Internaute et blogueur sont morts ? Vive le responsive user !

game offC’est l’été, on a plus le temps de cogiter. Plusieurs contributions récentes nous donnent ainsi à réfléchir sur la survie de l’internet, tel qu’il a été conçu et qu’on l’a connu depuis la fin des années 90.

La première émane d’Emery Doligé, fulgurant comme à son habitude, mais peut être un peu rapide cette fois dans le développement de ses idées. Pour lui qui aime les phrases qui claquent, « L’Internaute est mort ». Plié, finito. Comprendre : parce que la « notion marketing est morte », lié au fait que « le support n’a plus d’intérêt ».

C’est à la fois juste est erroné. Juste car pour y réfléchir un peu, il n’y a pas plus archaïque en effet que taper une ligne d’adresse url dans une barre de navigateur web, pour arriver sur un « écran en ligne » déposé informatiquement quelque part sur un serveur. Une « tuyauterie » qui nous paraîtra un jour -j’en suis certain- ultra old school. De ça oui, la mort en est programmée. Et demain, quand nous accéderons à des univers de données 3D, par contact neuronal ou hologramme, on rira bien de ces années pionnières et de perte de temps. Tiens d’ailleurs j’en ris déjà.

"toute référence au support n'a plus lieu d'être car le support n'a plus d'intérêt"
« toute référence au support n’a plus lieu d’être car le support n’a plus d’intérêt »

sdbmPuisqu’on parle de marketing, ne serait-ce alors qu’une question… de mot plus à la mode à dénicher ? Dès février 2014, Sophie de Bellemanière sur le Point, pointait triomphalement que « Internet est mort, vive Outernet ! » : le web diffusé par petits cubes satellites se baladant via l’espace. Bon, pas très « jojo » à prononcer ce nouveau terme « tech », même si le projet semble continuer son petit bonhomme de chemin pour passer à la vitesse supérieure.

On a aussi tout fait dans le rayon, il faut avouer : « intra », « extra » pour mieux périmétrer un site sur la taille du contenant… sans tenter cependant de donner du « méga » ou du « giganet ». Côté contenu, aurait-on pu parler de « mécanautes » ou d’ « andronaute » : soit des internautes de l’ère robotique que décrit aussi Sophie ? C’est dire qu’un mot n’est pas si simple à changer dans les us et coutumes, quand sa pratique est si massivement et rapidement diffusée.

Le connectaute, comportement généralisé

Revenons à Emery. Erroné est-il aussi car se nommer « internaute » n’implique pas qu’internet ait jamais été un écran ou un support. Je veux dire au même sens que « téléspectateur » est lié à « télévision »; qu' »auditeur » est lié à « radio »; que « lecteur », induit un livre et/ou un journal; gamer, une console… etc, etc. De plus en plus acteur de ses consommations numériques, « l’internaute » au sens « voyageur circulant », laisse sa place à un « écran-naute » ou un « connectaute ». Justement cet adepte du multi-écran, et du multi-canal qui n’a de cesse de se brancher à un flux, d’où qu’il vienne. Rien d’étonnant au fond : puisque par exemple chaque famille dispose maintenant d’une dizaine d’écrans dans une maison. Et que tout le monde trouve cela normal.

Un truisme : l’internaute de 2015 n’est plus en effet celui des débuts pionniers et du tatouillage. La seconde contribution que j’ai listée cette semaine nous aide à mesurer cela. Rue89 s’est intéressé à ce « blogueur sorti de prison« , après 6 années et qui redécouvrant internet tranche : « Ça m’a pratiquement brisé le cœur ». Quoi donc ? Le porno en ligne, la violence verbale, la bêtise en meute ? Non. Le fait que « alimentés en continu par un flux interminable d’informations sélectionnées pour eux par des algorithmes complexes et mystérieux, les internautes vont de moins en moins directement sur des pages qu’ils choisissent délibérément de consulter. […] Vous n’avez même plus besoin de navigateur ».

Paresse et massification

glad miniLe mot est lâché et est porteur de sens : on navigue moins, on zappe de pages en pages présentées en rouleaux compresseurs dans nos réseaux sociaux. Sans suit une moindre curiosité, une paresse que le journaliste Vincent Glad résume for bien dans son billet paru sur Libération sur le sujet. Pour lui et avec son ironie coutumière « la massification du web à volé notre paradis perdu »… même si c’est un paradis qu’il ne regrette visiblement pas dans son cas.

J’y ajoute une certaine propension au multi-usage frénétique : par exemple j’écris cette note en ce moment, tout en ayant l’écran de télé allumé (son coupé) devant et tout en écoutant en parallèle une vidéo sur Youtube (!) Je suis fou pensez-vous ? Non, car j’ai toujours fonctionné ainsi, même gamin. Attention cependant : tout le monde n’a pas ce niveau de dilettantisme débridé, tout en sachant le maîtriser pour en faire quelque chose de créatif. Mais c’est ainsi, et nous ne reviendrons pas en arrière.

En fait, plus simplement les concepts multimédias et multi-devices qu’on nous vend depuis plus de 10 ans, ont fait leur chemin dans nos têtes, nos pratiques et sous nos doigts. Si quelque chose est bien mort en 2015, c’est le contenu monolithique conçu dans un jus unique et une livraison étapée. Et là, je rejoins mieux Emery, qui dit la même chose : « toute référence au support n’a plus lieu d’être car le support n’a plus d’intérêt ». Désormais on veut tout, tout le temps et à la seconde. Et on veut aussi une sorte « d’expérience user », comparable à l’expérience client tant revendiquée par les entreprises commerciales « dans le coup ».

De fait, il ne suffit plus en effet d’être journaliste sur un support, blogueur sur un blog, réseauteur sur un réseau… il faut être tout cela à la fois et bien plus encore. Il faut être responsive user. Nos pensées éphémères et paroles relatives doivent en permanence s’adapter à l’hypertrophie exponentielle du terrain de jeu médiatique. Et contrairement à ce que pensent les Cassandre de la fin des temps médiatiques, je vous parie qu’on tiendra très bien la charge et qu’on s’y adaptera avec zèle.

En complément : relire les notes sur la techno-intox, la dérive du journalisme mobile.

 

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