomplet. Il serait plus juste de dire que, selon les contextes et les hommes, une start-up ou une entreprise « classique » peuvent ou non avoir besoin de process à formaliser et monitorer. Après tout, ce peut être aussi que de l’organisation et du bon sens ! Alors que le « bordel » naturel, ou le « baroque » d’une start-up peuvent conduire tout droit dans le mur de la réalité.

L’efficacité me semble venir plutôt de la capacité d’agir selon tel ou tel modèle, sans se mettre des carcans et de pouvoir au besoin en sortir, voire y revenir. Il existe des entreprises brillantes, comme des start-ups sans avenir; et inversement.

Il serait donc globalement plus juste d’évoquer la start-up comme un simple état de développement, plutôt que comme un fin en soi. Une manière de se mettre en tension et en action sur un projet, pour ensuite tout d’abord le valider, puis le développer et l’enrichir.

L’étape suivante ?

Il est symptomatique de noter que si internet est souvent présenté comme mort, on en dit pas autant du modèle start-up. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il porte en lui plusieurs espoirs bien trop grands pour son propre seul destin : résoudre le chômage, sortir de la crise et proposer un avenir concret aux jeunes par exemple.

De mon temps, on avait l’armée comme période transitoire entre fin d’études et entrée en vie active. Ca nous bougeait, ça nous forçait à échafauder des stratégies. Aujourd’hui, les stages à répétition épuisent et ne peuvent seuls étancher tous les individus présents sur le marché. Il faut donc trouver un autre « exotisme » socio-professionnel, une autre dose d’aventure. La start-up fournit ce rêve et parfois (10% des cas donc) fonctionne, transforme l’essai et devient autre chose.

Je terminerai par cette citation de Fabrice Grinda que j’ai retrouvée, et qui résume bien le propos de cette note : «Quoique vous puissiez faire ou rêvez de faire, commencez-le.» Le « just do it » de qui l’on sait.

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