Mon Nice-Matin (que je vais aider)

Nice-Matin a du soucis, comme on dit dans le sud… avé l’accent. Mais point de plaisanterie ici. Un des fleurons de la PQR (presse quotidienne régionale), il subit en effet de plein fouet la crise de la presse écrite, combinée à une certaine mauvaise passe capitalistique. Ce, pour résumer, après le retrait de Bernard Tapie sur la succession niçoise Hersant et l’arrivée plus sioux que prévue de Jean Icart, qu’a suivi la mise en redressement judiciaire du journal.

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header NMJ’ai été contacté pendant mes vacances, par un de ses salariés pour relayer le contre-projet de reprise par les salariés du groupe, qui fait l’actualité ces derniers jours : une page de crowdfunding via Ulule, au titre clair « Sauvons Nice-Matin« . Bien sûr, je suis sensible à une telle tentative, bien sûr j’y apporterai mon obole, même si au fond, sincèrement et à regret… je n’y crois guère. Les fondamentaux de la presse écrite sont par trop secoués pour se résoudre uniquement par ce biais, sans réelle révision de fond du modèle de fonctionnement des médias. Mais ceci est une autre histoire, et l’initiative a le mérite de faire parler différemment du problème, et de montrer un autre visage du journalisme local sudiste. Moins brillant que les clichés culinaires, luxueux et plagistes qui lui sont traditionnellement associés.

Mais plutôt que de simplement relayer cette bouée de presse, je profite aussi de l’occasion pour réaliser une petite introspection sur le sujet, étant par ailleurs, comme vous le savez, Niçois de naissance. Pas d’intention nombriliste ici, juste d’exprimer ce que beaucoup ont vécu et ressenti. Le sujet me taraude depuis un moment, alors qu’il y a quelques temps je m’étais amusé à évoquer ici mon premier Libé. L’exercice serait plus difficile à tenir à l’endroit du quotidien azuréen, car les souvenirs y sont nombreux. Dans l’ordre, voici ce que j’ai à dire à Nice-Matin. Voici ce qui me revient et qui fait sens quelque part :

– le journal de papi et de papa : mon grand père était magistrat, et avec mon père, tous deux de grands lecteurs de Nice-Matin. Papa notamment, avait et a encore pour habitude de couper et archiver par dossiers, les sujets intéressants du journal. Petit, je le revois me fournir des réponses très précises, pour nourrir mes dossiers de recherche scolaires grâce à cette matière. Ce fut mon premier contact à Nice-Matin et à la presse, un peu distancié, un peu forcé et pratique…

– le journal repère géographique, pour Niçois de l’ouest : ayant vécu à Fabron toute mon enfance et ma jeunesse, le logo de Nice-Matin surplombant son immeuble route de Digne, nous a toujours été un repère topographique utile, quand nous rentrions de l’ouest. Il signifiait « on quitte Saint-Laurent-du-Var« , quand par exemple « on revient de la plage de Juan« . Le retour à Nice donc, à la ville et à la circulation dense et au sérieux. Petit, je le voyais souvent aussi, quand on allait en bus du collège A. Daudet, faire du sport au stade voisin…

– le journal qui m’a publié mon 1er article : en 1992, je me lançais dans l’aventure du journalisme, à laquelle j’ai consacré 20 ans de ma vie. Nice-Matin, pour des pigistes débutants, était alors la citadelle imprenable, pour qui n’avait ni piston ni affinités avec la famille Bavastro… Pourtant, je dois à Pierre-Marie Paulicevich de m’avoir publié mon tout premier article de presse : un sujet sur la rediffusion estivale des Enfants du Rock, que je lui avais proposé spontanément, par passion. Je n’ai jamais été payé, car « il te faut bien amorcer ton press book » m’avait dit le journaliste, qui avait coupé la relation à la suite. Un seul coup de main, point. Il avait raison, et ça m’a en effet servi.

header NM rock

– le journal qui ne m’a jamais embauché… : bien sûr, comme Niçois, j’ai toqué plusieurs fois à la porte de Nice-Matin, et par divers biais. Ca n’a jamais fonctionné. J’ai du faire le fada à aller travailler en Normandie, en PHR au sein de… Hersant justement. Dans le même temps, un confrère normand connu à Falaise, arriverait lui à entrer plus tard à Corse, puis Nice-Matin. On se croisait quoi, en sens inverse. Va comprendre Charles… La marque d’une génération, contrainte de quitter sa région de naissance, selon les secteurs professionnels plus ou moins hermétiques de notre chère France des régions. Il faudra qu’on m’explique un jour l’intérêt de ce sport national.

– le journal que j’ai concurrencé, modestement : de fait, comme beaucoup de pigistes à cette époque, j’ai du trouver des publications ailleurs, pour exister éditorialement et grossir mon book. En magazine, au Figaro Méditerranée tenue alors à la RC par la truculente Corinne Paolini, en PHR à la Semaine PACA par exemple, ou plus spécifiquement au Standard. LE concurrent de Nice-Matin, qui voulait bâtir un Libé azuréen dans les années 90, flanqué de l’excellent Michel Franca comme RC. J’y ai fourni des pages de chroniques musicales, sous pseudo du nom de naissance de ma mère. Car à l’époque, on conseillait cela pour qui espérait quand même entrer un jour à Nice-Matin. Raté dans mon cas…

– le journal des vacances : après, une fois parti résolument de la Côte vers mes 23 ans, Nice-Matin m’a été le journal de vacances et de la détente. Celui que j’achète quand je reviens au pays, pour y dénicher des idées de sorties (alors que mon smartphone connecté au web fait tout autant), et pour me rebrancher sur l’actualité locale, juste pour me dire que je suis bien Niçois. Un réflexe presque au même niveau que manger une socca ou aller sur le Cour Saleya. Et quand je rentre chez moi au Mans, je remporte ces exemplaires comme un précieux trésor.

– le journal dont j’ai connu l’équipe digitale : plus récemment, j’ai conseillé les équipes digitales de la PQR au travers de son syndicat patronal situé à Paris. Et donc celle de Nice-Matin. En septembre 2013, je suis allé les rencontrer au siège niçois, et revu entre autres notamment Valérie Sardou et son responsable d’alors, Sébastien Hersant. Jeune oui et de la lignée, mais que j’avais trouvé plutôt calé sur le digital et ses enjeux. L’occasion aussi de mesurer combien le journal manquait d’investissement global depuis un bon moment : bureaux, matériels, décorum… semblaient ne pas avoir bougé depuis les années 90 et mon départ de Nice. Et ce malgré un journal continuant à « donner beau » à voir, et à attirer les repreneurs (éventuellement).

header NM ld– le journal qui m’a mis à l’honneur dernièrement : ultime contact, très inattendu au sein de cette petite histoire personnelle un peu chaotique. En février dernier, Nice-Matin me faisait l’honneur de ses colonnes, au fil d’une interview powered by JF Malatesta pour un dossier « jeunes expatriés« , me voyant placé aux côtés d’Eva Roque et de Bertrand Chameroy. Le journal local qui félicite un de ses fils parti à Paris et dans les terres du Nord, ce n’est pas tous les jours que ça arrive 😉 et j’avoue que ça m’a fait plaisir. Quelques ex-copains niçois m’en ont parlé, et mes parents ont encadré le papier !

Pour toutes ces raisons à la fois sentimentales, raisonnées, compliquées, souhaitons que je n’ai pas un jour à écrire une note de blog titrée… « Au soir de Nice-Matin ». Et ce même si je n’ai jamais réussi à créer une vraie relation professionnelle durable avec cette belle maison de presse. A grand regret.

A lire aussi : le beau billet d’Eva Roque, publié sur son blog personnel « Nice-Matin mon amour ».

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