Pigiste pigeon

 

pigiste pigeonJe vais emprunter la formule d’un certain Alric Mercier, ex étudiant de département com’ de la fac de Nice et ex collaborateur du magazine Actuel (dont je ne sais ce qu’il est devenu au fait), qui m’avait un jour très bien résumé la situation pompeusement appelée de « free lance » par des mots plus justes que j’eus aimé trouvés : « pigiste pigeon ».

Il y a de quoi se dire cela en ce moment, en observant la misère des propositions de piges qui circulent de ci de là. Je croyais qu’il serait facile de faire respecter la fatidique barre des 500 F (1) net du feuillet (1500 signes). Mais c’est pas si évident. Le prix marché se situe plus dans les 300 F, quand un forfait page « all in one » astucieux ne fait pas chuter ce prix plus bas encore.

header médiaboliques

 

Certains rédacteurs en chef n’hésitant pas à justifier cette politique par divers arguments : « parce que l’on ne vous connait pas encore » ou bien car « c’est un tarif d’essai qui évoluera« . Certes, c’est surtout (excusez le mot) de l’enculage de mouches pur et simple. Car dans la plupart des cas, inutile de préciser qu’il faut aussi amener une expérience béton, un carnet de contacts à jour, des sujets brillantissimes, et une dispo permanente.

En gros servir non de JRI, mais de JEA (journaliste externalisé d’appoint) pour pas un rond. Un RC couillu qui rémunérait dans ces eaux a même osé me demander dernièrement, dans un large sourire carnassier : « Et si je vous envois en Afrique, là demain matin, vous êtes partant?« . Gasp.

 

Beaucoup de journaux tournent ainsi en ce moment, pris dans l’étau de budgets réduits et de pages à quand même remplir. Et ils auraient tort de s’en priver, vu le nombre de rédacteurs qualifiés sur le carreau, en désespérance et prêts à accepter tout et n’importe quoi. Pour ces tueurs de pigistes-pigeons, c’est même un peu un ball trap grandeur nature ! « Un journaliste sans journal est un journaliste mort » disait l’autre. Mais il y a parfois des morts plus pernicieuses et lentes…

(1) soit un peu plus de 76 euros d’aujourd’hui.

 

[MaJ] : depuis février 2004, la situation ne s’est guère améliorée… la mode des « forfaits page » s’est accrue, accompagnée d’une forte chute de la rémunération en piges, parallèle à la multiplication des contenus web et participatifs gratuits issus des blogs et des réseaux sociaux. « Je me bats pour trouver des piges« , me disait dernièrement un ex-confrère de la presse technologique, pourtant une plume connue.

NB : note source publiée sur Les Médiaboliques, le 13 février 2004

Pour prolonger : lire une note que j’ai publiée récemment, sur le think tank participatif 2081.info, et décrivant les conditions de profession des journalistes de l’ère digitale.

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