Radio-France : ses couloirs, ses placards, ses incohérences

header m gallet radio franceIl va bon ton de sonner la charge actuellement contre Mathieu Gallet. Trop jeune, trop beau, trop bien habillé… trop tout quoi, ce « P-DG » de Radio-France comme le titre sa fonction. Et c’est vrai que c’est un bon client apparent pour ce type de dénigrement. Je voudrais cependant apporter un contre-point à cette affaire du bureau dispendieux, ne pas céder à l’hallali sur une personne. Et livrer donc ici mes propres impressions (naïves certes) au contact de la maison Radio-France, en divers moments.

pic radio franceVers 2004-2005 tout d’abord, j’en ai eu un premier contact en profondeur, grâce à un ami qui y travaillait à l’époque. Je cherchais du « taff », et il m’avait donné accès à divers « lieu de décision » pour y glisser mon CV l’air de rien. Dont le fameux « couloir de la direction ». Déjà à l’époque, je me souviens d’avoir eu la sensation claire, de « changer d’univers » en arrivant dans ce couloir. Je ne saurai me souvenir des détails, mais déco, mobilier et ambiance sentaient vraiment… le chic, le cossu, le pognon. Avec un peu l’impression pour le visiteur égaré qu’en ces lieux, on ne vivait pas au même régime que le reste, et qu’on ne s’oubliait pas niveau budget bureaux.

Zap temporel. Quelques années plus tôt, j’avais eu la même impression lors… de mon service militaire au Ministère de la Défense ! Là aussi face à un « couloir » de pouvoir, celui de l’E-M (Etat major) de l’Armée de Terre. Qui tranchait de par sa déco bien plus classe, et sa moquette bien plus épaisse qu’ailleurs dans tout le bâtiment. C’est qu’un général 5 étoiles a ses p’tites faiblesses, ma bonne dame.

C’est peut être un truc très français çà d’ailleurs : faire dans le couloir impressionnant, classieux, pompeux… pour terrasser d’emblée son visiteur.

Derrière les portes… les placards

Les couloirs encore, c’était aussi cette impression (confirmée par mon ami) que pas mal de portes en ces lieux donnaient sur des bureaux, services ou même parfois personnes un peu oubliés là, sans réel contrôle… Presque une sorte de Radio-France fantôme, parallèle à celle des radios et équipes en service actif, vivant sa vie comme si de rien n’était. Même impression lors d’un reportage que j’avais effectué à Bercy (encore un ministère !) vers 2002-2003, où je m’étais perdu dans des couloirs sans fin ni âme, où s’alignaient à l’infini les « portes de bureaux » avec petites plaques et titres à rallonge… A la Défense, c’était le « couloir des colonels » : on m’avait expliqué qu’on les mettait là, avec un bureau et une secrétaire, parce qu’on ne savait pas trop quoi en faire. Une sorte de structure de parking, de cadre matériel poussant à la « placardisation », sans trop avoir à forcer.

En 2009 enfin, autre contact en donnant à Radio-France des formations web (pour l’ESJ), à des groupes de salariés de la station, tous métiers confondus. Le cour se tenait dans une grande salle dans un bâtiment annexe. Je me souviens d’un détail : l’un des participants, lors d’une pause, était allé faire « joujou » au fond de la salle avec des matériels sonos laissés là, par hasard, presque oubliés. Ca ne leur semblait pas une hérésie, ni un cas isolé… « plein de choses traînent ici derrière les portes », m’avaient-ils dit.

Signe d’une société dysfonctionnelle

pic galletJe ne sais si tous ces dysfonctionnements ont perduré par la suite, si on les a réglés, ni si d’autres « visiteurs » comme moi s’en sont ému au-delà de la première impression. Mais je sais que ça semble un peu too much et injuste de faire payer cela à M. Gallet seul en 2015… Certes, il ne semble pas avoir eu la main légère sur son fonctionnement, comme le rappellent Le FigaroLe Point, RTL, etc. Mais il est le produit d’une société, d’une époque et sans doute pas le pire. Et quand il montrait son bureau à l’INA en mai 2014 au moment de le quitter (ci-dessous), on ne peut pas dire qu’il était très… ostentatoire. C’est déjà ça.

Après tout, si on veut passer à une économie plus raisonnable en 2015 (il serait temps), alors il faut tous s’y mettre, chacun à notre niveau. Nul doute qu’on ait alors là de vastes champs d’optimisation. Mais plus que çà : l’enjeu de la crédibilité d’un système qui ne peut s’apparenter durablement à une « vie parisienne » dans les lieux de décision, au-dessus de toutes contingences, coupée du monde réel et finalement très Ancien Régime.

Enfin, une suggestion pratique : si on s’y perd un peu dans la gestion des couloirs, des bureaux, des portes… faisons donc des bâtiments plus simples et à taille plus humaine ! Qu’on parviendra ainsi à mieux gérer, et les gens dedans avec.

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6 réflexions sur “Radio-France : ses couloirs, ses placards, ses incohérences

  1. Pour avoir été de la maison de 1994 à 2000 en tant que producteur à France Musique, je connais plutôt bien les rouages de la Maison ronde que, de mon temps

  2. Pour avoir été de la maison de 1994 à 2000 en tant que producteur à France Musique, je connais plutôt bien les rouages de la Maison ronde qui, de mon temps, avait été baptisée l ‘ »hôpital de jour » ; c’est dire la réputation de cette vieille dame, déjà bien malade et dont les symptômes – les corporatismes syndicaux, la gabegie financière, notamment – risquaient déjà de la faire passer de vie à trépas. Ne vous y trompez pas : la poignée d’énergumènes qui a paralysé les antennes pendant plus de trois semaines ont eu beau jeu d’afficher comme étendard la défense du service public ; au vrai, il s’agit, vous l’aurez compris, de défendre bec et ongles leur job, et c’est bien légitime.
    Tout comme Laurent Dupin, que je salue au passage, je fais partie des rares à observer une certaine bienveillance à l’égard de l’actuel PDG. Les tutelles lui demandent de faire aussi bien avec moins de moyens pécuniaires : d’un côté, une dotation amputée ; de l’autre, des frais de fonctionnement qui augmentent. Des choix budgétaires doivent être faits ; et une nouvelle stratégie, dessinée. Comment serait-il possible de reprocher à un chef d’entreprise, ce qu’il est et ce que les syndicats font mine d’oublier, de tenter de trouver des solutions pérennes ?

    1. Hello Stéphane, et mon salut en retour. Je ne te connaissais pas cette période producteur en radio musical 😉 Forcément de goût. Pour le sujet de fond, oui je trouve excessif qu’il serve de fusible global pour toute une politique de restructuration. S’il a eu des écarts de comportement, le mode de gouvernance régulier de RF devrait permettre de les corriger, sans aller jusqu’à cette crise.
      Attention : ça n’enlève en rien ce que je pense de ce type de manager des grands médias et entreprises, qui s’envisagent invariablement en bureau 1st class, costards Gucci et oeuvres d’art de partout. Un peu de modestie et de ré-atterrissage sur terre ferait du bien ici. Mais je ne crois pas que ce soit le vrai débat. C’est une étiquette un peu facile qu’on lui colle. A t-on oublié les tresses qu’on lui faisait à son arrivée ? (sur son jeunisme, son charisme, etc.)

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