Les 5 révolutions (de base) du journalisme moderne

Le journaliste, au sens monolithique de son métier (un job = une tache = une carrière) a vécu et bien vécu. C’est désormais du « multi-task » permanent qui est au programme. La faute à pas-de-budget qui empêche d’étoffer les équipes; la faute à la rapidité des nouveaux médias, qui concentrent tout sur un même bonhomme assis à son bureau devant écran.

Le fameux phénomène du « journaliste chef d’orchestre » que j’avais déjà décrit en 2009 sur une note de l’Atelier des Médias.

L’image du journaliste, et son évolution jusqu’en 2009…

Encore faut-il savoir ce que l’on entre dans ce « multi-task »… Pas forcément d’ajouter le « marketing » tant décrié et redouté, qui est plutôt une coloration passe partout pour mieux faire passer son discours auprès des DG. Non, le journalisme actuel est le résultat de grandes révolutions (le social media par exemple) mais aussi de petites touches, de petits déclics successifs qui ont fini par former un tout.

Si je regarde en arrière quelques instants, voici les révolutions d’usages que j’ai connues, qui m’ont transformé radicalement et qui en transforment encore aujourd’hui. Elles aboutiront sans doute à un « après-journalisme » encore incertain dans son utilité intrinsèque, en ce sens qu’il fusionne avec les autres formes de métiers de communicants. J’y reviendrai.

    1. s’illustrer soi-même : vécu naturellement en presse de proximité sur la mission de localier, le pli m’a été confirmé sur la presse en ligne; la photo numérique puis les capacités de caméra des smartphones ont de plus en plus autonomisé les journalistes. Ils ont été affranchis de leurs collègues photographes, caméramen et preneurs d’images; ils ont appris à concevoir chaque sujet comme des maquettistes de leur propre article, dossier et page. En ce sens ils se rapprochent… des correspondants de presse qui font de même depuis des années et pour bien moins cher. C’est donc la logique au forfait moyen qui prime.
    2. se connecter à distance : dans son système de production (CMS) ou simplement dans ses mails, il a suffi d’une connexion web pour produire, relire et envoyer un contenu en publication immédiate. Le rédacteur s’est affranchi ici des secrétaire de rédaction, d’édition… bref de tous les « back-ups » qui faisaient tampon auparavant, créaient le filet de sécurité et la politique de qualité globale. J’ai commencé à travailler ainsi pour ma part vers 2003, en couverture de salons informatiques internationaux, puis cela n’a eu de cesse depuis lors… On peut le décrier sur le plan humain, mais il faut aussi en mesurer la plus grande efficacité obtenue en terme de réactivité, d’unicité.
    3. parler soi même : que ce soit sur les blogs, puis les réseaux sociaux, la production de son seul contenu « pro » semble courte, insuffisante. Le journaliste veut « la ramener » et donner son point de vue. « Tous éditorialistes ! » certes, mais aussi et surtout tous experts d’un bout de réalité, de territoire, de spécialité, etc. On passe au brand content de soi et au mélange des univers perso et pro, pour le meilleur et… pour le pire. Souvent ces « doubles » activités ne sont pas rémunérées, ou peu, et elles prennent vraiment du rythme et de l’intérêt qu’en cas de… chômage durable. Elles créent en tout cas surement une frontière entre « ceux qui font, qui osent », perçus comme des zozos par ceux qui regardent cela avec dédain commenté d’un sentencieux « Ce n’est pas notre métier ».
    4. fabriquer soi-même : bloc de sites, back office, web dev… le journaliste a été contraint de toucher à tout, faute de temps et d’argent mais aussi par la force des choses. Etant lui-même « sur le carreau » souvent ces dernières années, il monte ses projets personnels, teste et apprend. Il est « bidouilleur » quand il le peut, « journaliste-entrepreneur » quand il en parle bien, voire patron de web agency quand il se développe carrément. Il a pour réflexe systématique de « soulever les couvercles », mettre la main dans la tuyauterie. Et il n’a pas tout le temps un « techos » ou une DSI sous la main pour mettre en musique les projets de développement.
    5. gérer soi-même : dans la même idée, budget, publicité, parts de marché… les journaux et supports de com’ sont éminemment au coeur des problématiques financières et d’optimisation. Manipulation des statistiques, montage de budgets de production, choix des logiciels commerciaux (adservers), etc. Le journaliste habitué à produire et rendre un travail ciblé et limité, se découvre organisateur, manager, guide. Pourquoi le recherche t-on pour ça d’ailleurs ? Parce qu’il sait communiquer, s’adapter, gratter et délivrer. Parce qu’il apporte en sus de profession formée pour cela, la petite touche de folie et de subtilité qu’on recherche malgré tout.

Il y a bien d’autres ingrédients digitaux qui ont influencé et modifié l’ADN des journalistes depuis ces dix dernières années, mais je pense que ces 5 points ont beaucoup plus compté que les autres. Ils pourraient, devraient constituer la charpente des formations actuelles aux nouveaux médias, du moins pour les phases initiales. Ils sont en tout cas polymorphes et émetteurs, au sens où ils concernent aussi, finalement, tous les métiers de communication, de médiation et d’interaction.

Ces métiers se rejoignent en effet dans une furieuse sur-concentration des taches sur de petites équipes, et dilution des journaux au sein d’un maelstrom de problématiques inter-mêlées, le tout dans une approche « everything is digital » qui devrait être valoir pour « amen ».

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