Invité de la radio suisse, sur le psychodrame estival des Guignols

header guignols maj[MaJ 19 août 2015] – Le lundi 27 juillet en soirée, j’étais invité à témoigner à la radio suisse (*) sur l’émission Forum, co-animée par les journalistes Eric Guevara-Frey, Valérie Hauert et Mehmet Gultas. Que donc nos amis helvètes entendent-ils de France et Navarre en ce moment ? La problématique des chiffres du chômage ? La préparation de la conférence sur le climat Cop 21 ? Les difficultés financières des éleveurs ? Que nenni, que nenni. Ils entendent surtout le bruit du psychodrame des Guignols de Canal Plus pardi !

guignols canal laurent dupinLe journaliste qui m’a contacté m’a dit que sa rédaction avait repéré ma note de blog, publiée à l’origine sur « Le Plus » (Nouvel Obs) le 3 juillet. Et qu’elle avait apprécié que je prenne le contre-pied des cris d’orfraie qu’on entendait jusqu’ici pour défendre la survie de l’émission coûte que coûte, jusque dans le camps politique.

Comme si le « concept » (matière première clé de l’audiovisuel) pouvait être éternel… Comme si une marionnette ne pouvait qu’être un Guignol de latex ? Pour rappel, Guignol existe bien depuis le 19ème siècle.

Feuilleton et grand déballage

Il faut dire que le feuilleton est à épisodes, et semble bien concerner désormais toute la stratégie de la chaîne cryptée revue et corrigée par un Vincent Bolloré remonté comme une horloge bretonne. Ses faits et gestes ont rythmée toute l’actu estivale, mieux que ne le font les rumeurs du mercato télé justement, traditionnellement abordé durant ces semaines plagistes et cocotiers. En juillet : « A t-il sifflé la fin de l’investigation ? » questionne Libé… « Comment contrôle t-il le contenu de ses médias » avance Bfm… etc, etc. Puis en août, sur ses options alternatives (Elmaleh ou Foresti), ses modes de communication (un dessin animé, visible ici), etc, etc.

Revenons aux Guignols, début et épicentre de cette crise médiatique inédite. Qui est aussi un grand déballage : des auteurs payés jusqu’à 35.000 euros par mois, une voix historique (Yves Lecoq) qui s’accroche… Sont-ils des victimes à plaindre questionne la sagesse populaire des comptoirs ?

Pour celles et ceux qui m’ont loupé lundi, voici l’audio de l’émission à réécouter en streaming, ci-dessous :

captu player RTS

Je prolonge et enrichit ici les arguments que j’ai développés au micro de la radio suisse :

  • une exception historique : spitting imageles Guignols de l’Info ont enquillé 27 saison de rang, soit près de 30 ans de présence télé. Faire mieux que ça : c’est être Les Chiffres et les Lettres, Thalassa et consorts ! Le Bébête Show de TF1 et ses marionnettes n’avait tenu lui que 13 ans. Et l’anglais Spitting Image (image ci-contre; dont s’était inspiré les Guignols) n’étaient restés eux que 12 ans sur l’écran de nos amis d’Outre Manche… On ne peut pas se renouveler dans un format court durant autant de temps.
  • un humour dépassé : dommage ou pas, les jeunes rigolent désormais à l’humour potache (cf : Kev Adams, leur « comique préféré ») voire neuneu des Youtubers (sauce M. Poulpe par exemple). L’humour politique engagé (à la Bruno Gaccio, héritage des Charlie, Hara-Kiri, etc) a eu son heure de gloire fin 90’s, début des années 2000. Les 15-35 ans d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’il y a… 27 ans. Un truisme, mais qu’il faut redire. Car Canal n’est jusqu’ici pas encore sorti de son syndrome d’auto-célébration perpétuelle d’elle-même. Cet « esprit Canal » qu’on ne cesse d’invoquer à tout bout de champs, même s’il a parfaitement disparu du PAF.
  • satire ou accointance politique : la France n’en aurait-elle plus besoin, de satire sur nos édiles et élites politiques ? Je ne le pense pas, mais ça se manifeste autrement : la dérision quotidienne sur les réseaux sociaux (produit parfois par les politiques eux-mêmes… « à l’insu de leur plein gré »), le pastiche d’actus (ex. du Gorafi). En revanche, que les politiques les regrettent marquent sans doute le fait que les Guignols avaient perdu de leur sel et de leur force de nuisance. Ce qui reste la base « du métier », pour rester dans la course.

Les Guignols reloaded ?

visu blog guignolsEn conclusion temporaire et révisée à fin d’été, je dirai que si « esprit de Canal » il y a encore, et si les Guignols sont censés l’incarner, alors peut-être qu’il faut tout simplement… le faire revivre ailleurs. C’est à dire autrement, et tout redémarrer. Le camarade Seby Rollins sur son blog (qui me titillait sur Facebook) reste finalement assez vague : « Pourquoi ne pas essayer de le redresser ? (…) le passage en clair sur Dailymotion, le renouvellement des auteurs, l’approche des présidentielles pourraient rebooster le programme« .

Mais l’autre camarade Damien Douani dans sa propre note sur Le Plus ne dit rien d’autre : « les réinsérer dans leur époque, les rendre à nouveau subversifs en adoptant l’esprit du XXIe siècle . Peut-être faudrait-il dans un premier temps se rapprocher de ces codes et de nouvelles manières de réagir à l’actu pour aller davantage vers les publics numériques ?« . Ou apprendre à se réinscrire dans l’époque.

Après tout Canal avait bien démarré from scratch en 1984, et de cette innocence frondeuse était né un objet télévisuel unique et jamais copié. En 30 ans, il a vieilli et s’est trop institutionnalisé, trop embourgeoisé. Il est devenu sa propre caricature.

Inventons les Canal de demain. Fabriquons de nouveaux Guignols !

(*) : Pour mémo, quelques autres expertises que j’ai livrées au micro de la radio helvétique, sur les médias et le digital.

 

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