Ce que m’a apporté la presse locale

Devanture des Nouvelles, Falaise (14).

Séquence nostalgie. Ou plus exactement retour sensé sur le passé. Le hasard d’un week-end récent en Normandie à Falaise (14), pour déménager un ami vers Caen, m’a ramené sur mes premières terres professionnelles après mes débuts en piges en Côte d’Azur. Celles de la PHR (presse hebdomadaire régionale), la petite cousine de la grande PQR.

C’était sur la fin des années 90 et les hasards de la vie m’avaient amené de Nice à Paris (pour le service militaire) puis au groupe de presse Hersant (plus précisément l’entité France Antilles) qui recrutait depuis la capitale. Après avoir failli rejoindre la rédaction de Lisieux (Le Pays d’Auge), c’est finalement à Falaise que je fus affecté : charmante petite ville de presque 10.000 habitants, qui possède le Château de Guillaume-le-Conquérant.

Repassant devant le siège du journal local (« Les Nouvelles de Falaise ») où j’avais investi plus de 4 ans de mon parcours pro, me revenait soudain en tête ma vie d’alors, rythmée et exigeante, et les atouts de ce type de poste. Hersant déjà, est une maison de presse réputée dure et très formatrice pour les journalistes qui en sortent. Qu’y ai-je appris ? Je vois rétrospectivement 4 apports précieux :

Devanture des Nouvelles, Falaise (14).
Devanture des Nouvelles, Falaise (14).
  1. le sens de la polyvalence : c’est peu de dire que la locale enseigne la souplesse stylistique, quand l’on doit passer dans la même journée d’un concours de saucissons à l’ail, à un conseil municipal, en passant par une interview d’une star parisienne de passage, et un dossier sur les ordures ménagères ! Souplesse fonctionnelle également, le localier étant à la fois reporter, photographe, un peu SR et beaucoup représentant de commerce. A peu près aucun sujet ou thème ne m’a effrayé, de prime abord, après cela. C’est une vraie école de déniaisement !
  2. la compréhension de la démocratie locale : croiser de manière répétée et en situations ce que j’avais appris -quelques années plus tôt très théoriquement dans les livres pour Sciences-Po- permet de comprendre comment fonctionnent une République et ses agents sur le terrain. Mesurer le rôle précis des institutions à l’épreuve des pouvoirs locaux et des faiblesses humaines… rien de tel pour saisir ce qui ne marche pas à plus haut niveau étatique ! Ce d’autant qu’on rayonnait alors sur un « Pays de Falaise » intégrant les communes alentours;
  3. la visibilité sur le mécano urbain : la locale m’a souvent permis de comprendre, comme je le raconte souvent en formation de journalistes « ce qu’il y a derrière chaque façade et chaque porte d’une ville ». En gros, comment ça marche sous le capot, derrière la vitrine de la boulangère, la devanture de l’assureur, le comptoir du bar du coin. La carte de presse (que j’avais obtenue sur ce poste) donne accès à tout ou presque, de l’autel noble jusqu’aux arrières cours sordides, du pignon sur rue aux alcôves secrètes;
  4. la révélation de l’âme humaine : je vois au journalisme un point commun avec les autres professions d’urgence et de terrain que sont les pompiers, les médecins, les policiers… dans ce qu’il perçoit une coupe de la société et des hommes en transversale, en diagonale. Ce de par la répétition des situations (notamment les faits divers) et la mise en révélation des « éléments distinctifs », des bizarreries. Un vrai petit labo miniature pour qui s’y intéresse (comme moi) sous un angle sociologique et historique.

Jamais plus pareille expérience

La roue a tourné depuis. Moi, je suis parti à Paris et sur le web, et ai changé de métier depuis. Le journal lui est passé « à l’ennemi », soit au groupe Publihebdos (filiale Ouest-France), en 2007, comme l’indique sa bio Wikipedia. Le titre possède un site internet, et des compte sociaux : il est ancré dans son temps. L’équipe n’a plus tout à fait la même configuration, et compte parmi ses journalistes un… des anciens correspondants de presse que j’avais connu alors (Pascal Lecoq) ! C’est très bien, et je leur souhaite longue vie sous ce format hebdo (nous étions à l’époque bi-hebdo).

Aucun autre de mes postes -en presse magazine, web et presse d’entreprise- ne m’a apporté à ce point, aussi vite et aussi intensément. Mon camarade Paul Coste, m’avait dit il y a longtemps qu’il regrettait toujours ses années en agence locale, cette capacité à mitonner sa page de A à Z, produire une info complète et variée. Je confirme. Merci donc, avec décalage, à toutes et tous ceux qui m’ont permis d’exercer cette mission unique en son genre et avec qui j’ai pu faire modestement avancer le schmilblick de la citoyenneté locale. Mon surnom là-bas était « le Niçois » et « le franc-tireur », autant dire un chouette compliment je pense quand même 😉 Merci aussi à celles et ceux, collègues et patron, qui m’ont transmis et positivement influencé dans ce métier. Je mesure aujourd’hui ce que tout cela m’a donné et appris.

A un moment où de grandes conférences comme les Assises du Journalisme à Metz, se posent toujours la question de ce que reste un journaliste face aux bouleversements numériques, il serait bon de les remettre en perspectives aux vrais apports du métier sur le terrain. Notamment pour ne pas tomber dans le piège d’un journalisme d’excès, impossible à vivre. Et pour que les jeunes recrues puissent y trouver encore aujourd’hui leur chemin et leur place, si tenté que l’économie de la presse leur permette d’y accéder. Ceci est une autre histoire.

(NB : cette note est aussi un clin d’oeil confraternel à mes ex consoeurs et confrères de presse locale, vivant actuellement difficultés et défis de l’ère moderne. Je pense notamment au quotidien Nice-Matin dont le sort sera joué sous peu).

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