Voiture en feu, et aventures de photo journalisme citoyen

Ma série de 4 photos du fait divers, diffusée via mon compte Twitter @ldupin.

Vous vous souvenez de cette notion presque désuète désormais ? Le journalisme citoyen. Formalisée dans le tournant des années 2007/2010, elle entendait donner le pouvoir de l’information à moi, vous, nous tous équipés de smartphones ou caméras numériques, et prêts à témoigner de l’actu qui passe, là devant nous et que les journalistes (officiels) n’ont plus le temps de courir.

Certains blogueurs et experts en avaient fait même des blogs (comme « Demain Tous Journalistes » de Benoît Raphaël) et avec un peu de moyens, cela a donné des projets éditoriaux élaborés comme « CitizenSide« . Mais tout ceci reste un concept tant que ça ne vous concerne pas, du moins dans une chaîne de diffusion impliquant des médias « officiels ».

Ca m’est arrivé il y a quelques jours. Mardi dernier, je passais à Paris non loin des quais de Seine, en allant de la rive droite à la rive gauche, à hauteur de l’Ile de la Cité. Sur le pont, c’est une tache de couleur orange lointaine qui a d’abord attiré mon oeil, tranchant avec la couleur beige très haussmannienne environnante. Et puis une colonne de fumée noire achevait de me convaincre qu’un incident se passait bien ici.

En m’approchant un peu, c’était en fait un incendie survenu dehors, au niveau de la chaussée, et visiblement venant d’une voiture. J’ai d’abord cru à un accident de la route avec choc, ayant provoqué cela. Mais non, il s’agissait juste d’une voiture garée, qui a pris feu violemment.

Live-report spontané

Malgré une mondanité qui m’attendait non loin (la « Lady Pitch Night« , une soirée sur les patronnes de start-ups), je décidais de faire un petit détour et de témoigner de ce que je voyais : un live report. D’abord parce qu’il n’y avait guère de monde autour, juste des policiers et pas encore de pompiers. Ensuite parce que la voiture brûlait longuement, avec même quelques petites explosions secondaires, sous le regard incrédule des riverains. Et les flammes attaquaient même les autres véhicules garés devant et derrière…

Mes réflexes d’ex journaliste localier me reviennent alors : je photographie sous différents angles de vue, en m’approchant progressivement de la scène. Je ne dépasse pas le seuil marqué par un policier, afin de ne pas prendre de risque ni de l’énerver. Quoiqu’ils me semblaient plutôt détendus. Et puis je confirme tout ceci en mode self media, via mes réseaux sociaux. D’abord sur Foursquare -pardon Swarm désormais- mais qui va mal me localiser… me positionnant à l’Institut du Monde Arabe, en fait en face de l’autre côté de la Seine. Puis comme je fais plusieurs clichés de suite, je passe alors par Twitter et publie un tweet à 4 clichés : la fameuse fonction qui va bien à raconter une scène.

Ma série de 4 photos du fait divers, diffusée via mon compte Twitter @ldupin.
Ma série de 4 photos du fait divers, diffusée via mon compte Twitter @ldupin.

Demande directe des tweeteurs

La première phase de réactivité viendra des tweeteurs et tweeteuses, non présents sur place, et inquiétés. Certains me questionnent directement (notamment @isis_godin @AymericPM et @GamesPierre) me demandant très poliment plus de détails, si je peux aller vérifier : je réponds comme je peux, avant de m’éloigner pour rejoindre enfin l’événement qui m’attendait.

La seconde phase de l’aventure sera celle de la reprise dans les médias. Je précise : aucun ne m’a contacté en amont, malgré le fait que mon compte social soit nominal et mes coordonnées aisées à trouver en me googlisant « laurent dupin » (dans les 5 premiers liens en page 1). Premier indice, une alerte sonore arrive sur mon compte Twitter pour m’annoncer un tweet…

Ah cool, sympa. Et de clics en aiguilles, j’aboutis à cette page du site francetvinfo, qui me cite clairement sous le tag #LiveReportPic (même si mon compte Twitter n’est pas cliquable à partir de là) : HP francetv Je découvre au passage la rubrique « en direct » du site, qui remonte en fait des news, comme le dit le dispositif « avec de courts messages de la rédaction de Francetv info. Photos, vidéos, tweets et vos interventions ». A aucun endroit il n’est précisé qu’un tweet de particulier peut être repris ici, a fortiori avec des photos de terrain de son cru. Un peu plus tard, moi-même curieux de savoir ce qui s’est passé, ce n’est pas par une alerte courtoise mais en scannant le flux Twitter sur les critères « voiture feu paris », que je vais tomber par hasard sur le seul tweet qui semble en avoir vraiment parlé… C’est celui-ci :

En cliquant sur le lien, j’aboutis à un article en ligne du journal Métro, titré « Une voiture prend feu sur les quais de Seine à Paris ». Ici, plusieurs « twittos » ont leurs tweets repris et affichés (dont un des miens). Mais en y regardant de plus près, je vois que les photos principales de l’article me rappellent quelque chose… Et pour cause, ce sont les miennes 😉 Elles sont d’ailleurs créditées de mon nom et la mention Twitter, dans une légende qui n’apparaît sur le cliché que quand on passe la souris dessus.

metro photo 1

Ce n’est qu’après le tweet d’une connaissance qui me dira « sue them, sue them » (« fais leur un procès » dans la langue de Molière), que je vais recevoir la précision via Twitter, par le community manager du journal. Ton sympa et précaution a posteriori pour me demander mon aval, même si c’est déjà publié :

Je n’ai bien sûr aucune intention de demander quoique ce soit à qui que ce soit, et de jouer l’enquiquineur. Je défends depuis assez longtemps le journalisme 2.0 et le média agile, pour ne pas me l’appliquer à moi-même. Mais je note quand même que la presse officielle (et dotée de moyens) va très vite en besogne quand elle a besoin d’illustrer une news chaude, et oublie un peu les principes de courtoisie de base vis-à-vis de ses possibles lecteurs. C’est dommage, car ça donne une image assez sèche de la relation presse / journalistes citoyens, qui eut pu être plus constructive et partagée. Par ex. pourquoi ne pas tweeter/SMSiser/téléphoner aux témoins pour leur demander des détails, et rédiger un compte-rendu plus précis ? Peut être n’y avait-il finalement aucun journaliste, ni correspondant de presse de permanence dans le coeur de Paris, en plein mois de septembre (!).

Par ailleurs, malgré une relance sur Twitter ce vendredi 26 septembre, je ne sais toujours pas ce qui s’est passé à l’endroit de cette voiture. Et un scan Google ne donne rien non plus hormis des reprises de l’article de Métro.

Vos réactions m’intéresseront à ce sujet !

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