L’après 11 janvier : pourquoi pas une « Journée des Cultes de France » ?

religious booksAprès la peur, la peine, la colère, l’émotion et l’unité nationale, voici venu le temps de la réflexion et de l’action. J’ai vraiment réfléchi, comme nous tous, à ce qui cloche dans notre pays, la France. Pour avoir pu conduire à de tels événements dramatiques, pour que des questions de religion aient pu à ce point nous diviser.

Je revois aussi le fulgurant Christophe Alévêque, s’énerver au Grand Journal de Canal Plus cette fin de semaine, de voir les représentants des cultes de France venir devant la caméra, main dans la main, après les drames survenus… Manière de dire : « ils nous la jouent grande entente mais bon hein ». Mais le bizarre n’est-il pas plutôt de… ne pas les voir plus souvent faire cela ? Et au-delà d’eux, les gestionnaires et croyants de chaque religion au quotidien, dans nos villes et villages ?

mosque mohammed ali caireEn en parlant avec mes proches, m’est venu alors une évidence : hormis une visite (touristique) de la Grande Mosquée de Paris il y a 3/4 ans, puis il y a près de 15 ans une visite de la mosquée Mohammed Ali du Caire (photo ci-contre), je n’ai jamais été, en plus de 40 ans de vie, dans des mosquées, des synagogues, des temples autres que ceux de ma religion d’origine (catholique). Je veux dire par là : je n’ai jamais pu y entrer, y accéder aisément, comme un citoyen lambda. Et compte tenu du contexte et de mon éducation, je n’en ai même jamais eu l’idée.

Terrain compliqué…

A propos de contexte. Je sais qu’avancer une telle idée n’est pas simple, qu’elle va heurter les « esprits libres ». Qu’ils se calment. Je sais aussi que notre pays vit sous le régime de la Séparation des Eglises et de l’Etat, qui date de 1905 et que ce compartimentage sociétal est justifié. En 2013, cela avait par exemple abouti à une polémique vive, autour d’un projet de Conseil du Cultes et Journée des Spiritualités à Argenteuil. Mais ça, c’était avant janvier 2015…

Je serai clair : on peut être laïque, républicain, démocrate (ce que je suis) mais quand même curieux des différents cultes existants en France. Pourquoi faudrait-il se l’interdire ? Ne serait-ce même que pour en connaître les terminologies, organisations, spécificités, sujets, etc. On parle de confusion entre les mots « islam », « islamique », « islamiste », « musulman »… ? Mais a t-on appris suffisamment ce qu’ils définissent chacun ? A t-on pris le temps de s’y intéresser vraiment ?

Combien d’enseignants n’ai-je entendu se plaindre du fait que leurs élèves, de tous âges, n’ont plus de connaissances des sujets religieux : au sens de l’Histoire, de la Sociologie, de l’Economie même, etc. Que du rationnel ici, pas de besoin de bondieuseries ni de croyances stériles.

Expériences… frustrées

synagogue casablancaJe remonte plus loin dans ma mémoire. Petit je revois la synagogue de la rue Deloye, à Nice (06) : je la croisais tout le temps ou presque, car mon père travaillait à la Société Générale voisine, et passait par cette rue où se situait « l’entrée des artistes ». Je me souviens que, tout petit, j’avais souvent été curieux d’aller voir de plus près ce si bel édifice, où je voyais tant de gens aller. Je me disais : « ça doit être chaleureux là-dedans ». Mais pour mes parents « il fallait pas », « ça ne se fait pas », « ils sont entre eux »… et autres réponses à courte vue fut tout ce que je reçus alors. Circulez, y’a rien à voir, point.

Autre expérience plus récente : la mosquée du Mans située dans le quartier de Pontlieue. Quand vous passez devant, derrière ses hauts murs extérieurs et portes hermétiques, dans une petite rue sans attrait, vous n’avez vraiment pas l’impression de voir là une mosquée… Ce que je ressens y est carcéral sinon totalement coupé de l’extérieur. Ce n’est pas normal. Ma femme, enseignante, a voulu y emmener ses élèves dans le cadre de cours d’Education civique : ça n’a pas été simple… Je sais qu’il existe un projet de nouvelle mosquée au Mans : peut être serait-il bon d’y intégrer sa plus grande ouverture, ne serait-ce qu’architecturale.

Je ne suis pas sectaire et plutôt curieux : j’aimerais, j’adorerais découvrir ne serait-ce qu’artistiquement et culturellement tous ces lieux confessionnels. J’aimerais échanger avec des religieux d’autres cultes que le mien d’appartenance, et aussi avec des croyants et des non croyants. Pourquoi cela ne se fait-il pas plus souvent, plus aisément ? Pourquoi ne cherche t-on pas plutôt nos points communs, que nos différences ?

Une journée de découverte

Ma première proposition sera donc simple : favoriser la création d’une « Journée des Cultes de France ». Pas au sens d’une opération de com’ pour que les confessions recrutent; mais plutôt une journée de découverte, de compréhension et de respect mutuel. Après tout, nous avons bien les Journées du Patrimoine : peut être serait-il temps de considérer les religions au sens large, comme un patrimoine, ou en tout cas un « équipement » de nos consciences. Certains l’emportent, d’autres pas, selon leur choix légitime.

Ce ne serait pas bien sûr l’Etat qui devrait en prendre la charge (vu le cadre juridique), mais il existe assez d’institutions et relais pour le faire : quelques éléments officiels à lire avant d’y réfléchir plus avant, sachant qu’il existe depuis 2010 en France la CRCF (Conférence des Responsables de Culte en France), pouvant être juste la coquille, le vecteur capable de porter un tel rendez-vous.

najat vbJe sais que la ministre Najat Valleau-Belkacem réunit le monde éducatif ce jour, autour des « valeurs républicaines »… Cette journée pourrait-elle prendre cadre dans les écoles, collèges et lycées ? Je pose la question sans a priori, de manière exploratoire. Une choses est sûre : les cadres, textes et structures mentales d’hier, ne sont plus assez adaptés au monde d’aujourd’hui.

Envisager un programme

Le programme serait à préciser, mais voici ce que l’on pourrait y proposer, au sein d’une journée entière :

  • la visite libre des lieux de cultes de toutes les religions, au format portes-ouvertes : églises, synagogues, mosquées, temples, etc; à chaque fois, un guide pour accueillir et donner les éléments clés d’explication;
  • une grande conférence publique (relayée dans chaque ville) mêlant toutes les religions, des penseurs laïques, philosophes, théologiens, etc; chaque année, un thème majeur serait défini comme base d’échanges;
  • une fête au soir, au format de banquets ou réunions de quartier avec musiques, danses, lectures, visionnages… bref tout ce qui fait la richesse culturelle des religions, au-delà de leur discours; les associations pourraient s’en emparer et proposer leurs propres programmes;
  • l’association de tous les médias et réseaux sociaux concernés et cultuels, afin de relayer l’événement, de le prolonger.
  • la création d’un site web et réseau social propre, afin de mutualiser documentations, savoirs et surtout échanges actuels.

Vous allez me dire : « tu t’es pas cassé la tête, c’est neuneu comme idée ». Ok, mais on commence souvent par des choses simples. Réfléchissez aussi à votre tour : quelle est la dernière fois où vous avez pu, aisément, facilement, rentrer dans un lieu de culte autre que celui de votre religion, ou même si vous êtes athée ? Ne serait-ce pas intéressant, juste comme éléments de culture, à acquérir ou transmettre à nos enfants ? Leur apprendre à pouvoir se parler entre eux, quelque soit leur religion ou non-religion, quelque soit leurs idées ?

Une journée dans l’année, ce serait beaucoup pour éviter les non-dits, la défiance et les futurs bains de sang ?

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