Stagiaires de presse, des médias, de la com’… dites aussi vos souffrances !

visu stagiaire bandeauComme nombre d’entre vous, j’ai été sidéré à la lecture sur #LePlus de la note de Pierre D. « ex stagiaire de i>Télé » racontant sa dure épreuve de stagiaire bandeau pour cette chaîne. Sidéré mais pas si surpris que ça en fait. La réalité que décrit le jeune homme, je l’ai tant de fois vue, entendue et parfois vécue moi-même.

Mes stages dans la presse ? J’en ai fait peu à vrai dire, privilégiant des débuts en piges (indépendant travaillant pour plusieurs titres) tout aussi formateurs et surtout rémunérateurs. Car oui, contrairement à beaucoup, bosser dans la presse n’a pas été qu’un dada puis une passion, mais aussi un moyen d’en vivre.

Mais mon tout premier vrai stage, j’ai eu la chance de le vivre au côté d’une pro exigeante et responsable, charismatique et humaine : Corinne Paolini, au Figaro Méditerranée. C’était au début des 90’s et avec son appui bienveillant, ses conseils avisés, j’ai pu « entrer en journalisme ». Et techniquement j’ai appris à rédiger brèves, articles, interviews puis dossiers complets, intégrer la dimension illustrative, pour peu à peu intégrer l’écriture journalistique magazine.

M’est-il arrivé de me faire avoir, ou de me faire proposer des p’tits jobs complètement absurdes et décérébrants ? Oui. Mais j’ai en général très vite tourné les talons.

Pourquoi ce « soudain » intérêt ?

bandeau tv info

La situation vécue par Pierre est d’un tout autre ressort, d’une toute autre portée. D’abord notons qu’elle mobilise l’attention : elle était à près de 400.000 vues hier vendredi vers 22h30 (et + de 532.000 fois ce lundi 17/11). Quand une bonne note sur #LePlus oscille entre 10 et 20K vues, de l’aveu même de son équipe éditoriale. Elle appelle donc deux commentaires :

Tout d’abord la prise de conscience (s’il le fallait encore) que le journalisme et les médias ne sont pas/plus un milieu professionnel ouvert ni accueillant. Peut-être même encore plus aujourd’hui qu’hier. Pourquoi ? Parce que les jobs sont tendus (crise oblige), de moins en moins nombreux (face à l’essor du numérique gratuit) et que les egos pèsent de tous leurs poids, à Paris notamment, et encore plus en télévision.

Ensuite la mise en perspective, car si la rédaction du bandeau de télé est un paroxysme de l’idiotie du média continue à vide, ce n’est pas le seul excès du secteur. Aussi, stagiaires de tout horizon dans la presse, les médias ou les médias sociaux et sans oublier la com’, je vous invite à témoigner de vos souffrances et des inepties que vous vivez. Racontez cela ici ou ailleurs, faites des blogs, des comptes Twitter, n’importe quoi. Mais dites le avec la fougue de la jeunesse, l’envie de ne pas supporter, de réformer : car ce prisme finira tôt ou tard (croyez moi) par disparaître en vous. Beaucoup de choses perdurent dans la profession du fait qu’on ose pas en parler, que règne l’omerta la plus cynique.

Révéler le non dit professionnel

Le geste de Pierre semble une goutte dans un océan d’immobilisme, mais il est en fait salutaire et même pas assez ambitieux pour révéler toute l’entièreté du problème. Le modèle de fonctionnement RH des chaînes tout info serait intéressant à décortiquer et déjà à révéler : pour ce qu’il apprend de l’humain au travail, de l’industrie de l’information implacable et de notre époque en dérive. Dans le temps, l’excellent Xavier Ternisien avait jeté un tel pavé dans la marre avec son article sur les « forçats de l’info » en ligne (pour le Monde, 2009). Moi-même, j’ai versé plus récemment ma contribution en parlant du journalisme digital côté envers du décor et de sa pénibilité sur le site 2081.info; et j’ai aussi décrit ici la journée type du journaliste, à peine romancée… Ce fut aussi, il y a plus longtemps l’objet de tout un blog de conviction (Les Médiaboliques) que j’ai tenu entre 2003 et 2013.

L'article du Monde, publié en mai 2009 : un coup de tonnerre à l'époque.
L’article du Monde, publié en mai 2009 : un coup de tonnerre à l’époque.

Il y a bien d’autres lieux, d’autres process, d’autres enjeux à révéler dans la grande famille des médias, de l’info et des nouvelles technologies de communication. Peut être parce qu’il serait enfin temps, justement à une époque de transparence, de faire le grand nettoyage… De tenter de changer cet univers imparfait dont tant de soldats souffrent en silence, pensant que c’est le prix à payer pour « vivre l’expérience ».

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