Frenchtouch, la relève des 150 : six pistes pour… hacker la relève

header lareleve v2Je suis ravi de participer à l’exercice de style lancé par Les Echos (*), « La Relève », que je vois comme une grande feuille blanche, ou plutôt un dispositif d’emblée ouvert. Poser la question de la relève de la « Frenchtouch » est un réflexe sain, pour contrer le « french bashing » et la déprime ambiante minant notre pays. Mais ce n’est pas non plus une posologie assurée.

Mes 20 ans de parcours sur le secteur internet -d’abord dans les médias, ensuite comme consultant/entrepreneur- sont une chose certes. Mais ce n’est pas l’essentiel. Ils me donnent juste l’avantage d’une (petite) vision transverse. Voici quelques points de bon sens, donnés en « bon père de famille », pour aider, pour nous aider tous, à avancer et dégager l’horizon de nos gamins. On ne pourra plus faire l’économie d’un « audit » de ces sujets et de savoir se réformer régulièrement. Pas avec avec un plan quinquennal ou des remaniements ministériels.

En revanche, fort de l’adage « les conseilleurs ne sont pas les payeurs », je vais rester volontairement pragmatique en proposant des solutions et/ou outils concrets, éprouvés par mon expérience terrain. Je n’invente rien là, c’est même du basique, et je suis certain que nous avons ces idées en chacun de nous. Mais la facilité, le manque de temps et d’audace nous conduisent souvent à les taire, « pour ne pas déranger ». Changeons cela, c’est le point de départ.

Premier jet, sur les « conditions générales », hors secteur numérique sur lequel je reviendrai un peu plus tard dans la journée, en apprenant justement des illustres 150 mobilisés à la rédaction des Echos.

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  1. reposer la cartographie : réflexe d’ex journaliste de presse locale, un travail de compréhension commence avant tout par une carto des moyens en présence, du territoire en jeu. Vous savez vous, quels sont les atouts de telle région, de telle ville, de tel bassin ? Vous savez quoi conseiller à un étranger qui viendrait en France, sur tel ou tel thème business ? Non. Le bad buzz né du projet de réformer les régions, a eu le mérite de nous remettre le nez sur des cartes de France « alternatives ». L’Etat, les acteurs économiques devraient reposer cette cartographie dynamique de nos atouts, simple et accessible. Un site infographique (les technologies opensource pour les produire ne manque pas) et mis à jour en temps réel aiderait. Il devrait même servir de base d’enseignement dans l’Education nationale, plutôt que les manuels imprimés caduques dès le fil de départ.
  2. simplifier les structures : organismes consulaires, fédérations, syndicats, agences étatiques, clubs, réseaux, mafias… nous croulons sous les structures qui se superposent, qui finissent par anesthésier les forces vives. Pourquoi ? Parce que l’on passe plus de temps à tenter de les pénétrer, les comprendre et les marier, plutôt qu’à utiliser les outils clés. Conseil simple qui devrait faire l’objet d’un mini guide à usage des porteurs de projet : si je ne comprends pas le dispositif que m’explique mon interlocuteur, c’est qu’il est inadapté et doit être vite réformé. Une « cellule d’urgence » devrait être dédié à ce travail et mobilisable : nos effectifs ministériels doivent forcément avoir des spécialistes utilisables. Une brigade de « simplificateurs »😉 pour aller au-delà des intentions du gouvernement.
  3. replugger le pays sur l’Europe : de mes études de géographie, j’ai retenu que la France a une position géographique unique en Europe, de par son ouverture. On ne le sent plus trop en matière d’excellence. Notre territoire devrait être à nouveau « branché » sur ces prolongements naturels, ses relations de voisinage. Je pense notamment aux ex zones frontalières qui sont aujourd’hui des régions fantômes à l’abandon, des sortes de passage poreux sans consistance. Vous en doutez ? Visitez par exemple le passage de Menton à l’Italie (ma région de naissance), ou du nord à la Belgique, et vous comprendrez. Chacune des régions concernées devraient être organisées en mode offensif (et non pas passoire molle) pour tirer profit des axes de connexions avec nos voisins. Méthodo : mettre en place au moins un dispositif clé par régions, un développement orienté sur un secteur d’activité précis et y concentrer tous les moyens dessus. Et puis quand un européen entre en France, s’il n’y a plus de frontière, plus de douaniers fixes, il faut faire en sorte que nos abords soient de bonne tenue : n’arrangez-vous pas votre pas de porte de maison, ou la vitrine de votre commerce ? Un pays doit fonctionner de la même manière.
  4. associer les générations : seniors, génération Y, quadras… la France souffre de sa compartimentation socio-professionnelle qui exclue plutôt qu’elle ne lie. Ajoutez-y le poids des hiérarchies, des notabilités en région, des discriminations… et vous obtenez un puissant système verrouillé, serré, inamovible. Chaque catégorie se vit en citadelle et cherche par tous les moyens à asseoir son pouvoir et sa reproduction sociale. Méthodo corrective : ne pas légiférer mais promouvoir la création d’équipes, projets, idées liant au minimum 3 générations dans l’équipe de direction et de production. Cela devrait même être un réflexe ! « Si t’as pas ton quinqua, t’as rien compris », ou « Si t’as pas ton trentenaire, passe ton chemin ». L’enfermement générationnel et social nous conduit à une société de castes stérile et à des solutions sclérosées, à courte vue. N’avez-vous jamais, petit, appris de vos grands-parents ? Un jeune ne vous a t-il jamais apporté l’électrisation du sang neuf ? Un pays doit fonctionner de la même manière.
  5. pratiquer l’autodérision : on voit bien que le « french bashing » est un sujet, car s’il est une chose qu’on manie mal en France, c’est l’humour ! Poids de la culture classique, des institutions artistiques… tout contribue à « aristocratiser » la société. Comment installer l’humour en tant qu’outil pratique et maîtrisé ? Tout simplement en… l’enseignant, dès l’école et en formant ensuite les professionnels à le manipuler. Prise de distance, autodérision, esprit d’à propos, dédramatisation… sont autant de ressorts de management aussi utiles qu’un bilan comptable ou une présentation en slides. Vous en doutez ? Voyez combien d’équipes et entreprises souffrent des maux strictement inverses : ambiances « pourries », burn-out à répétition, etc. Tout cela parce que l’on se prend souvent trop au sérieux, on « dramatise » à souhait simplement ce que l’on ne comprend pas et pour asseoir un pouvoir. Je rêve d’une « french attitude » qui soit entre l’humour britannique stylé et l’aisance pragmatique américaine. Quittons la suffisance de l’Esprit Français Supérieur. Il broute tout le monde… et ce de longue date. Vous aimez le dimanche à la maison le tonton ou la mamie raide qui remet tout le monde à sa place sur l’air de « avant on faisait mieux que vous » ? Non. Un pays doit fonctionner de la même manière.
  6. arrêter de se penser en élite centralisée : je le garde en dernier point et en pied de nez assumé au dispositif des Echos justement, qui ne m’en voudront pas j’en suis certain. Dire : « la France c’est 150 personnes » est un travail d’épure intéressant certes mais en même temps une formidable… ânerie. C’est une insulte aux milliers de gens qui se battent chaque jour en France, loin des centres de décisions majeurs et notamment pas dans l’hyper-dévorante Paris. L’élitisme conduit -notamment en période de crise socio économique- à l’ultra hiérarchisation et à l’enfermement inégalitaire. Quelques-uns pèsent sur les destinées de la masse, et se pensent forcément indispensables car aux meilleures places. Piste de solution ? Ouvrir systématiquement les comités de direction, centres de décisions, organismes de pilotage, médias nationaux, projets en vue… à des profils hors du sérail et des grandes écoles, venant uniquement du terrain ou ayant fait montre de leur valeur.

(*) je l’avoue c’est ici un hijacking, un hack pur; mais j’adopte ainsi les… critères de l’excellence à la française : réactivité, souplesse et entregent.

[à suivre, un focus sur la question numérique]

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