Politiques et réseaux sociaux : 50 nuances de gré (et de force)

En avril dernier, Le Figaro titrait sur un ton définitif : « La pression des réseaux sociaux sur les politiques ne retombera plus« . En effet, il y a bien le jeu d’un avant et d’un après en matière de politique 2.0. Au cours de mes observations régulières de la vie médiatique et en ligne, il m’est arrivé souvent et encore dernièrement de zoomer sur les politiques dans leur pratiques des réseaux sociaux et du web. Ils et elles sont en effet souvent révélateurs d’une époque et de ses travers. Avec un peu plus de recul, quels sont les enseignements et bilans que l’on peut en tirer ? Y a t-il une pratique commune, un fil conducteur se dégageant, des us des uns et des autres ? Aperçus et enseignements, sous plusieurs nuances.

header politique web

  • la jeunesse n’est pas gage de modernité : c’est du moins ce que nous a montré l’entrée en matière d’Emmanuel Macron, sémillant ministre de l’économie de moins de 40 ans, qui semblait pourtant… découvrir la communication 2.0 lors de ses premiers jours à Bercy. Depuis, il remplit mieux les écrans interactifs, mais avec plus finesse ? Son dernier tweet original le 20 octobre parle ainsi : « Sans une action concertée de la France et de l’Allemagne, nous ne serons pas à la hauteur des évènements. ». On a déjà fait plus détendu et moins protocolaire.
  • la maturité n’est pas synonyme d’obsolescence 2.0 : à l’inverse, la révélation récente d’un Alain Juppé dans la course aux primaires de son partie, montre qu’un « senior » n’est pas par défaut et sur le fil de départ, largué sur les réseaux sociaux. Dans son cas, une pratique ancienne du support blog combinée désormais à une activité sur les réseaux sociaux, le placerait en bonne course face à un Nicolas Sarkozy. A méditer, au-delà des sondages…
  • la présidence de la République reste en hauteur : le président Hollande est souvent taclé sur son manque de réactivité -par opposition à son prédécesseur à l’auguste fonction- mais sur les terres du web 2.0, ça n’a pas été de suite « hyper réactif » non plus. Comme nous l’a montré sa première conférence de presse élyséenne, en novembre 2012. Depuis, plusieurs signaux donnés envers la communauté web et geek (comme en juin 2014 pour l’investissement) ont corrigé le tir. Durablement ?
  • la politique locale, pas plus proche par défaut : mon suivi de la campagne des municipales à Ruaudin (72) montre que le politique de terrain n’est pas nativement plus proche des gens via les réseaux sociaux. Là aussi, ce sont des pratiques à installer et maturer, pour incarner une démocratie participative et locale différente du clientélisme traditionnel et à courte vue.
  • la notoriété publique n’induit pas l’influence : même si, comme Cécilia Attias, on a envie de s’offrir une fenêtre de communication interactive sous la forme d’un blog éditorial, encore faut-il savoir… en rédiger et en animer un. Son projet de 2011 n’est aujourd’hui plus en ligne sur le site Jolpress.com qui l’avait accueilli, et n’a pas donné lieu à des suites du même type.
  • la notoriété publique booste le buzz : a fortiori quand l’on se nomme DSK et qu’on évolue dans les prétoires américains, pour une affaire de moeurs. Tous les mots clés sont réunis pour provoquer un phénomène 2.0, ou le live et l’hyper réactivité prennent le pouvoir absolu. A méditer pour les prochains compétiteurs (trices) aux plus hautes fonctions de l’Etat ou de la fonction publique.

La compol’ à la peine ?

thieulin pic

Au bilan, je discerne donc le fil rouge d’un « révélateur web social », ne fonctionnant pas du tout là où l’on l’attend. Le signe d’une communication politique prise de vitesse par les réseaux ? Il faut espérer que ce soit surtout l’indication d’un écosystème politique s’adaptant peu à peu, avec cahots et erreurs, mais en se rapprochant progressivement des us et attentes du vox populi.

Car attention. La politique participative tant promue par les spin doctors en vue comme l’excellent B. Thieulin (photo) à la tête du CNNum, ne peut se limiter en effet à une simple vitrine qu’on ressortirait à périodicité fluctuante, quand il faut lâcher un peu de lest. Mais elle est aussi prise en mains par les citoyens, au premier degré du message reçu. Et donc aux risques et périls de ses édiles qui n’auraient pas perçu ce mouvement sociétal profond et ses exigences concrètes. Un enjeu qui devrait presque amener à terme à définir un « nouveau contrat social », en osmose avec cette ère numérique inédite. Que ce soit de gré, ou de force.

Pour prolonger : plus éloignés mais symptomatiques, relire les articles datés 2006-07 sur la net-campagne de S. Royal; la refonte 2.0 du site du PS; la stratégie blogs de F. Bayrou; Sarkozy et les nouvelles technologies.

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