Ma rencontre avec Steve Doig, prof’ de data-journalism

Après avoir rédigé un Storify du sujet, je reviens un peu plus avant sur ma rencontre avec Steve Doig, dans le cadre de la première conf’ que j’organisais pour le SPQR avec Wan-Ifra, vendredi dernier. Ce prof’ de journalisme américain de la Cronkite notamment, étonne et détonne de par plusieurs aspects justement fort américains. Pour les lister :

    • sa décontraction : vêtement sportwear, slides concis, anecdotes nombreuses;
    • sa précision : à l’inverse du point précédent, les idées sont précises et le récit authentique. On sent le « vétéran » chez lui, le « gars qui en a vu » et aime raconter;
    • son humilité : point de « grosse mécanique US » à base de haute  technologie justement.

Steve Doig.

Sur le fond maintenant. Pour lui, le data-journalism est avant tout une cause portée par les journalistes, voire même le journaliste tout court et tout seul sur son bureau et devant son écran. De son récit ressort en effet une certaine forme de solitude, ou en tout cas un sacerdoce. Il est vécu à plusieurs niveaux :

    • dans les équipes : il était souvent « au service de » ceux qui ont besoin de la donnée, mais ne savent pas comment faire, où chercher, que manipuler. Ce même s’il a pu aussi diriger des équipes de reporters pour travailler ses enquêtes.
    • avec les directions : vis-à-vis desquelles il faut expliquer ce que l’on fait, voire à la limite le justifier.

Excel, meilleur ami du data maker

logo-excelSon meilleur conseil à promulguer aux jeunes générations de journalistes, qui voudraient aller vers le data ? Commencez donc par apprendre les bases… d’Excel ! Oui, en 2013, à l’ère des réseaux sociaux, du tactile et du cloud, Steve promeut encore un logiciel né en… 1982 dans sa première mouture. Et dans la « démo » qu’il nous en a livrée, c’est bien des « basiques » dont il s’agit :

    • savoir récupérer des données depuis un site web de statistiques
    • savoir manipuler les calculs, soit les sommes, soustractions et pourcentages
    • savoir créer une nouvelle donnée à partir de celles existantes

Bien sûr, cela peut correspondre aussi à une approche que certains qualifierait d’old school, normale, pour quelqu’un qui a vécu cette discipline dans les 90’s. Doig conçoit essentiellement les services en ligne pour aller y récupérer des données, par pour en produire des supports ou y trouver de nouveaux outils de visualisation. Le « on line » est terrain d’investigation amont : pour monter son sujet, écrire son article, il faut envoyer les reporters sur le terrain, vérifier les informations, carnet en mains. Une sacrée claque au journalisme communautaire et 2.0, rivé derrière son écran et son Hootsuite de service…

Mais peu importe finalement, à chaque génération ses outils et gimmicks. Plus important sont les matrices. Et pour Doig la notion clé du data-journalisme, c’est bien de savoir faire… des maths. Le côté littéraire des formations à la presse est un peu lointain de ce besoin. Il y a donc complémentarité entre des profils divers. Mais Steve l’admet : ça en passe souvent par trouver la perle rare, qui correspond au profil du multi taches un rien bidouilleur. Soit le journaliste qui sait à la fois compter, coder, faire du design, gérer des contenus en ligne, écrire, etc.

Durant la conférence data-journalism au SPQR.

Philippe Leroy, ex RC du site ZDNet.fr (à gauche ci-dessus), que j’avais convié à cette conférence, me disait en debrief que c’est justement ce discours simple et dénué de « technologisme » qui fait bon entendre en 2013. Pour se laver de tous les oripeaux du modernisme et des automatismes, pour revenir à des réflexes et pratiques plus sensées. Ce que Doig appelle « l’élément humain », comparé à la machine : chacun est utile, mais chacun à sa place, pour faire ce qu’il sait produire de mieux. Très américain comme approche pragmatique, et il est vrai assez peu français… Mais ceci est un autre débat.

La question des sous

Ultime point sur lequel j’ai voulu « frotter » Steve aux managers contemporains : celui de l’aspect business de tels projets. En gros le « combien ça coûte » et surtout le « combien ça rapporte ». Crucial, à un moment où l’on doit justement réfléchir les modèles économiques de la presse et des nouveaux médias. Le prof’ n’évacue pas le sujet, loi de là. Et même si l’on sent que ce n’est pas forcément sa cup of tea, il y va franco, à l’américaine. Et il en sort de bonnes idées d’ailleurs, de bon sens une fois de plus :

    • en amont, économie : l’accès au base de donnée, peut se dealer avec ses contacts, moyennant citation ou affichage de l’émetteur;
    • en aval, le ludique : les scandales politiques ne sont pas tout. On peut aussi traiter du data dans les loisirs. Le sport par exemple, qui raffole de données et a des fans prêts à payer pour ces pépites. Les petites annonces de rencontre aussi, qui pourraient par là-même se moderniser et jouer du profiling, etc.

Steve Doig nous a, m’a donné en tout cas la leçon de journalisme précieuse de savoir garder son ouverture d’esprit, savoir penser différemment que le groupe, mais pour mieux le servir finalement. Et ne pas oublier que quelque soit l’expression rutilante usitée, on ne parle là que d’outils, de moyens. Qui restent à être utilisés par un élément incontournable et assez rare : la neurone.

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