Mon premier Libé

logo libérationA un moment où le débat sur l’avenir du quotidien Libération occupe à nouveau la bande passante et les esprits les plus éclairés, et alors que nous sommes tous tentés de livrer nos conseils et démarches façon « si on était aux commandes » en écho à la « rage » de ses salariés, je me suis soudain souvenu de mon tout premier contact avec Libération…

Et ce contact -j’ose une comparaison audacieuse- c’est un peu comme un premier baiser, une première fois… on se souvient du contexte, des détails, ça vous marque.

Je dois le réveil ce souvenir à Cédric Motte, et je l’en remercie. C’est en effet en lisant son commentaire sur la discussion lancée par Gilles Bruno et Jean-Marie Charon sur le site l’Observatoire des Médias que ça m’est venu. Une discussion proposant une audacieuse médiation de l’Etat sur le dossier… ceci est un autre débat.

Cédric évoquait que le Libération qu’on lisait étudiant avait bien changé au fil de son histoire… et en effet, me concernant et me souviens-je, c’est bien étudiant que j’ai découvert la toute première fois Libération. L’anecdote vaut son pesant, alors je vais vous la raconter si vous le voulez bien. C’était au début des années 90, j’étais alors en prépa khâgne au lycée Masséna, à Nice. Inutile de préciser que la lecture de la presse se limitait alors pour moi à ficher Le Monde en autant de notes que nécessaires pour ingurgiter les programmes astronomiques des concours que je passais… La presse était alors pour moi âpre, lourde à digérer, sans saveur. Je n’y prenais aucun plaisir.

photo libé bousquetEt puis un jour, j’allais passer un coup de fil dans une cabine téléphonique voisine du lycée (le mobile n’existait pas encore) où quelqu’un passé avant moi avait oublié sur place… un journal. J’avais de suite bloqué sur la une de ce journal, pourtant plié, sur sa maquette, son esthétique. C’était, vous l’avez deviné, une édition de Libération.

Je me souviens encore de son sujet principal et surtout de son traitement : une « Une » pleine page, constituée d’une photo noir et blanc massive (celle ci-contre). Le sujet était l’affaire Bousquet, et la photo montrait le personnage dans sa jeunesse, entouré d’officiers nazis. Le sigle de Libé rouge frappait la photo en haut, en son centre, créant une esthétique particulière, ambiguë, immédiatement attirante, terriblement efficace. Ce mélange permanent entre info et modernité, entre sens et design de presse.

Je me suis saisi de ce Libé là que j’ai dévoré du début à la fin. Non seulement le papier sur Bousquet (long et documenté, une sorte de reportage à rebours dans l’Histoire), mais aussi tous les autres papiers et rubriques, dont je découvrais la large palette de styles et nuances. C’était notamment les années des chroniques « Nuits Blanches » d’Eric Dahan, des papiers de Gérard Lefort, des reportages fleuves signés de grandes plumes, d’articles de fond mêlant sociologie et politique. J’avais l’impression de lire et d’être moins bête à chaque fois. L’impression aussi d’apprendre à écrire en lisant. D’ailleurs, Libé je le conservais à la semaine, le lisant en mode hebdo, pour avoir bien le temps de profiter de tout son riche contenu. C’est clair, souvent je n’y parvenais pas…

Disparu, ou presque

Ce Libé là a peu à peu disparu. Oh bien sûr, il est toujours resté quelques bonnes « unes » osées et très visuelles (cf celle-ci ci-contre sur la mort de Steve Jobs),

quelques bons portraits de der’, et aussi la science de la titraille à la Libé. Quelques années plus tard (en 2008), j’aurai enfin de visu la démonstration de la méthode. Retenu pour animer le blog « Serial Worker » sur liberation.fr, je passais un jour à la rédaction, et y vis en action sur place une sorte de « rédacteur en chef de la titraille ». Son boulot ? Cogiter le titre drôle qui tue, en passant de service en service, de sujet en sujet… et en testant ses idées géniales ou foireuses sur les salariés du journal. Magique !

Ce Libé de qualité et d’originalité n’est plus le même en 2014, et visiblement il en est à un moment de son histoire qui menace son existence papier, voire son existence tout court.

Je ne sais si l’on trouvera une solution, même en s’y mettant à toutes et tous, pour sauver ce Libé. Je ne sais même pas si nous le voulons en fait, tant il a changé et nous avec dans le même mouvement.

Mais je sais, comme bon nombre d’entre nous, ce que je dois à Libé et qui dépasse largement les femmes et les hommes qui l’ont fait et géré. Je lui dois déjà d’être devenu un lecteur de presse, et d’avoir formé mon oeil et mon exigence. Je lui dois aussi sans doute, d’avoir embrassé à un moment de ma vie une carrière de journaliste.

Pour prolonger :

Publicités

Une réflexion sur “Mon premier Libé

  1. Je lisais Libé aussi , mais pour ces pages le vendredi pour les pages Internet et la chronique de Jean Louis Gassé ( période Be ) , le dernier que j ‘ ai acheté , c ‘ était le traitement scandaleux de la tuerie d ‘ Aurora au moment de la sortie de Dark Knight rise … Libé qui c ‘est fais étendre en un round par le bi mensuel comics box , il es temps qu ‘ il meure

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s