La librairie d’Odessa et ses belles revues

photo libraire parisLa rue Odessa, près Montparnasse. Une petite librairie, sise au numéro 20, éponyme de cet axe urbain. La blogueuse Cygne Distinctif m’y a convié la semaine dernière. Je lui fais grande confiance : en matière artistique, elle a du flair et du style. Mais ça démarre mal pourtant : la seule entrée des lieux est une porte en verre, derrière laquelle est collé un dos assis sur une chaise. L’intérieur a l’air aussi grand qu’une chambre de poète sous les toits de Paris fin 19ème, et je n’ose pas de prime abord demander aide.

Ouf. Un monsieur semble évoluer dans le couloir voisin de l’immeuble, qui jouxte la boutique. Je me dis que ce couloir doit avoir une porte communicante dedans. Comme il sort, je tente. Et je me rate. « Ah non, ce couloir n’a pas de communication avec la librairie. Il faut rentrer par devant ». Bim.

Je m’y résigne : à déranger le gars au dos contre la vitre. Il se redresse enfin, après m’avoir vu tapoter un moment. Comme s’il ne saisissait pas le message. Il entrouvre enfin la porte : « vous êtes inscrit ? » (l’air de dire : pas de place pour les intrus ici). Eh oui, je suis inscrit.

Quelques secondes de suade plus tard, j’arrive enfin à côté de mon hôte, qui a une chaise vide à côté d’elle. J’apprendrai plus tard que ça n’a pas été une sinécure à obtenir, cette chaise vide… Qu’il lui a fallu défendre cette portion de territoire futile, entre rayons de bouquins et autres convives.

Je débarque en plein dans la présentation –un peu formelle- du dernier numéro de la revue « Portrait », section par section, sujet par sujet. L’éditrice -Rachèle Bevilacqua- et un auteur font le déroulé et explique la pertinence des sujets traités et des illustrations. Je feuillette en même temps la revue : papier épais, encre odorant, design très graphique. On sent le produit de presse pour se faire plaisir, pour communiquer du savoir et de l’intelligence. C’est lettré, raffiné, stylé.

Questionné le modèle

Un peu plus tard, les questions de l’audience se feront plus précises quand même : « quel est votre business model ? », ou « et vous en vivez ? ». Ce qui vient souvent de : 1) journalistes en plein reportage; 2) journalistes en plein recyclage professionnel. Moi-même, j’ose un très hors propos : « comment utilisez-vous vos réseaux sociaux ? ». Les réponses ne seront pas très précises, elles. Non pas que l’éditrice ne souhaite pas répondre. Mais peut-être n’y a-t-il tout simplement pas de réponse claire. Les réseaux sont une excroissance convenue, pas un projet en soi. Beaucoup de médias le voient ainsi, même en 2015.

revue schnockUn peu plus tard durant la soirée, la libraire montre à l’auditoire sur le côté, le rayon accueillant les dites revues : petit, en reconfiguration permanente, calé en haut là à droite… Un bon résumé et une symbolique de ce créneau de presse haut de gamme et finalement étroit ? Il n’y a en effet pas de place pour 36 supports. A la question posée à l’assemblée : « Et vous lisez des revues ?« , je répondrai un très franc : « Oui, Schnock« . Pas d’autres réponses alentour…

Bizarrement, ça n’a pas suscité plus de réactions que cela. Alors qu’en effet, je vois chez Schnock un paradoxe assez séduisant : être une revue belle et haut de gamme en tous points apparents; mais revendiquer aussi un foutoir de ton et de style, une légèreté du sujet (avant) quand on lit les pages intérieures et les trames rédactionnelles.

C’est peut être cela qui manque aux revues de presse, en général : ne pas se prendre au sérieux et se placer dans l’auto-dérision.

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