Le média en ligne remâché, resservi… banalisé ?

Passionnante session de rentrée du SMC France, tenue mardi soir 2 octobre à La Cantine, sur le thème « social magazines et éditeurs de presse : vers un partage des revenus« . J’en tire ici un compte-rendu à chaud, sur les points essentiels. On a pu en effet y mesurer quelques lignes de fractures sur la problématique de partage du revenu et de marketing entre éditeurs en ligne et services de flux. Un métier d’éditeur de plus en plus dur à faire reconnaitre dans sa valeur distinctive, celle de la fabrication de l’information. Le « pourquoi » on va mettre la main au porte-monnaie pour payer un contenu.

Par exemple, des services d’agrégation comme YouMag ou News Republic (les 2 solutions présentées, via leurs responsables Guillaume Le Feuvre et Nicolas Schaettel) sont-ils ou non nom des médias, fussent-ils des « social magazines » ? Pour eux non, ils servent plutôt de sorte de diffuseurs numériques. Un peu comme un kiosque de presse, mais transformé en application mobile, et outil de personnalisation de son « média à soi ». Un peu comme un kiosque qui, dans le cas de Youmag, éditorialise une forme de revue de presse, pointant des contenus pertinents. On est pas loin, on le voit, des sites et outils de curation.

Editeurs prudents et exigeants

Mais pour les éditeurs, à l’instar de Philippe Jannet (patron depuis mars 2012 du GIE E-presse Premium), c’est un peu de la poudre aux yeux : n’importe quel « bidule » clignotant peut arriver demain (hier Flipboard citait-il, on peut aussi y ajouter Pulse /1), puis proposer une interface « sympa » et y brancher des flux de médias en ligne, pour remplir un peu son étale. Un contenu critique, car sans lui, aucun service de ce type ne pourrait vivre longtemps…

Souvent (ce n’est pas le cas de Youmag et News Republic), ces services phosphorent leur design et boutons entre développeurs et commerciaux, et ne soucient guère des droits de propriété. Une politique de fait accompli qui pourrait se justifier, selon Emmanuel Parody (publisher chez CBS France, ex CNet Networks), si l’éditeur y avait un intérêt réel et perceptible : en gros matérialisé en espèces sonnantes, ou en connaissance des internautes via ces services.

Pour ma part, je me faisais quelques observations :

  • l’internaute ne met-il pas tout le monde d’accord, à qui on donne aujourd’hui le pouvoir concret de faire son « self media » ? ce en utilisation des « app » en ligne ou mobile, toujours plus simples à utiliser, où il suffit d’effleurer un bouton pour accéder à un contenu ?
  • les technologies de partage et échange ne nient-elles pas, justement, le fait de pouvoir garder un internaute, en ses murs d’éditeur ? après tout, pourquoi resterai-je à un endroit, si je peux en visiter mille ?
  • peut-on empêcher l’internaute de faire ce qu’il veut ? soit de surfer jusqu’au contenu gratuit ultime, d’éviter tout paiement, et d’aimer mélanger ses sources ?

Je notais aussi in fine à Julien Jacob que, outre nos usages avancés, le quidam de la rue ne se pose pas tant de questions sur son « point d’entrée », pour consulter de l’information et des contenus. Son outil préféré ? Le bouton le plus simple, le lien le plus naturel, le conduisant d’un trait à ce contenu. Et ce qu’il doive passer par un éditeur, un distributeur ou même… une marque devenue elle-même média en ligne, il s’en fiche ! Le « chemin le plus court » et le plus simple est toujours le meilleur. Dans les années 2000, on avait le même problème avec les sites portail d’information, alors que les internautes se limitaient pour la plupart à lire les « news » proposées sur l’accueil de leur FAI…

Du simple, du sobre, du pas envahissant

Des limites manifestées au sein d’une consommation, comme je le notais avec François Kermoal (directeur de la rédaction de l’Entreprise), qui ne peut surfer sur des dizaines et dizaines de propositions et flux et gérer moult applications noyant les appareils mobiles… « On se lasse », et on finit par désinstaller les « applis » rutilantes recherchées la veille, pour se limiter à quelques services solides et simples. « Google » revenait beaucoup sur les lèvres durant cette soirée, même s’il s’agissait plus d’évoquer son dur rapport avec les éditeurs.

Mais finalement, quelques clics dans Google même en 2012, ne conduisent-ils pas à un contenu suffisant, sans besoin d’expériences via interfaces 2.0 ? Pour J. Jacob, « une fois qu’on a sauté le pas », on ne revient plus en arrière, et notamment plus sur les sites des éditeurs de presse… Serait-il le point ultime de ce paradoxe de marché et d’époque ? De plus en plus d’applications de gestion de flux, d’applications d’éditeurs, de sites de contenus personnalisés et… de moins en moins de temps et de patience pour tout lire.

Sans compter que notre internaute 2012 a bien changé : il zappe entre sites et médias sociaux, il passe de l’ordinateur fixe à la tablette, il regarde la télé en tweetant… Un ultra-connecté de plus en plus « nomade » qu’on aura bien du mal à « capter » et garder, quelque soit la perfection et la magnificence de l’outil de rendu proposé.

/1 : pour ma part, Pulse est le seul agrégateur 2.0 que je retiens aujourd’hui, en sus de consulter l’info, non sur Google en mobilité, mais via Twitter principalement.

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