No more slides

De celles et ceux de ma génération, la phrase « No more words » veut dire quelque chose, qui renvoie à la culture clips et à la télévision pour jeunes écervelés des années 80. Plus sérieusement, si l’on voulait lancer quelque chose d’aussi fort aujourd’hui, il faudrait se tourner vers les technologies de communications et notamment vers la bureautique.

Capture d’écran 2013-04-24 à 22.16.18

Slide ? Ce mot anglais ne vous dit vraiment rien ? C’est que vous n’êtes pas un col blanc alors, ou un membre de la caste supérieure des cadres modernes. Car le « slide » (littéralement une « diapositive ») est l’une des briques de travail clé, pour tout travailleur « in » qui se respecte et pour toute entreprise inscrite dans son temps. Ou plutôt : pour tout travailleur ou entreprise croyant vivre dans la modernité avec des solutions… vieilles de déjà 10 ans. Mais chut, il ne faudrait pas le leur faire remarquer non plus, des fois qu’ils le prennent mal. On a sa fierté quand même.

A l’américaine, mais sans prez’

Je m’explique. La semaine dernière, j’ai eu la chance de croiser sur le DME 2013 (le Digital Media Europe) organisé à Londres par Wan-Ifra, le jeune patron d’une start-up en proue et dont tout le monde parle : Chartbeat. « LE » sujet de conversation de la place, à un moment où il faut être de plus en plus réactif sur le web et les stratégies digitales. Où le temps réel semble à portée de main et de process.

tony haile

Tony Haile (c’est son nom) a une méthode bien à lui pour lancer son intervention sur scène. Très « à l’américaine » comme on dit, et même un peu plus. Quand il commence son speech, jean et chemise cool de rigueur, il attaque aussi direct, « right to the point » et sans chercher à s’adapter à son public : « hé non, je n’ai pas préparé de slides avec des jolis chiffres comme mes prédécesseurs sur cette scène… ». La seule chose qu’il fait afficher à l’écran du coup, pendant qu’il parle, c’est l’accueil d’un compte Chartbeat « live », en train de tourner là tout de suite.

Malin aussi le Tony 😉 pour ainsi concentrer l’audience sur son produit, et le montrer comme unique, incontournable, central. Le marketing n’est pas un vain mot pour un sujet états-unien. Un commercial d’une concession automobile m’avait fait le coup une fois, main tendue vers la voiture que je visais : « Voilà, ça parle de soi, rien à ajouter ». Passons, on est à la limite de la ficelle.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : un tableau de bord temps réel de l’activité on line d’un site internet ou d’un dispositif digital étendu (site, blogs, réseaux sociaux, écrans mobiles). Autant dire une révolution au pays de la statistique « on line » qu’on voyait forcément il y a quelques années comme « asynchrone », devant attendre un certain temps de traitement pour être validée. Il y a encore quelques mois, voir ses statistiques du jour sur Analytics relevait de l’émerveillement, presque de la surprise. En gros avant, on extirpait les datas, puis l’on faisait un export Excel pour retraitement et remoulinage dans tous les sens et en toutes réunions. Le pouvoir du chiffre était à ceux qui le manipulaient et à ceux qui l’étudiaient. Pour les autres, les « faisants », circulez y’a rien à voir, ou au mieux juste à exécuter les décisions issues de ce circuit d’analyse somme toute assez lent.

Jouer le jeu du temps réel

Tony lui, en a marre de cette situation et le fait clairement comprendre à son assistance. « Vous voulez être web ? Ok, alors utilisez vos outils en ligne directement, au plus près de vos équipes ». Comprendre : on arrête les réunions PowerPoint remplies de captures de ces fameux écrans « live » de stats, qu’on ne prendra même pas le temps de consulter. Et on se met à être cohérent avec un temps réel qu’on vit par ailleurs dès les réseaux sociaux (qui témoigne de l’actu qui se passe là, maintenant), dans les systèmes d’information (avec des softwares de plus en plus gérables à distance, sous simple login et password), etc. Voilà où nous en sommes en 2013.

Mais pour ainsi dire, comme beaucoup d’entre vous, j’ai connu et affronté cela ces dernières années. Le moment où l’on vous explique « comment il faut faire un slide », pour y bien exposer dedans… le résultat d’un mois de monitoring de tel ou tel service online, des progressions d’audience, etc. Où l’on vous dit que « oui ok on a les codes d’Analytics, mais on va quand même remplir cet Excel et le partager sur le serveur d’entreprise ». On copie/colle, on range, on stocke… Pour qui, pourquoi ? Personne ne sait. Parfois on vous parle de « B.I », d’outils décisionnels supplémentaires, dans lesquels on déverse ses Excels : puis hop on remouline, re-range, re-compare, etc. Ca vous occupe une bande passante ça.

On délivre même des formations pour optimiser ces activités, on paye des spécialistes et experts pour y comprendre quelque chose. Le patron français de base aime à être rassuré par une trilogie logicielle indiscutable : Word, Excel et PowerPoint. L’univers Office de Microsoft, qui a aussi son pendant Mac, rassurez-vous. Des outils qui, eux au moins, ne changent pas tous les quatre matins, sont repérables, compréhensibles, etc. Ce qui laisse de côté toute la batterie des « progiciels » (CRM, B.I, ERP…) dont sont pourtant normalement dotés les entreprises. Ce qui laisse aussi de côté ces nouveaux outils émergents, online, souples, souvent open source… que les entreprises et projets ne savent pas utiliser pleinement.

Les zozos du 2.0 à la rescousse

Le drame est que ce genre de patron vont embaucher aussi des effectifs web, 2.0, en leur disant : « soyez véloces, réactifs, bougez les lignes », et soyez « transverses et synergiques », faites mieux et plus vite que vos prédécesseurs. Certes, c’est possible dans l’absolu et même souhaitable. Mais il faut être clair : impossible de gérer ces deux vitesses en même temps, dans les mêmes cerveaux, à défaut de mal le faire et de ruiner ses capacités d’innovation et de mutation. Repasser du real time au logiciels 1.0, c’est faire plusieurs pas en arrière, perdre du temps, stocker du document, se ralentir, etc.

Ca, un patron qui décide et souvent décrété, ne le verra pas. Mais un manager qui « a les mains dedans » et une équipe « qui produit » est à même de le comprendre et de le mettre en place. Il faut juste dépasser le stade d’un combat purement politique (au sens interne), débloquer les verrous de « ceux qui veulent faire comme avant » et montrer que c’est vertueux.

J’ai ressenti ce phénomène, personnellement, au sortir de ZDNet.fr pour retourner dans la presse papier et les entreprises : cette sorte de décélération qui me faisait quitter mes solutions online et 2.0, pour repasser subitement sur l’informatique à grand papa, lourde, installée, etc. L’impression de revenir 5 ans en arrière, et de devoir se « tordre la nouille » à replonger dans la technicité de la bureautique des années 90. Juste pour faire plaisir à ceux qui l’utilisent encore, sont en retard, mais imposent ce rythme à l’ensemble.

Le slide consensuel, faute de mieux

Au fond, d’où nous vient cette culture du slide ? Simple : de ce qui n’est pas l’entreprise. Elle nous vient des bataillons de consultants venus présenter leurs aimables conseils à l’écran, pour mieux les vendre et qui finissent par rejoindre les entreprises. Elle nous vient des armadas d’agences de com’, ne sachant argumenter que par « des slides qui font rêver » avec « du visuel et des couleurs » et des schémas business simplistes. Elle nous vient enfin des équipes informatiques mêmes, peu curieuses des nouvelles solutions online et même open source qui constituent des alternatives pourtant solides.

C’est pour cela que hier un Prezi a eu du mal à percer. Pour cela qu’aujourd’hui les infographies ne se généralisent en-dehors de la com’ externe… même si des solutions comme Piktochart révolutionnent le paysage. Et aussi parce que la brique slide, n’est qu’une pièce d’un puzzle plus étoffé de la gestion quotidienne des entreprises. Lequel nous amène à entendre voir parfois à prononcer des choses comme : « As-tu fini les slides pour la propale projet qu’on launche demain au meeting du kick off ? Relis les pour que ça impacte en mode quick wins et qu’on ait bien les KPI assurant notre ROI final ». Au secours les gars ! Jargonnez moins, utilisez plus.

Donc, pour tout ceci, merci Tony Haile ! Car c’est par des interventions de ce type que les mentalités changeront et qu’on arrêtera de se freiner soi-même. Rendez-vous au prochain millénaire…

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