Vis ma vie… d’assesseur aux départementales 2015

Bien sûr, j’ai déjà connu et couvert comme journaliste en presse locale, le contexte des élections. J’en ai suivi un bon paquet, et notamment des soirées électorales en Préfecture (bas-normande, à Caen) pour le compte des journaux Hersant. Mais je n’avais pas encore vécu « l’envers du décor », soit le rôle d’assesseur de bureau de vote.

Ce fut le cas le week-end dernier, dans ma bonne commune (Ruaudin, 72) qui avait besoin d’un petit coup de main pour boucler les équipes supervisant les trois bureaux de vote aux départementales. Je précise de suite pour clarté nécessaire : je ne suis ni adjoint, ni conseiller dans l’équipe municipale actuelle; j’ai accepté ceci à titre purement « citoyen » et gracieux. Et pour être tout à fait complet, durant ce dimanche après-midi 22 mars, on m’a offert deux cafés et un pain au chocolat : ils n’étaient pas de trop !

Expérience intéressante cela dit (même si elle m’a empêché de m’occuper de ma petite famille dans le laps), pour vérifier quelques observations justement faites durant mes années de journalisme. Où en est-on en 2015, dans ce grand exercice démocratique et participatif ?

Position tenue, de 13h à 18h dimanche dernier, à Ruaudin.
Position tenue, de 13h à 18h dimanche dernier, à Ruaudin (72).

Mes quelques observations :

1/ la question des papiers (d’identité)

C’est en effet un sujet à part entière, et le premier qui m’ait frappé. Mes concitoyens votants ont en effet depuis l’an dernier à se munir et de leur carte électorale et d’un papier d’identité complémentaire. A défaut, seul ce dernier peut être utilisé en solo pour voter (car muni d’une photographie de vous). Inutile de dire que beaucoup se heurtaient de la chose et l’exprimaient nettement à nous autres, les assesseurs, comme représentants de la Chose Publique !

Pas grave, mais bon. La jeune femme que nous avons reçue sur sa remarque raide de « tiens voilà le livret de famille et vous vous débrouillez avec ça » pour attester de son nom, pourrait quand même se détendre un chouia pour la prochaine fois… Pas notre faute quoi. Passons. Le plus touchant, ce sont les « anciens », les retraités de Ruaudin, qui n’ont parfois rien de ce qu’il faut, mais affichent leur bonne foi vexée et leur stupeur digne : « mais comment, on vit ici depuis plus de 50 ans, tout le monde nous connait ! ». Hé oui, c’est béta. Mais les habitants et équipes municipales se renouvellent aussi et comptent des jeunes (heureusement), parfois installés que depuis quelques années… Le rappel n’est donc pas inutile.

2/ l’e-élection 2.0… aux oubliettes

comptage urnesMon autre surprise, c’est l’angle que j’avais justement couvert pour les présidentielles 2007 sur ZDNet. A savoir l’informatique électorale et les outils technos, pour aider tant au déroulé du vote qu’au comptage. Hé bien en 2015, vous oubliez ! Les bulletins papiers sont encore le seul support (petits tas à refaire régulièrement sur les tables svp). Et le comptage se fait lui… à la mano. Ce dès d’ailleurs nos « vérifs » régulières faites dans la journée, dès que nous avions un petit moment, pour être à jour à l’heure H du nombre de votants signataires du registre. Ca ne sert pas à grand chose, si ce n’est de calculer en « temps réel » (mais sans big data ni serveurs), le taux de participation de notre bureau.

Le comptage final lui se fait aussi « a mano » : par petits tas d’enveloppes de 10, qui réunis deviennent de grandes enveloppes de 100. Chaque enveloppe fait l’objet d’un comptage avec un « ouvreur », un « diseur », deux compteurs principaux (qui écrivent des barres dans un tableau format A5) et un dernier pour la gestion des nuls. Le tout sera passablement signé et contre-signé de toute l’équipe des bureaux de vote, dont les assesseurs.

3/ les réseaux sociaux… lointains

Ce jour-là, je n’étais pas le seul à disposer d’un smartphone dans le bureau n°3 de Ruaudin. Mais j’étais en revanche seul à y regarder régulièrement le flux d’infos sur Twitter, au fil du hashtag #départementales2015. Ce qui m’a permis de rapidement en montrer l’usage à mes camarades d’un jour, pour se comparer au taux de participation national; pour y puiser aussi les premières estimations; et y lire enfin les premiers articles d’analyse des médias et experts. Pas inutile, mais pas encore passé dans les moeurs électorales donc, du moins dans un bureau péri-urbain.

De fait les opérations du journal Le Monde (un tag, un résultat) et les quelques messages de Twitter France semblaient bien dérisoires à côté de cette… « marche classique du vote français ». Connaîtrons-nous un jour des votes à distance, via les réseaux sociaux et/ou des applications mobiles ? Quelque chose de voisin, finalement, à ce qu’a déjà expérimenté une émission télé comme RisingStar ? Je ne le pense pas de mon vivant, mais mes garçons peut être.

4/ les connaissances locales

Drôle aussi, de revoir toutes celles et tous ceux qu’on connait dans sa commune. D’abord ceux qui ne vous reconnaissent pas sincèrement (trop concentrés ou ailleurs), puis ceux qui font mine de ne pas vous reconnaître (la raison à ses raisons que… etc.) , enfin ceux qui hésitent à… vous claquer la bise ! « Je peux ? ». Et pardi que tu peux, on est pas encore passé aux robots assesseurs (voir point 2).

L’autre perspective est marrante aussi cela dit, quand on fait effort de reconnaître les gens qui défilent devant soi. « Mais où l’ai-je déjà vu lui ? Pas à Ruaudin il me semble… Et elle, on dirait bien… ? ». On garde bien sûr tout ceci silencieux, sauf entre… assesseurs, et entre deux votants, histoire de se dérider un peu.

5/ la mécanique d’accueil

On rêverait d’un moment démocratique puissant et enlevé, mais en fait on rode juste… sa capacité à tenir une action répétitive et gérer une file d’attente. Avoir des gestes rapides et précis, répéter 100 fois la même chose, bien dire « bonjour » et « au revoir »… etc, etc. C’est ça le job d’assesseur. Et selon les rôles, deux positions : celui/celle debout qui tient l’urne, appuie sur le bouton ouvrant sa fente et finit d’un très républicain « a voté »; puis celui/celle assis à côté, qui cherche le nom ou le n° de carte dans le registre, puis place la petite règle plastique avec un trou carré, bien sur la case à parapher. Le tout doit s’enchaîner harmonieusement, mais bon ça se mélange souvent selon le nombre de votants et leur discipline. On s’adapte !

Rien de bien bouleversant, si ce n’est cette « ambiance » particulière de jour d’élection qui prend surtout corps en fin de journée, quand l’on procède au comptage des bulletins, avec les futurs élus/recalés passant de ci de là et faisant leurs petits décomptes personnels sur carnet (tous avec des méthodes statistiques sorties de derrière les fagots), les éventuels journalistes, etc. Perso, on a surtout vécu cela lors des dernières municipales ruaudinoises, avec un réel enjeu d’alternance; en ce mois de mars 2015, c’était bien plus calme…

Au finish, j’ai apprécié ce moment de civisme et cette façon de voir autrement les habitants de Ruaudin où je vis depuis 2007 avec ma famille. Merci à ceux qui m’ont formé à cette mission, pour la bien mener. Bien sûr, il y a aussi l’enjeu politique du moment et du lieu, que je ne commenterai pas ici. Notre bureau n°3 a fini tout à fait dans la tendance nationale pour l’abstention, et aussi pour le vote départemental sur ce secteur (Ecommoy).

C’est un autre rappel de leçon de notre belle Démocratie et de la République : quelque soit les idées des uns et des autres, cela prend corps sur une table d’école ou de bibliothèque, derrière des rideaux aux couleurs incertaines d’isoloir, et se joue dans le respect des uns et des autres.

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