Itw en quotidien régional : auto debrief et observations

écrans maine librePetit « rewind » personnel, sur les dernières semaines, qui ont filé bien vite. Quelques temps avant de participer au Forum Bee Numérique où je tenais une conférence, j’ai eu la chance d’être interviewé par le quotidien régional « Le Maine Libre ». Plus spécifiquement par J-F Baron, chef de rédaction du Mans dans ce titre de PQR. Thème du papier : les réseaux sociaux, l’entreprise et l’industrie. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive : par exemple en février dernier pour Nice-Matin, ou encore en 2012 pour LesInrocks (pas une itw mais un mini portrait).

Mais c’est toujours un exercice drôle et signifiant, pour un ancien journaliste, que de répondre à une interview. Ce parce que l’on s’est tant de fois plié à l’exercice comme interviewer qu’on en connait les moindres ficelles, les moindres limites. Tant de fois habitué aussi à s’effacer au profit de l’interviewé qu’on en est presque gêné d’être un jour… le sujet, ou l’expert ciblé. Certains disent (je m’en souviens à mes débuts) que c’est ça qui compte : être de ce côté de la barrière, ce qui voudrait dire qu’on « fait vraiment des choses ». Par opposition au journaliste, condamné à seulement les commenter. Perso, je trouve cette vision trop manichéenne : journaliste localier en PHR, j’ai eu de temps à autres l’impression de faire des choses, de peser sur certains dossiers sensibles où le tam-tam de la presse sert.

interview laurent dupin journal pqr maine libre

L’impact de l’imprimé

A propos de tam-tam justement, mon premier constat et/ou rappel, c’est le poids de l’information imprimée auprès d’une localité et sa population. Si les blogs et réseaux sociaux comptent certes, l’article du journal a encore une force de frappe bien supérieure en 2014. Tout le monde vous en parle : voisins, amis, connaissances… Surtout si l’article a une certaine taille, cela impressionne comme l’on dit et clairement permet de vous faire (re)connaître. C’est diffus et informel, mais un article circule dans le temps et les têtes au-delà de sa seule date de publication. Le bouche à oreilles, le « radio comptoir » des bars font ensuite leur travail (ou pas).

Ca tient aussi du mode de publication et diffusion. De mon temps, il n’y avait qu’un coup tiré : la publication print. Aujourd’hui, il y a les inputs sur les réseaux sociaux, la publication print, puis celle sur le web. Un 3 en 1 en somme, propice à répéter le message et à toucher plus de mondes.

Le réseau social influence

Et puis il y a aujourd’hui tout ce qui joue et interfère dans une relation interviewer-interviewé. Le fait de se connaître par exemple déjà, par la grâce des réseaux sociaux. Dans mon cas présent, on se suivait en effet avec Jean-François sur Twitter, je crois honnêtement depuis quelques tweets et la note que j’avais consacrée ici aux municipales 2.0 de Ruaudin. De mon temps de journalisme local (1995-99) chez Hersant, on découvrait brutalement son interviewer lors de l’interview : ça participait du charme, ça rajoutait une excitation, presque une concentration.

Aujourd’hui, il y a à la place ce sentiment (ou impression) de déjà se connaître. Bien, mal ? On peut y gagner aussi en vélocité, quand on suit une personne de façon thématique, et qu’on connait un peu ses idées, ses positions… Les questions peuvent même être un peu plus précises, sans pour autant avoir besoin de potasser très en amont et sur dossiers. Du bonus quoi.

Déformation pro…

Pendant l’interview, il y a aussi ce moment subtile où il faut justement oublier que l’on connait les ficelles, les mécanismes. Et jouer le jeu, de réponses spontanées, sincères… que le journaliste aura lui à trier à travers ses notes. Un vrai acte de confiance que j’ai parfois souffert, quand certains interviewés vous alpague dans la rue au son de « ce n’est pas ce que je vous avais dit », ou « vous avez déformé mes propos ». D’un côté la recherche de la petite phrase ou du scoop; de l’autre le soucis de faire passer un message. Pas toujours évident à régler sur la même longueur d’ondes !

Enfin, la réalisation concrète implique la photo, le portrait… qui vous arrive souvent au dépourvu. Car le journaliste, tout en vous parlant (je le sais, je faisais ainsi) réfléchis à son cadrage idéal, à l’image évocatrice qui résumera bien vos propos. On fait notamment cela sur les sujets dits « magazines », où pèsent davantage les thèmes. Dans mon cas, ça a été dans la salle de co-working de la Ruche Numérique. Je me voyais attablé et avec quelqu’un à côté, mais Jean-François me voulait seul lui : je le comprends au vu du résultat, car j’aurais moi aussi recherché cette « fuyante » (la perspective à l’arrière) ainsi que les couleurs réunis par le cadre évocateur. Bien vu😉

Le SAV 2.0 après la rencontre

Ceci pour l’amont et le pendant. Pour l’aval, c’est aussi une nouvelle dimension via les réseaux sociaux. Avant, on croisait un journaliste, il vous interviewait, repartait écrire son papier ou monter son sujet, puis point barre. Il ne revoyait alors dans son job que les « récurrents » : essentiellement les politiques, chefs d’entreprise majeurs et responsables d’associations.

Aujourd’hui, le « lien est établi » : on se suit via Twitter, se facebookise si plus, se commente si affinités, se branche via LinkedIn quand curiosité. On blogue parfois aussi, comme je le fais présentement. Quelque chose qui se situe donc entre l’engageant, la courtoisie et un peu l’obligation il faut l’admettre. Ce qui fait aussi, comme nous en parlions tous deux, que « cela ne s’arrête jamais » pour un journaliste aujourd’hui. Dans mon cas, j’ai (vraiment) apprécié l’échange avec J-F Baron : son calme, le temps qu’il a pris, sa retenue, son soucis des contextes. Je sais d’expérience que je ne pouvais pas, de mon temps en presse locale, mobiliser autant de concentration sur tous les sujets : il y avait les semaines « passant vite » à marronniers et agendas exténuant; puis les semaines « riches » à rencontres « plus » où l’on apprend.

J’espère avoir été ce type de rencontre dans cette occasion😉

 

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