Social TV ou simple Tweet TV ?

Vous avez remarqué le phénomène ? La plupart des émissions télé de débat ou dite de société utilisent le même « truc » depuis peu : le participatif, autrement appelé au royaume des ondes radio-télévisées, la « Social TV ». Mais à y regarder de plus près, on est loin d’un dispositif purement 2.0, c’est à dire qui en joue réellement le jeu et propose une expérience de consommation médiatique innovante.

Intéressons nous d’abord aux émissions de divertissement, où se distingue France Télévisions, qui fait un réel effort vers le 2.0. Et prenons un exemple : « On est pas couché », de Laurent Ruquier, sur France 2. L’émission, non diffusée en direct, en appelle cependant à la participation des « twittos », comme on nomme les utilisateurs de Twitter, pour faire « in » (1). Etrange quand l’on sait (ou doit savoir) que les réseaux sociaux sont des médias de l’instantané et de la réactivité… Passons. Ruquier, twetteur tardif et prudent, aggrave son cas quand il « monte la mayonnaise », à sa sauce, assez balourde. Il y a deux semaines, il se contentait de lire des tweets marrants, affichés à l’écran les uns derrières les autres. La semaine dernière, c’était même scénarisé voire infantilisé : l’invitée avait le choix entre plusieurs avatars Twitter numérotés à l’écran. Elle choisit un chiffre, et Ruquier lit le tweet correspondant, tantôt gentil, méchant ou neutre. Ce sont des tweets, ça pourrait être des coupures de presse, des extraits de lettres, etc.

Même décalage avec la nouvelle émission de Bruce Toussaint « Vous trouvez ça normal ?« , qui a bien communiqué son hashtag officiel « #VTCN » mais… était diffusé en différé ! Très à la mode ça, de dire son hashtag, pour faire comme les réseauteurs plus matures. Mais VTCN n’a pas du tout animé le moindre « tweet party » durant le show, alors qu’il y avait matière. Reconnaissons juste à l’animateur l’implication d’avoir en revanche lui-même tweeté des messages de relance avant le début de l’émission, pour au moins animer le buzz minimal syndical. Mais c’est assez faible comme mode participatif, et même déceptif quand l’on sait que Guy Birenbaum est du plateau de chroniqueurs. Pas forcément la meilleure unique position, pour un tel réseauteur reconnu et apprécié des blogosphères et twittosphères…

Moralité : les « twittos » apparaissent ici comme simples pourvoyeurs de vannes, balanceurs de bons mots, en prime stockés à l’avance pour lecture « pépère » à l’écran.

Du côté des émissions intellos

Les tweets défilent aussi à l’écran des émissions politico-économiques. Toujours chez FT, par exemple à l’écran de « Mots Croisés », d’Yves Calvi sur F2, là pour appuyer le propos orienté de l’animateur, qui entend surtout imposé sa parole qu’on sait assez dense et insistante. Plus spontané semble l’utilisation par Thomas Sotto sur « Capital » sur M6, des tweets lus en direct (du moins lors des émissions d’avant cet été 2012) devant l’invité, lors d’un moment dédié. Au moins le caractère de discussion est maintenu et l’on répond au « twittos » plus formellement.

Moralité : ici le flux Twitter a remplacé le 36-15 ou les SMS pour permettre au téléspectateur d’envoyer ses questions et rebonds. Il n’y a donc pas de réelle complémentarité bi-média. Cette complémentarité, des projets plus osés come « LGW », Le Grand Webzé de Vinvin, sur France 5, avait bien tenté de la mettre au point. Alice Antheaume animait alors avec conviction une sorte de rédaction parallèle, suivant les réseaux sociaux et rebondissant sur les débats. Manque de pot : on n’en voyait pas trop le résultat tangible, et l’on retenait plus les tweets de Florence Porcel, sorte de mascotte community manager. Au final l’émission n’a pas trouvé son public d’audimateurs plus basique et moins subtile que l’humour de Vinvin…

La social TV, on met quoi dedans ?

Reste donc à préciser ce que l’on peut attendre d’une vraie social tv, c’est à dire quel serait son cahier des charges minimal, ses ingrédients de base. Je vous soumets les nécessités de :

  • n’être utilisée qu’en condition de diffusion live d’une émission
  • proposer un affichage continu et lisible des messages participatifs (par exemple sur de grands écrans installés sur les plateaux, ou par des écrans web incrustés)
  • mobiliser une vraie rédaction web et multimédia, traitant le community management des émissions en temps réel
  • assurer avant-vente et SAV de l’émission, au-delà de ses seules plages horaires de diffusion

C’est un menu exigeant mais qui seul sur le long terme crédibilisera la pratique de la social TV et engagera les spectateurs dans ce mode participatif. Et il faudrait vite y aller, car la pratique du « double screen » ne date pas d’hier matin, mais de plusieurs années déjà : tant en matériels informatiques, que dans la consommation de la télévision. Et pèse derrière l’enjeu de l’avenir de la presse : à un moment où l’on pleure les difficultés du métier et les licenciements, il y aurait pourtant des besoins de monter de vraies rédactions de social tv et de donner donc du boulot à des journalistes 2.0, plutôt qu’une chronique par ci par là.

(1) personnellement, je n’aime absolument pas ce terme et lui préfère le plus discret « tweeteur ».

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3 réflexions sur “Social TV ou simple Tweet TV ?

  1. Excellent article!

    French boradcasters will need to focus on getting more live programmes on air 1. to allow social TV strategies to work more effectively (offline can work but not as well) 2. Engage more with audiences and make them feel part of the action/programme. This is specifically true with Laurent Ruquier’s show that ought to be live with guests answering questions from viewers via SMS, Social Networks or email.

    There seems to be an artifical wall between viewers and French programmes often making them stale and boring. This is why viewers may be inclined to switch off and go and read a book instead.

    1. Merci pour votre apport. Oui, c’est bien de « mur artificiel » dont il s’agit, entre spectateurs et diffuseurs. Maintenant, toute une chaîne ne peut pas fonctionner sur le principe du « live »… donc il faut trouver le ton, le format idéal d’un participatif de tv, pour des programmes en différé.
      Ce n’est pas gagné, mais possible : je pense à une meilleure articulation amont (forums, blogs) et aval (la vie des thèmes, après diffusion) et avec une équipe idoine pour les faire vivre. Ce qui représente aussi, un investissement.

  2. Je me demande si le média télévision ne viens pas de donné le dernier coup de pelle sur sa tombe … osé le différé sur un média temps réel comme twitter indique qu ‘ il n ‘ ont pas dépassé 1992 , mais plus sa va , plus je suis entouré de gens qui ne regarde plus la TV , bref alors que le cinéma n ‘ a pas tué le théâtre , que la radio résiste plus au moins au web , la télé ne c ‘est pas adapté , comme une certaine presse écrite

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