Le raté (2.0) du Grand Journal by De Caunes

Tout a déjà été pointé et commenté sur le retour assez mou du Grand Journal de Canal Plus, powered by Antoine de Caunes ce lundi 26 août 2013. Je ne reviendrai donc pas plus sur ce point : selon moi l’émission n’est tout simplement pas assez en rupture par rapport à la mouture précédente sous Denisot, et n’apporte pas assez d’originalité et de créativité. Mais il y a un autre point qui est passé bizarrement sous silence jusqu’ici : le hors sujet complet de l’émission sur sa stratégie digitale et l’usage des médias sociaux notamment.

Le Grand Journal, De Caunes.

Premier indice inquiétant : l’absence au casting de la nouvelle équipe de son spécialiste 2.0, j’ai nommé Vincent Glad. Celui-ci n’a pas été reconduit pour la nouvelle saison, et s’il est vrai que sa place n’était guère trop valorisée dans l’équipe précédente, on ne lui a pas trouvé pour l’heure de successeur… Le sujet n’est-il plus estimé comme important et sociétal par la production de l’émission ? Si oui, ce serait un oubli étonnant. Dans la cible 15-35 ans de l’émission, l’usage du double écran (tv + ordinateur portable, ou tv + mobile) et le format de la social tv ne sont pas des nouveautés de la rentrée 2013 : c’est repéré depuis au moins 2008… Et les annonceurs (modèle économique de cette émission) sont désormais aussi sensibles à cette « qualité » de positionnement. Prévoir des plans de com’ mixant pub tv, social game et contenus en ligne n’est pas une révolution.

Dans le déroulé même de l’émission, il est surprenant en août 2013 de n’avoir ni vu ni entendu la moindre référence aux outils 2.0 et sociaux les plus convenus. Ils ne font clairement pas partie de sa mécanique. De Caunes souhaitait pourtant de la proximité a t-il souvent dit cet été, mais celle-ci n’est-elle pour lui que physique et matérielle, vécue que sur le plateau ? Ce serait alors une impasse, d’autant plus problématique pour un VIP qui a su, à titre personnel, investir et utiliser par exemple Twitter via son compte @antoinedecaune1. Pour toutes celles et ceux pratiquant les réseaux sociaux professionnellement, il est acquis qu’ils recréent de la proximité, du lien, un effet « juste derrière l’écran » très appréciable par exemple pour la relation client sur les sites de business.

La métrique trahit le manque d’interactivité

Un peu de métrique et de chiffres est à cet endroit assez parlant : le compte Twitter de l’animateur même n’a publié que deux messages le 25 août, et depuis plus rien. Le 28 août mi-journée, son fil reste figé sur son tweet du 25 août : « Dans exactement 24h, j’en connais un qui fera moins le malin. Merci pour tous vos messages. Big hug. #LGJ« . Même des animateurs comme Bruce Toussaint, utilisait davantage leur compte pour « parler » à leur public : ce n’est pas une hérésie, juste une politesse.

Soyons juste, le compte Twitter officiel de l’émission @GrdJournal a été lui plus actif, mais totalise seulement une trentaine de tweets le 26 août : c’est peu au regard du classement du sujet dans les trending topics.

Enfin le compte Facebook de l’émission ne s’est fendu que de trois posts sur la journée du lundi 26 août. C’est ridiculement peu pour un tel programme et cela illustre finalement la position de De Caunes dans son speech inaugural, de se placer d’emblée « old school », en griffant les apôtres de l’internet : l’essentiel était pour lui de se concentrer sur le plateau et le « live » télé, pas sur ses coursives 2.0. Même le pré-générique de la première « La petite porte » illustre ce cap : sa concentration est dans les couloirs, les coulisses du plateau. D’autres pastilles subtiles eut pu être produites en mixant justement les différents écrans convenus d’un animateur tv en 2013…

Une contre-proposition Grand Journal 2.0

Pour autant, la critique est aisée, l’art est plus difficile. Il ne suffit pas de pointer les défaillances et tirer sur l’ambulance Grand Journal, mais aussi de faire des propositions concrètes. Si j’avais coordonné le contenu digital de l’émission, j’aurais proposé quoi au fond ? Qu’était-on en droit d’attendre d’une émission grand public moderne et en prise avec son temps ? Plusieurs ingrédients simples que je glisse aux producteurs :

  1. de l’interactivité en ligne : par exemple et tout bêtement collecter les questions des internautes via Twitter et/ou Facebook, pour les relayer en direct sur le plateau de façon pertinente. France 2 (avec DPDA) et M6 savent très bien faire cela sur leurs talks politiques, pourquoi ne pas s’en inspirer ? Notamment quand l’on a pour premier guest star une pointure comme Manuel Valls.
  2. une animation 2.0 dédiée : avec plusieurs community managers et un social media manager pour coordonner, répondant aux flux de commentaires et réactions sur l’émission et ses invités. Une équipe qui pourrait aussi animer un flux propre détaché de l’émission, pour avoir une vie 2.0 propre et autonome, et surtout la prolonger;
  3. un programme créatif original : plutôt que de visiblement pomper le web peu subtilement sur une séquence, ou faire moins fun que Stephen Colbert avec « Get lucky », s’appuyer vraiment dessus aurait été plus pertinent. Pourquoi ne pas enfin moderniser la séquence du Zapping sous cet angle ? Un programme court comme l’Oeil sur le Web sur D8 (chaîne rachetée par Canal Plus depuis septembre 2012), avait pourtant montré la voie…
  4. des formats web innovants : Et que dire des formats data, web doc et infographies totalement absents des contenus web de l’émission… C’aurait pourtant été innovant que de les intégrer de façon (im)pertinente. Quelques exemples que j’offre gracieusement à la prod’ de Canal : le « data checker » pour vérifier les propos d’un politique en temps réel; le « graph’omatic », infographie produite durant l’émission, résumant ses moments forts; etc, etc. La voie du « do it yourself » aurait été intéressante à expérimenter aussi : pour impliquer davantage le public (celui du plateau est du pur décorum) et l’audience dans une co-production de contenus.

Tant sur l’approche éditoriale que sur son conducteur et son environnement social media, il semble évident après ce premier jet que le Grand Journal a manqué de temps pour se ré-envisager et s’imaginer autrement. L’animation du live par De Caunes est une chose, sa direction de la rédaction et sa direction tout court en est une autre. Ses prochaines évolutions seront d’autant plus intéressantes à observer.

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18 réflexions sur “Le raté (2.0) du Grand Journal by De Caunes

  1. bien vu!
    mmmh ou alors ils ont décidé de cibler les 6,7 millions de français qui n’ont pas accès à internet (http://www.offremedia.com/voir-article/mediametrie-detaille-le-profil-des-non-connectes/newsletter_id=169378/ ), soit 2,2 millions de foyers…
    la première émission a réussi en partie ce pari fou puisque 2 millions de téléspectateurs étaient présents en première partie de soirée.
    Mais trouveront-ils le bouton Canal+ la prochaine fois? :)))

    1. Absolument. C’est misé sur un acquis et un historique qui n’est pas compatible avec du développement d’audience, sur les critères d’usage actuels. L’émission (et son n°2 l’a confirmé) semble vouloir jouer de la nostalgie, de l’ancienne gloire de la période Gildas/De Caunes… c’est risqué.

  2. Hello, je ne suis pas tout à fait d’accord. Je trouve la critique un peu injuste. On voit bien que tout est déjà taillé pour le Net (les pastilles humoristiques, les prestas musicales dispos sur canalplus.fr en exclu etc) mais je pense juste qu’ils attendent de peaufiner leur mouture télé. Et puis… et puis c’est pas une fin en soit d’être à la pointe du Net, comme le note justement Tamala75 ! Je pense que le raccourci réseau social = proximité est aussi largement galvaudé et erroné. Mais bon, je respecte le point de vue, je pense que l’analyse par contre vient un peu tôt (il faudrait plus de recul pour une signifiance).

    1. Disons qu’on pourra faire plusieurs points d’analyse dans le temps 😉 L’avantage de le faire au début, c’est de mesurer la première mouture, la « déclaration d’intention » comme l’on dit. A suivre donc. Mais sur le fond, je pense que c’est une vraie impasse, venant de gens ayant une certaine vision de la télévision et des contenus, et qui ont manqué de mise à jour. Cela peut être aussi un rejet du 2.0, ou une déception sur la précédente mouture…

  3. Bien vu meme si Vincent Glad, soyons honnetes, ne servait strictement à rien. Son travail était peut etre de qualité, mais sa personnalité est beaucoup trop effacée pour faire de la télévision.

    1. Constat partagé sur son effacement en effet, il semblait presque parfois s’excuser de parler entre les chroniqueurs cadors. Mais soyons juste, l’exercice de la tv en direct n’est pas aisé pour un journaliste venant du print et du web, et notamment pas dans la structure précédente de l’émission, qui était très speed et hachée. J’aurais mieux senti Vincent installé dans… Le Petit Journal. Ou dans une séquence propre sur LGJ, pas sur le plateau des invités, tournée « off » du live et mise en scène, ou avec des sujets filmés à l’extérieur en mode « caméra au point ». Qui sait, peut être va t-il évoluer vers cela ?

  4. Je ne comprend pas qu’on puisse regretter Glad… ou n’importe quel « chroniqueur internet ». À chaque fois qu’une émission de télé décide de montrer des vidéos drôles de YouTube, ou comme on dit maintenant, ce qui a buzzé sur internet ces derniers 24 heures (c’est bien connu, un buzz fait véritablement le tour du monde en 3 minutes et PERSONNE ne découvre qu’une maison est restée fermée 70 ans à Paris seulement aujourd’hui, tout le monde l’a su en même temps) ; à chaque fois donc, les téléspectateurs qui ont internet se font chier, n’aiment pas et se moquent. Comme si ces séquences étaient dédiées aux Français qui n’ont pas internet. Mais si ils ne l’ont pas, ça ne doit pas trop les intéresser.
    C’est juste tellement facile de combler quelques minutes d’émission avec des vidéos gratuites (tient, on peut rapprocher ça des concepts pillés de YouTube).

    Ensuite je crois lire entre les lignes, encore dans la première partie de l’article, que vous voudriez que des tweets s’affichent à l’écran.
    D’une ça ne sert à rien, d’autre part ça détourne l’attention si on essaye de les lire, on ne suit plus ce qui se dit. On ne peut pas y répondre, personne en plateau n’y répond, … c’est strictement ridicule.

    Que l’animateur / la régie en sélectionne quelques uns pour poser la question directement à l’invité / réorienter l’interview en fonction des réactions globales, là oui, sans même forcément préciser que Untel se pose telle ou telle question sur les Internets.

    1. Vrai Timekeeper. La rubrique « web » ou « réseaux sociaux » est souvent un raccourci qui n’apporte rien, et vise trop le buzz pour le buzz. Cependant, on peut traiter ce genre de sujets intelligemment, comme le fait par exemple Vinvin dans son émission sur F5. On sait que ce sera juste moins « grand public ». Encore que : Bern par exemple, prouve avec Secrets d’Histoire que des sujets ardus peuvent être diffusés à heure de grande écoute.
      Il y a selon moi un format doc, enquête, reportage à tenter pour les sujets tech et web. Un peu à la manière dont Arte traite ses soirées thématiques.
      Et quant à l’interactivité bi-média, j’en préfère une, même maladroite, à pas d’interactivité du tout !

  5. L’importance des réseaux sociaux n’est plus à démontrer… Votre article est très bien ficelé !
    Cependant, je ne vois pas de boutons de partages…. Ou en tout cas pas visibles de prime abord ! Paradoxe?

    1. Hello Tonio. Ma volumétrie à titre personnelle et/ou comme gestionnaire des réseaux sociaux sur LGJ ? Dans le second cas, avec un sujet classé en trending topics, je pense que le centaine de tweets n’est pas impossible à traiter. Surtout si l’on se place dans une trilogie avant/pendant/après, qui enrobe la seule diffusion du live. Et surtout (bis) si l’on pratique tweets, retweets, réponses, rebonds, etc. La palette est variée et doit être utilisée dans toute son ampleur.
      Quant à Facebook, c’est un canal 2.0 qui doit être traité à part, avec une animation spécifique. Pourquoi pas un live en // avec sa propre animation. Certainement au-delà des 3 entrées réalisées.

  6. Je pense surtout que la TV à pris un coup dans l ‘ aile depuis justement les réseaux sociaux et les sites de partages de vidéo en ligne , que le VJ parle ou non de twitter ou de Facebook est symptomatique d ‘ une déchéance

    1. Yep mais l’on peut croire encore au « mix média » et au « multi screen », qui saurait utiliser toute la panoplie des canaux adroitement. C’est le mono canal qui est tombé en désuétude. On a voulu des technos et des users mobiles, zappeurs : il faut juste les gérer désormais comme tel.

  7. Le dual screen n ‘ est qu ‘ un gadget , je ne vois pas vraiment de valeur ajouté , ne pas oublié qu ‘ a la base , ont ce vide la tête devant la télé et on la remplit sur le web

    1. Oui et non, il y a plein de gens qui passent leur vie sur Twitter. En tout cas qui sont sur leur ordi, téléphone ou tablette pour bosser ou se vider la tête justement (en discutant de sa journée sur Facebook avec ses amis ou en jouant à CandyCrush) et la télé peut être éteinte ou allumée nonchalamment.

      Si, sur ce second écran, je vois que mes amis commentent un certain programme, je serais tenté de le mettre sur ma télé moi aussi.

      Pire, si j’aime bien langue-de-puter sur certaines émissions, genre commenter TPMP en direct, j’aurais du mal a choisir de regarder LGJ si on rigole plus en commentant TPMP.

      Maintenant ce n’est pas forcément la définition du « second écran » du point de vue des chaînes et des publicitaires, qui veulent souvent monter des applications compliquées « interactives », avec sondages et autres gadgets.
      Je pense qu’ils se plantent et simplement animer les comptes Twitter et Facebook, répondre aux gens, être présent quand ils le demande, suffit. L’important n’est pas qu’ils soient aussi inactifs sur l’app iPad que devant la télé, mais qu’ils parlent de l’émission sur les réseaux sociaux. Et que quand quand ils parlent À l’émission, elle leur réponde (faut un super CM dynamique et bigaré).

  8. Dans ce cas , ces canaux 1.0 doivent vite engagé des community manager , mais c ‘ est déjà trop tard , puisque le web mutent sans cesse ? d ‘ un autre coté , je ne vois pas pourquoi TF1 et consort parlé du web 2.1 alors que c ‘est justement le Média qui commence à lui succédé ( contrairement à la Presse , qui devrais ce remettre au débat de fond ) , si ce ne sont pas les média 1.0 qui le font d ‘ eux même , les geeks remplaceront TF1 une bonne fois et dans la bonne humeur

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