Vers la fin des Maisons de la Presse ?

Elle était située à l'un des angles les plus populaires de la rue des Archives.

C’est un signal faible comme on dit. Mais alors fortement exposé. La semaine dernière, je me promenais dans le Marais à Paris, profitant d’une petite pause dans mon planning, pour aller faire quelques friperies. Puis soudain, au sortir de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie que j’arpentais, à l’angle de celle des Archives, une devanture attira mon oeil… Ou plutôt une absence de devanture, puisque le magasin était fermé, rideau baissé, affiches de « liquidation totale » de partout… Il s’agissait de la Maison de la Presse du Marais, Agora Presse, que personnellement j’avais toujours connue ici. Je ne crois pas y être entré beaucoup, mais c’était un repère, la nécessaire présence de journaux, livres et intelligences, au sein des boutiques de fringues, de luxe et de déco alentour.

Fermé, finito, rideau… depuis fin septembre. A un tel endroit touristique, ça doit questionner. Ici spécifiquement, ce ne semble pas être la « crise de la presse » qui soit à l’origine de cette fermeture. Mais plutôt le contexte immobilier et local, trop cher à Paris comme l’explique cet article. Un coup d’autant plus dur que, comme le rappelle Livres Hebdo, c’était là « le seul magasin Agora presse situé dans Paris intra-muros ».

Mais le fait n’est pas unique. Les problèmes s’accumulent depuis ces dernières années. Les Echos titraient d’ailleurs en juin dernier : « Une profession en proie à de multiples difficultés« . Elle encaisse en effet plusieurs types de problèmes : au devant desquels pèse surtout la baisse inexorable des achats des Français en journaux et magazines, qu’ils ne lisent plus. Aux derniers chiffres données à la rentrée, malgré le contre-feux osé de mesurer sa « notoriété », la diff » de la presse est en recul net et global. Le mouvement ne s’inversera pas sur le « print », c’est désormais sûr.

Elle était située à l'un des angles les plus populaires de la rue des Archives.
Elle était située à l’un des angles les plus populaires de la rue des Archives.

leclerc culturelUne presse moins lue, moins achetée, ne suffit plus à justifier l’intérêt économique et urbanistique de « maisons » toutes entières dédiées à sa cause, entre boutiques commerciales et temples de la lecture. Sans ce produit d’appel du journal, on est plus dans le cercle vertueux. Et c’est tout le reste de la chaîne de chalandise qui n’attire plus assez : les livres, la papeterie, les stylos, les cadeaux… Tout ce qu’on trouve désormais en abondance et avec de chouettes endroits, dans la concurrence : celles des rayons dédiés des supermarchés. En témoigne la position crâneuse des librairies Leclerc (2ème en France, source Figaro), qui selon leur grand patron MEL ont « vocation à prendre la place que la FNAC avait délaissé » (in le-furet-du-retail.com). Une sorte de « nouveau combat » pour Leclerc (qui les aime bien), même si il doit au passage en coûter aux commerces de proximité.

Du côté des « provinces », pas mieux

Il ne faut pas se leurrer. Si c’est très visible dans une ville comme Paris, et un quartier touristique comme le Marais, ailleurs, le mal est bien plus pernicieux. La « MDLP » dans des petites villes de région, des villages, c’est un des derniers lieux de rencontres, de sociabilité et de culture. Et avant même les difficultés économiques actuelles, c’est un métier assez dur : pour l’avoir observé d’un peu plus près, familialement parlant, j’en connais l’envers du décor. Il tient à un vécu relevant plus du sacerdoce que du métier où l’on s’épanouit pleinement. Quatre aspects :

  • horaires difficiles et très tôt le matin (pour recevoir et dispatcher les journaux justement)
  • effort logistique permanent (pour gérer les journaux au mieux dans les étals, encaisser les livres scolaires pour ceux qui les proposent)
  • risque accru (quand l’on vend aussi des « valeurs » comme les cigarettes)
  • dichotomie permanente entre perception d’être une « grosse boutique » et vécu interne d’artisan limités en moyens et équipe

J’en veux pour preuve la Maison de la Presse de Falaise (Calvados) où je repassais le week-end dernier en balade. Dans ce lieu, c’était une tradition, on se croisait les samedi et dimanche matin, dans son tour naturel des rues et commerces du centre ville, ou bien en allant au marché. Sans ce commerce stratégiquement bien placé, la bonne ville normande n’aurait plus tout à fait la même allure. C’en est un pivot, un sanctuaire presque. Ce n’est pas le même impact dans d’autres villes plus grandes, ou une MDLP est un peu noyée au sein d’autres enseignes, dans des rues à passage…

Alors nos enfants et petits-enfants connaîtront-ils le charme pluriel de l’odeur du papier et des couvertures neuves glacées, des discussions d’intellos impromptues entre 2 rayons, des signatures d’auteur qui sentent bon la proximité… ? Pas sûr. Et ce n’est en tout cas pas une dimension que développent pour l’heure les kiosques de presse numérique, orientés achat et compensation des pertes de vente sur le « print »… Une vraie quadrature du cercle.

Pour prolonger : lire aussi les articles suivants, abordant ou documentant le sujet…

– « Les kiosques numériques sont-ils le problème ou la solution de la presse en ligne ?« 

« Touche pas à mon kiosque ! » (Le Figaro)

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